LA FANTAISIE
détails les plus scabreux des mœurs privées, et la fiction qu'elle portait au dernier degré de la folie bachique. Dans le monde bizarre qu'elle s'était fait, l'impossible et le réel se rencontraient sans se combattre et se mêlaient sans se confondre. On ne voit pas, du premier coup d'oeil, l'ensemble et l'unité des fantasmagories bouffonnes d'Aristophane. N'est-ce pas un buveur pris de vertige qui jette au hasard les noms des passants et l'histoire de ses voisins au milieu des rêves mobiles et changeants dont l'ivresse peuple son cerveau troublé? Il en est d'Aristophane comme de Rabelais : tous deux, ils ont dessiné un cadre de capricieuses arabesques autour de ces portraits qu'ils savaient faire, ressemblants jusqu'au scandale et francs jusqu'à la brutalité; tous deux, ils ont donné à leurs pensées et à leur style certaines allures libres, nonchalantes et gaîment désordonnées qui déroutent le lecteur novice, et l'empêchent pendant quelque temps de reconnaître l'art caché et le bon sens inspirateur. Mais, lorsque par curieuse leçon et méditation fréquente on a rompu l'os et sugcé la substantiftcque mouelle, on est émerveillé de voir combien l'ensemble de l'œuvre profite de cette verve folle qui ne semblait d'abord qu'une débauche de l'esprit. Leur imagination est comme le cheval de la légende, qui devine la pensée de son maître et le but de son voyage, et qui n'attend pas plus les avertissements du mors pour aller droit que les conseils de l'éperon pour aller vite. Mais l'imagination, également puissante et adroite chez