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DE LA CONCEPTION

fortement accusés et grossis avec malice. Mais il sait que les vérités observées doivent rester comme en balance égale avec la fiction inventée ; et ne ménageant pas les ressemblances, il prodigue la fantaisie. Aussi, dans ses comédies, nous la retrouvons partout, non-seulement dans le lyrisme des chœurs, dans l'imprévu des reparties, dans les mots forgés, dans les pensées bizarrement rapprochées comme de force et malgré elles, mais d'abord et surtout dans la conception même du drame et dans le plan.

Prenons les Acharniens pour exemple : c'est une des pièces d'Aristophane où la fantaisie se montre le moins à découvert : tandis que le titre même des Oiseaux et des Nuées en porte la marque déjà certaine, ni le titre des Acharniens, ni les noms des personnages n'en livrent d'avance le moindre indice. Voici où la fantaisie apparaît clairement et tout entière. Parmi les questions qui préoccupaient alors les esprits , Aristophane a choisi celle de la guerre : il veut rabattre l'humeur belliqueuse du peuple, et lui conseiller de conclure un traité avec les Lacédémoniens. Certes, rien ne ressemble moins à un sujet de comédie. Il faudrait déjà beaucoup admirer Aristophane, n'eût-il plaidé pour la paix que dans un chœur comme celui-ci : « Que tu es fou ! que tu es fou ! compte « tout ce que la paix vaut au citoyen : ne pas quitter son « petit fonds de terre et sa maison, être dégagé du tumulte « des affaires publiques, atteler sans crainte deux bœufs « dont il est le maître, entendre le bêlement de ses trou-

DES ACHARNIENS. 159

« peaux et la chanson du vin doux qui tombe dans le « pressoir, se nourrir d'alouettes et de grives, et n'avoir « pas à attendre, comme une grâce, des marchands de « l'agora quelques petits poissons vieux de trois jours, « payés cher et pesés par un fripon1! » Quelle charmante politique mêlée à la satire et à l'idylle ! Mais cet hymne même ne suffirait pas ici : pour que les conseils du poëte apparaissent vifs et nets devant les spectateurs, il faut tout un ensemble dramatique , et la tâche est malaisée. Faire une comédie sur les rapports de deux classes de la société, représentées par un grand seigneur et par un valet, c'est-à-dire faire le Mariage de Figaro, c'est beaucoup. Faire une comédie sur un homme, c'est-à-dire faire les Chevaliers, c'est plus encore. Mais emprunter à la place publique son ordre du jour pour le transporter au théâtre, mettre en action et donner en spectacle les dangers de la guerre et les avantages de la paix, et sur une question d'assemblée délibérante faire une comédie au lieu d'un discours, voilà le tour de force le plus hardi qu'un écrivain ait jamais tenté et su accomplir, car le succès égale l'audace. Toutes les pensées d'Aristophane prennent un corps et reçoivent la vie : Dicéopolis, dont le nom veut dire bon citoyen, peut-être même bonne politique, prend la parole au nom des partisans de la paix. Ses adversaires lui imposent silence, et nous les remer-

i Aristoph., Frag. Nîjffoi, fr. I (n°344, Dindorf); Mein., Fr. Com* Gr., II, p. 1108.

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