‹ MénandreChapitre 70 sur 212 · LE TRÉSOR · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR

s'était préparé de son vivant, et où, suivant son ordre, un repas devait lui être apporté au bout de dix années. Son fils ne Ta pas oublié, et charge l'esclave de remplir ce devoir. Mais notre prodigue avait vendu à un vieil avare le champ où se trouvait le tombeau, et c'est à cet avare lui-même que l'esclave s'adresse pour se faire aider à ouvrir le monument. Ils y trouvent une lettre et un trésor. Aussitôt le vieillard se saisit de l'argent, déclare qu'il lui appartient, et prétend l'avoir caché là au moment d'une invasion, pour le soustraire aux ravages des ennemis. Alors le jeune homme s'adresse aux juges, et le vieillard qui a accaparé le trésor plaide le premier en ces termes : « Pourquoi « rappellerais-je ici, Athéniens, la guerre que nous avons « eue avec les habitants de l'île de Rhodes?... » Ici s'arrête l'analyse de Donat, mais il n'est pas difficile d'en deviner le dénoûment. Térence reproche à cette pièce, que son rival Luscius Lavinius avait traduite, d'être conçue contrairement aux coutumes des tribunaux, parce que le vieillard, qui est l'accusé, prend la parole avant le jeune homme qui revendique l'argent1. Le reproche ne nous semble pas fondé. Le jeune homme n'avait rien à dire que l'action même n'eût déjà appris aux spectateurs : quant aux juges, il lui suffisait pour les convaincre et pour prou-

1 Térence, Eunuch. Prol.y 10-13 :

.... in Thesauro scripsit, causam dicere Priùs undè petitur , aurum quare sit suum, Quàm illic, qui petit, undè is sit thésaurus sili, Aut undè inpatrium monumentum pervenerit .

COMÉDIE DE MENANDKE. 177

ver ses droits sur le trésor trouvé, de montrer la lettre de son père trouvée en même temps; et c'eût été dénouer l'intrigue avant de terminer la pièce, que faire intervenir avant la plaidoirie de l'avare un argument aussi décisif.

Un poëte comique saurait sans doute retrouver, dans ce sujet, même d'après d'aussi courtes indications, des sources de rire qui nous échappent peut-être. Mais nousmêmes nous pouvons voir avec quel art les incidents sont combinés et appropriés aux caractères des personnages. On sait pourquoi le champ a été vendu : les prodigues ont des dettes à payer. La découverte du trésor, à laquelle la présence de l'avare lui-même ajoute un intérêt de plus, est amenée adroitement : ruiné, le jeune homme en a besoin; fils obéissant, il le mérite. En même temps ce n'est pas un bonheur qu'il doive au hasard; cette découverte est à la fois pour lui la suite et l'explication de l'ordre singulier qu'il a reçu de son père : le vieillard, devinant les prodigalités de son fils, a voulu lui préparer des ressources dont il ne puisse jouir que lorsqu'il en pourra sentir le prix, une fois désenchanté des plaisirs coûteux, et averti par l'expérience de la pauvreté. C'est là sans doute ce que disait la lettre déposée dans le tombeau ; mais quand l'avare s'est emparé de l'argent, cette lettre prend soudainement une importance qu'elle n'avait pas lorsqu'elle fut écrite : les derniers conseils du père deviennent une preuve sans réplique devant le juge consulté. N'est-ce pas là une intrigue telle que les voulait

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