AUTRES DÉTAILS
semble probable, d'après cette dernière remarque sur l'égal penchant du juge vers Tune et l'autre partie , que Ménandre avait mis là en scène un père et une mère jugés par leur propre enfant: admirable occasion de remuer profondément les cœurs. Quoiqu'il en soit de cette conjecture, c'était assurément un singulier tribunal qu'un enfant, et ce procès était , dans le genre sérieux , aussi complètement en dehors de la réalité juridique que peut l'être, dans le genre gai, le procès final des Plaideurs.
Le chœur, déjà tombé en désuétude avant la mort d'Aristophane, ne fut pas rétabli par Ménandre, et Ménandre eut raison. Nous comprenons le chœur et la majesté de son rôle, dans les tragédies d'Eschyle et de Sophocle, au milieu des héros et des rois; nous le comprenons aussi dans la comédie ancienne, qui se plaît trop aux fictions hardies pour n'aimer pas ce personnage fictif. Mais, de même que le chœur avait perdu son ancien caractère et son importance dans la tragédie quand Euripide avait rapproché des autres hommes les héros et les rois, en ne leur attribuant plus, comme ses prédécesseurs, un langage à part et des souffrances pour ainsi dire aristocratiques, de même il ne pouvait trouver place dans la comédie à dater du jour où elle eut la vie commune pour domaine et pour seuls acteurs des hommes, simples citoyens. Le
ex recognitione L. Spengeï, publiée en J8o3 par B. G. Teubner, vol. I, p. 432.
chœur était sorti de l'art dramatique en même temps que Tidéal de Sophocle et la fantaisie d'Aristophane. Aussi ne faut-il pas se tromper sur la nature de quelques fragments de Ménandre dont le mètre est lyrique. Ce n'était souvent qu'un moyen pour ôter toute monotonie au dialogue et pour réveiller l'attention, qu'une suite trop longue de vers ïambiques aurait pu fatiguer. Souvent, à l'exemple d'Euripide *, Ménandre entrait en matière par des anapestes, comme dans hLeucadienne, dont nous traduisons ici les premiers vers : « C'est ici que mourut Sapho : vainement « elle avait poursuivi de ses vœux l'orgueilleux Phaon ; « égarée par les aiguillons d'un amour méprisé, elle se « précipita du haut de cette roche d'où la vue s'étend au « loin ; ô roi Apollon ! que ce temple élevé en ton hon- « neur, sur le rivage de Leucade, soit honoré comme tu « le désires2! »
C'était aussi à Euripide que les auteurs de la comédie moyenne avaient emprunté l'usage des prologues. Les écrivains de la comédie nouvelle ne l'abandonnèrent pas. Tantôt ils amenaient sur la scène, avant l'entrée des véritables acteurs, un personnage étranger à l'action : Philémon avait mis le prologue d*une de ses pièces dans la bouche de Jupiter lui-même, qui expliquait ainsi comment il connaissait déjà tous les événements qui allaient se succéder sur le théâtre : « Je suis celui à qui rien n'échappe,
i Cfr. Eurip., HippoL, Alcest. etlphig. in Aid.
2 Ménandre, Aevxccôia, fr. I; Mein., Fr. Corn. Gr.t IV, p. 158.