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DE L'INTRIGUE

de trop basse origine pour oser prendre à partie des hommes puissants, soit qu'il attendît d'un genre nouveau un succès moins disputé. Mais cette réforme, commencée par Cratès et reprise par les poètes de la comédie moyenne, ne parvint que dans la comédie nouvelle à s'accomplir véritablement et à se fonder.

Le moment était propice. De toutes parts, en Grèce, les esprits travaillaient à mettre en ordre leurs richesses et à régler leur activité. Toutes les connaissances se résumaient en méthodes certaines. Les rhéteurs, qui firent tant de mal, avaient eu, cependant, une action utile en ceci, que, les premiers, ils avaient voulu soumettre les orateurs et les écrivains à une discipline exacte et à des principes d'art arrêtés. Quand Aristote vint à Athènes, après avoir achevé l'éducation d'Alexandre, il était comme attendu et appelé. Toutes les formes de gouvernement avaient été essayées ou rêvées. Dieu, la nature et l'homme avaient été ballottés pendant trois siècles d'un système à un autre et du doute à la négation : la poésie avait passé par tant de glorieuses métamorphoses qu'on ne croyait pas à une métamorphose nouvelle : l'éloquence n'avait plus en Grèce ni place ni vie. L'esprit humain semblait avoir parcouru le cercle entier de ses grandes expériences, et ne pouvoir plus que s'endormir ou revenir sur ses pas. Il lui restait, cependant, une tâche plus grande encore que toutes les autres : recueillir ses expériences, comparer ses tentatives, et reconnaître ses lois éternelles. Aristote se

chargea de ce formidable travail. Il examina les constitutions de deux cents États, et il fit la Politique; sur Dieu et sur l'homme, il fit la Métaphysique et la Morale; sur la nature, l'histoire des Animaux ; sur l'éloquence et la poésie , les Topiques, la Rhétorique et la Poétique. On dirait que, comme son élève Alexandre, il aspirait à la monarchie universelle. Leurs conquêtes n'étaient pas du même monde, mais ils auraient pu se dire l'un à l'autre :

Sistimus hic tantum, nobis ubi defuit orbis !

Par une singulière destinée, l'art de la comédie fut le seul qui profita aussitôt, et en Grèce même, des enseignements d'Aristote. Ni l'éloquence, ni l'épopée, ni la tragédie ne se réveillèrent à sa voix. Les lois qu'il leur avait données ne devaient être mises en pratique que bien des siècles après lui. Il en fut autrement de la comédie. Si nous pos sédions encore l'ensemble des doctrines d'Aristote sur cette importante moitié de l'art dramatique et quelques pièces entières de Ménandre ou de Philémon, nous pourrions marquer avec précision tout ce que les poètes avaient appris du philosophe : car, malgré la double insuffisance des matériaux, il nous reste quelques rapprochements à faire, incomplets comme les débris de la comédie nouvelle et comme la Poétique elle-même, mais curieux encore et propres à nous éclairer1.

i Rocbefort a donné, dans le Recueil de V Académie des inscriptions et belles lettres, vol. XLVI, p. 183 el p. 205, deux mémoires

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