‹ MénandreChapitre 69 sur 212 · DE L'INTRIGUE · texte numérisé non relu

DE L'INTRIGUE

Ce qu'il y avait alors de plus neuf dans les travaux d'Aristote sur Fart dramatique, c'était l'examen,, à la fois philosophique et pratique, des divers éléments qui le constituent, de leur valeur relative, et de leurs lois particulières. « De toutes les parties du drame, » dit-il, « la plus « importante est l'action qu'il faut disposer : car l'art dra- « matique représente non l'humanité abstraite, mais « l'homme agissant et vivant. La fable du drame en est le « principe et comme l'âme : les mœurs ne viennent qu'au a second rang, de même que dans les arts graphiques, les « plus belles couleurs étalées ne font pas le même plaisir « que le simple trait d'une figure1. » Comment douter que l'opinion de Ménandre ne fût la même? Un de ses amis lui disait un jour : « Quoi ! Ménandre, voici la fête de Bac- « chus qui approche, et tu n'as pas encore fait ta comé- « die? — Ma comédie est faite,» répondit-il, «j'ai fini « d'arranger le plan : il ne me reste plus que les vers à a écrire2. » Racine avait-il lu cette anecdote dans Plu-

sur Ménandre, où il cherche à tirer, par analogie, des règles qu'Aristote établit pour la poésie tragique, les règles qu'il dut assigner à la comédie. Mais dans ce savant travail, il nous semble que les con-r jectures systématiques vont trop loin, et mènent à des exagérations inadmissibles. Nous avons essayé de ramener à une plus juste mesure cette concordance d'Aristote et de Ménandre, et au moment de publier notre travail, nous sommes heureux de voir que, dans ses Études sur la Comédie de Ménandre, M. A. Diiandy est de notre 3l\ is et relève vivement les exagérations de Rochefort.

i Aristote, Poét.,\l.

8 Plutarque, Oper. Mor. IIoTspov 'AOrivaïoi xaxà 7t6X£|xov r, /.arà

tarque? ou devons-nous voir seulement, dans la ressemblance singulière de son mot connu « j'ai fait mon plan, « ma pièce est faite, » avec les paroles du poëte ancien, un de ces hasards qui semblent avoir comme une logique cachée, et qui servent, autant que les raisonnements, à prouver une vérité, par la rencontre de deux puissantes autorités?

De l'importance de l'action, passons à ses conditions. « Il faut que la fable soit une, non par l'unité du héros, « comme certains le pensent, mais par celle du sujet : une « et complète, et composée de parties ainsi enchaînées « qu'on n'en puisse déranger ou enlever une sans dis- « joindre ou altérer l'ensemble.... Ainsi point de ces épice sodés qui n'ont avec l'action aucun lien naturel et néces- « saire1. » Ces quelques lignes d'Aristote sont comme un résumé, fait d'avance, des mérites que Ménandre devait déployer dans la disposition de ses intrigues, et dont le commentateur de Térence, Donat, nous a conservé deux précieux exemples.

Ménandre avait fait une comédie qui s'appelait le Trésor2. Un jeune homme, qui a dissipé en débauches tout le bien dont il avait hérité, envoie un esclave au tombeau de son père. C'était un monument somptueux que le vieillard

ffooptav svSo&kepoi, IV (p. 347, F.). « Ayant les choses et la matière « disposée en l'âme, il mettait en peu de compte le demourant, » dit Montaigne, qui rapporte cette anecdote de la vie de Ménandre, livre I, chap. xxv, de l'Institution des enfants.

i Aristot., Poét.,\Ulet]\.

2 Int. ad Ter entii Prol. Exinuch., 10.

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