‹ MénandreChapitre 76 sur 212 · DU PROLOGUE · texte numérisé non relu

DU PROLOGUE

« aucune action passée, présente ou future, aucun homme, « aucun dieu : je suis l'Air, ou Jupiter; c'est un autre « nom qu'on me donne aussi. Privilège vraiment divin, « je suis partout présent, ici à Athènes, à Patrae, en Sicile, « dans toutes les villes, dans toutes les maisons : il n'est « pas en vous-mêmes, vous qui m'écoutez, un recoin si « secret où FAir ne pénètre pas. Partout présent, il voit « partout tout ce qui se passe1. » Tantôt le poëte parlait en son propre nom : Ménandre, dans sa comédie sur la célèbre courtisane Thaïs, invoquait la Muse, comme Homère aux premiers vers de l'Iliade : « 0 Déesse, » disait-il, « chante et montre -moi telle qu'elle est cette femme, « effrontée, mais belle et persuasive, qui insulte ses « amants, les met à la porte, demande sans cesse, n'aime « personne et feint toujours d'aimer2. » Souvent aussi, comme dans l'Amphitryon de Plaute, le rôle du prologue était confié à l'un des personnages de la comédie même, qui expliquait aux spectateurs les prémisses de l'action

1 Philémon, Fab. Inc., fr. II; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 31. Il nous semble que le texte de ce fragment réclame une correction qui s'offre d'elle-même. On y lit, aux derniers vers : ô ôè 7rapà>v à7cavTayoO iràvT' i\ àvàyxr]ç oiôe 7ravxa/où 7iapa>v.

Même dans Philémon, qui aime les répétitions de mots, Trapwv àuavxayoO et Tzœnayo\> uapwv nous semble trop oiseux, et vraiment impossible. Ne pourrait-on pas lire, à l'avant-dernier vers : 7rap6vT<x Tzavzayr/j TcàvT7 i\ x. t. X.

Nous avons traduit d'après cette conjecture.

a Ménandre, ©<xtç, fr. I ; Mein., Fr. Corn. Gr., IV, p. 131.

dans laquelle il devait ensuite reparaître comme intéressé. « Ah ! voilà un coq qui crie fort, » disait derrière la scène, comme soudainement réveillé, un personnage de Ménandre, au commencement de l'Héritière : « chassez-moi donc « ces poules qui le font chanter.... Tiens ! elle a eu de la « peine à les faire partir.... » et paraissant alors sur le théâtre : « l'Insomnie, » reprenait-il, « est bien ce qu'il y « a de plus bavard au monde ; ne m'a-t-elle pas forcé à « me lever et amené ici pour faire un récit de ma vie ence tière, en commençant par le commencement1? « On voit par là que les poètes ne cherchaient pas alors de bien spécieux prétextes pour dissimuler l'invraisemblance de ces confidences prématurées et de ces monologues directement adressés au public. Comme ils ne s'inquiétaient que de préparer les esprits, ils indiquaient le lieu de la scène: « Figurez-vous que nous sommes en Attique, à Phyle, et « que ce temple consacré aux Nymphes, d'où je sors, est « celui des Phylasiens'. » Ainsi Ménandre avait commencé sa comédie de V Homme chagrin. Parfois même il livrait d'avance tout le secret de l'intrigue, comme dans l'Enrôleur, où le prologue racontait « qu'un homme pauvre « ayant dépensé plus que la médiocrité de sa fortune ne « semblait le permettre pour faire élever son fils, le jeune « homme eut bientôt honte de laisser son père dans la

i Ménandre, 'ETuxXripo;, fr. V, VI et I ; Mein., Fr. Corn. Gr.t IV, p. 118 et 116.

2 Ménandre, AvaxoXo;, fr. 1; Mein.,Fr. Com. Gr., IV, p. 106.

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