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de sa mère est un modèle de péripétie tragique, parce qu'elle renverse leur dernière espérance et met le comble à leurs malheurs.
Du reste, s'il mettait beaucoup de temps et de soin à disposer son plan, Ménandre, malgré sa fécondité surprenante, dont on ne trouverait pas deux exemples dans notre siècle, faisait parfois plus d'une comédie sur le même sujet. Celle qui s'appelait la Fille battue1, et celle qui s'appelait les Cheveux arrachés*, n'étaient qu'une double peinture de la jalousie brutale d'un soldat envers une jeune captive, sa maîtresse, et il est probable qu'une troisième pièce, le Laboureur, représentait encore les violences d'un amant grossier3. Ménandre employait aussi de préférence, même dans des sujets fort divers, certains ressorts dramatiques, comme les reconnaissances, et surtout les mariages. Mais il ne faudrait pas l'accuser, pour cette seule raison, de n'avoir pas su varier les plans de ses comédies. Dans le théâtre de Molière, nous ne trouvons que trois pièces dont l'intrigue n'ait pas un mariage pour dénoûment, et si nous voulions expliquer pourquoi elles ne se terminent pas comme toutes les autres, il nous suffirait d'en rappeler les trois titres; ce sont Don Juan, Amphitryon et Georges Bandin k .
i Ménandre, 'PaTuÇonévri; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 197.
2 Ménandre, IIeptx£tpo[xévyi; Mein., Fr. Com. Gr., IV, p. 185.
3 Ménandre, Tetopyoç; Mein., Fr. Coin. Gr., IV, p. 95.
* Les Précieuses ridicules, la Critique de l'École des femmes et l'Impromptu de Versailles ne sont pas non plus terminées par des
Il serait curieux d'établir avec exactitude jusqu'à quel point Ménandre portait le scrupule dans l'imitation de la réalité, et s'il ne se permettait pas dé la franchir un peu, de la sacrifier même au profit de la gaîté ou de l'émotion. Les faits , sur ce point comme sur tant d'autres, sont insuffisants : mais nous sommes portés à croire que Ménandre, comme Molière, tenait plus à la réalité des sentiments et des paroles qu'à celle des faits mêmes, et donnait quelque place à l'improbable dans le détail de ces intrigues, dont l'ensemble était si savamment modéré et si conforme à l'expérience commune. Un traité Grec de rhétorique , récemment publié , vient nous en fournir une preuve qui a sa nouveauté. L'auteur anonyme de ce traité discute longuement la question de savoir s'il est oratoire et permis de faire un discours sans exorde, et il tient pour l'affirmative , parce qu'on ne fait des exordes que pour se concilier la bienveillance des juges, etque, si cette bienveillance est d'avance acquise et naturellement assurée, tout exorde est inutile et de trop : « Ainsi, » dit-il, « dans « la comédie de l'Héritière , quand arrive le procès de « l'homme et de la femme jugés par le petit enfant, Mé- « nandre n'a mis d'exorde ni à l'un ni à l'autre des deux « discours , parce que la bienveillance préexiste en faveur « de l'homme comme en faveur de la femme1. » Il nous
mariages; mais comme ces trois pièces, toutes de critique littéraire, n'ont aucune intrigue, nous n'avons pas cru devoir les citer avec Don Juan, Amphitryon et Georges Dandin.
1 'Avwvufiou xéxvY) pjTopixr), dans la collection des Rhetores Grœci,