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et un meilleur parti à proposer : « ^Eschinus, » dit-elle, « n'écoute que ta mère Crobyla, et épouse notre parente1. » Mais si faibles que soient les Chrysale ou les Simon, il vient toujours un moment où ils se décident à prendre assez de cœur pour dire un je le veux. Et lorsque Ménédème, indigné de voir une réparation légitime refusée à sa fille, déclare qu'il va rentrer chez lui, qu'il s'adressera à la justice publique, et que le bon droit sera reconnu à la face de tous 2, Simon, qui n'a pas les mêmes raisons, que sa femme pour être partisan des mariages riches, déclare à son tour qu'il ne s'autorisera pas de son opulence pour commettre une injustice3, et qu'il va aussi se rendre lui-même au tribunal pour appuyer les réclamations de son pauvre voisin4. Jamais Crobyla ne l'avait entendu parler d'une voix si ferme et si haute; et son étonnement venant en aide à l'autorité conj ugale, elle ne trouve rien à répondre : elle cède; mais pour se tromper elle-même sur sa défaite, et pour ressaisir une dernière ombre de pouvoir, elle demande un délai; et qu'importe le délai, si tout est heureusement conclu? « Rentrez pour « aujourd'hui, nous différerons le mariage5;» et que chacun apprenne à faire le bonheur des siens, quels que soient les obstacles : «Écartez de la vie tout ce qui peut
i Ménandre, Fr. inc, CGXX1V; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, 283. s Caecilius, apud Nonium, s. v. publicitus. 3 Caecilius, apudNonium, s. v. opulentitas. '■* Caecilius, apud Nonium, s. v. paupertas. s Caecilius, apud Nonium, s. v. extollere.
COMEDIE DE MENANDRE. 189
« l'attrister : si rapide et si court est le temps que nous « vivons 1 ! »
Voilà, d'après les fragments de Ménandre et de Caecilius, quelle était la marche de cette comédie. Mais comment se démêlait le nœud même de l'intrigue? Nous ne savons ni quels soupçons ni quels indices ont pu amener peu à peu iEschinus à reconnaître Pamphila. Cherchons le mot de cette énigme dernière dans le titre IIXoxiov. Si nous le traduisons par le Collier, souvenons-nous d'avoir vu, dans YHécyre de Térence2, un jeune homme, coupable de la même faute qu'JEschinus , et reconnu par Philûmena à un anneau qu'il lui avait enlevé afin de pouvoir la retrouver plus tard. Il est probable que la pièce de Ménandre appelée V Anneau*, reposait sur une donnée pareille, et dans le IIXoxiov, pour justifier le titre et compléter l'intrigue en même temps, il suffit de supposer, au lieu d'une bague, un collier, pris de même à Pamphila, et reconnu par elle au cou de la sœur d'^Eschinus : cette conjecture peut être appuyée d'un passage delà Poétique4, où Aristote cite les colliers parmi les signes souvent employés dans les pièces de théâtre pour amener une reconnaissance. Mais il nous
i Ménandre, IlXâxiov, fr. IX; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 194.
2 Térence, Hécyre, acteV.
3 Ménandre, Aax-rvXioç; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 99.— On peut faire la même conjecture sur le titre du Condalium de Plaute et de YAnnulus de Pomponius.
* Aristot., Poét., XVI.
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reste des doutes : qu'est devenue cette petite servante, renvoyée par Crobyla et si complaisamment vantée par Simon? La règle de l'unité dramatique ne permet pas de mêler à l'action un personnage oisif, et Ménandre était un observateur trop habile et trop scrupuleux des lois de son art pour laisser dans sa comédie un épisode qui n'y fût rattaché par aucun lien nécessaire ou naturel. Plocium est un nom d'esclave, dont les exemples 1 ne manquent
i On appelait souvent les femmes esclaves du nom d'un objet de toilette : ainsi, sans sortir des poètes comiques, parmi les pièces d'Amphis, d'Alexis et d'Antiphane, nous en trouvons trois qui portent le titre de Kovpiç, mot qui désignait les esclaves coiffeuses et qui leur venait du mot xoupk, ciseaux, rasoir (Mein., Hist. Crit. Corn. Gr., p. 406, 389 et 336; cfr. quoque Menandr., Fr. toc, GDXLI1); dans Plaute, nous voyons une esclave appelée Stephanium, nom venu de orscpavoç, comme Plocium de irXoxr) (Plaut., Stich., V, iv, 54). On retrouve même le nom de Plocium et de Ploce dans plusieurs inscriptions (Mommsen, Inscr. Lat. Reg.ni Neapol. — Inscr. ap. Fabr., p. 625, n.217. — Inscr. ap. Gorium. Columb., n. 152. — Inscr. ap. Mur., 1592, 8). — Les comédies ayant pour titre un nom de femme au neutre abondent dans le second et dans le troisième âge du théâtre Athénien. Tous ces détails nous semblent propres à rendre plausible l'explication que nous cherchons à donner de ce titre de IIXoxiov. — M. A. Ditandy veut qu'il soit pris dans le sens propre, et qu'il signifie simplement un collier, donné par le vieillard à sa jeune servante, ce qui la fait chasser de la maison et jette la discorde dans le ménage (Et. sur la corn, de Mén., p. 17). Mais il nous semble que cette conjecture ne rattache assez étroitement, à l'ensemble de l'intrigue, ni le titre de la pièce ni le personnage de la jeune esclave. D'ailleurs, si Simon avait donné ce collier , Crobyla aurait droit d'être jalouse, et d'être fâcheuse à tout le monde ; Crobyla aurait raison ; c'est ce qu'on ne saurait croire ni supposer.
pas : ne se pourrait-il pas que ce fût le nom de la servante de Simon ? — Pamphila malade a besoin d'une esclave intelligente et adroite : chassée de chez Simon, que Plocium entre chez Ménédème : ses récits éveilleront les soupçons; ses enquêtes les changeront en certitude ; elle sera d'une maison à l'autre messagère de bonnes nouvelles et de bonnes paroles, et n'aura-t-elle pas ainsi un rôle assez nécessaire au mouvement et au dénoûment de l'intrigue, pour que son nom devienne le titre de la comédie?
Nous ne croyons pas nécessaire d'insister pour prouver que Ménandre disposait le plan de ses pièces avec un grand bonheur d'invention ; il suffit des quelques faits certains qui nous sont parvenus, même sans qu'on cherche à les éclaircir par des commentaires. Ainsi, qu'on adopte l'une ou l'autre des conjectures proposées pour restituer l'intrigue du Plocium, ou qu'on rejette l'une et l'autre, pour considérer seulement en elle-même la reconnaissance d'JEschinus et de Pamphila, suivie de leur mariage, sans se demander comment elle était conduite : il reste également vrai que cette intrigue est de celles qu'Aristote déclare les seules parfaites *, parce qu'elle amène avec elle la péripétie comique , c'est-à-dire la révolution des événements et le passage de la douleur à la joie, de même que, dans YOEdipe-Roi de Sophocle, la reconnaissance d'OEdipe et
i Arislot., Poét., XI.