‹ MénandreChapitre 59 sur 212 · DANS ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

DANS ARISTOPHANE

Aristophane et chez Rabelais, n'a pas le même rôle chez tous les deux. Au commencement du xvie siècle, la France n'était pas encore faite à l'entière indépendance des pensées. Dolet devait montrer bientôt, en montant sur le bûcher de la place Maubert, que la faveur même d'un roi était alors une défense insuffisante contre la haine du clergé. Rabelais, qui n'espérait pas meilleur aide de François Ier, et qui n'enviait pas plus les martyrs de la liberté philosophique que ceux de la foi chrétienne, donna pour passe-port aux hardiesses de son livre la gaîté, le grotesque et la charmante déraison. Il attache, pour ainsi dire, son fouet satirique à la marotte de Triboulet, comptant sur le bruit de ses grelots et sur les rires de l'assistance pour assourdir les cris des blessés. Aristophane n'avait pas les mêmes dangers à craindre, et bravait ceux de son temps. Si, dans ses œuvres, il donne à la fantaisie une si grande place, ce n'est pas qu'il soit prudent, c'est qu'il est poëte. La prudence n'a pas de conseils pour lui : il ne connaît ni la crainte, ni le respect, cette autre crainte. La vertu de Socrate ne l'arrête pas plus que la toute-puissance de Cléon. Nous ne parlons pas des moqueries adressées aux habitants de l'Olympe : les dieux du Pnyx étaient alors les seuls terribles, et c'est contre eux qu'Aristophane se montre le plus indépendant et le plus hardi. Les allusions, même à demi voilées, ne lui suffisent pas. Il n'est rien, il n'est personne, ni un vice, ni un démagogue, qu'il n'appelle par son nom, et dont il ne mette en relief les traits connus,

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