‹ MénandreChapitre 67 sur 212 · D'INTRIGUE COMIQUE · texte numérisé non relu

D'INTRIGUE COMIQUE

documents font défaut pour suivre le développement de cette intrigue; mais on en peut entrevoir le sujet et le premier fil, sinon le nœud ; on devine par quels chemins a marché Fart de la comédie depuis Aristophane, et vers quel but Antiphane le fait avancer : naguère la fiction et la vérité, toutes deux poussées à leur dernière limite, avaient deux rôles distincts : désormais elles s'habitueront à se confondre de plus en plus et à s'atténuer Tune l'autre, pour concourir ensemble, et d'une force égale, à la conception du drame et à la composition du plan.

Rendons, cependant, à chacun ce qui lui est dû. Ce ne fut pas Antiphane qui essaya le premier cette importante innovation. Elle remonte jusqu'au temps même de Cratinus, et jusqu'à un poëte , nommé Cratès1, qui se tint toujours à l'écart du terrain brûlant et mobile des personnalités et de la politique "2, soit qu'il se crût

i Aristote, Poét., V : Twv Se 'AQrjvY]<n KpàtYiç Tcpâkoç xjplev...? uoietv Xoyouç xai puGauç, — M. Meineke (Hist. Crit. Com. Gr., p. 60) a ingénieusement expliqué ces derniers mots : Xoyoi désignerait, selon lui, les comédies qui reposent sur des faits vrais, sur des aventures connues ou sur des aventures imaginaires, mais conçues dans les limites du vraisemblable et du possible. MvOot, au contraire, désignerait les comédies qui reposent sur des faits entièrement imaginaires, traditions mythologiques ou créations de la fantaisie du poëte. Ainsi Cratès, du sein même de la comédie ancienne, et sans s'en détacher entièrement, aurait pressenti déjà les deux écoles de poètes qui devaient lui succéder, et préludé à leur succès.

2 11 avait commencé par être acteur dans les pièces de Cratinus [Schol. ad Arist. Equit., 534).

Page 1