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SECONDE EPOQUE

Quand Athènes, après la guerre contre les Perses, prit victorieusement la suprématie et commença à marcher en tête de la civilisation hellénique, tout changea de face, et une seconde période s'ouvrit. On aurait pu prévoir de bonne heure que la capitale littéraire de la Grèce serait une ville d'origine ionienne. Non-seulement les Ioniens, avec leur esprit entreprenant et prompt, avaient eu la

gloire des premiers auteurs grecs soit restée confinée et cachée entre les murs des villes qui les avaient vus naître, ou leurs écrits lus seulement par ceux qui parlaient le même dialecte. L'enthousiasme inspiré par les chants lesbiens de Sapho à son contemporain d'Athènes, Solon, qui ne voulait pas mourir avant de les avoir appris par cœur (Stobée, xxix, 28), et la connaissance de la philosophie éléatique qui perce dans le système de l'Ionien Anaxagoras, prouvent assez que, de bonne heure, en Grèce, les beaux vers et les recherches savantes se répandaient au loin. Mais ils se répandaient au loin et trouvaient des admirateurs , sans former une littérature ou une philosophie nationales. L'école des pythagoriciens ne sortit d'Italie pour s'établir en Grèce qu'au temps de la comédie moyenne , c'està-dire après la guerre du Péloponnèse. Les poèmes d'Homère sont à eux seuls toute la littérature nationale de la Grèce primitive; et encore durent-ils cet avantage bien moins à leur incomparable beauté qu'à leur sujet, où tous les peuples étaient intéressés, puisque la guerre de Troie fut (comme le prouve Thucydide) la première entreprise, et même la seule avant la guerre contre les Perses, où les Grecs aient agi, vaincu et souffert en commun. Du reste, on peut comprendre quelle part l'esprit local de chaque peuple tenait dans ce culte universel de l'Iliade et de l'Odyssée, rien qu'en se rappelant l'ardeur à se disputer le titre de patrie d'Homère, et la mauvaise foi des arrangeurs (8ia<7xeuaorai) qui inséraient hardiment dans le texte des vers utiles à la vanité de leur ville ou de leur race (Strabon, Gffogr., IX, p. 394, sur les Mégariens et les Athéniens. — Plutarque, Vie ih> Thésée, XX, sur les Athéniens).

plus large part dans l'activité intellectuelle el dans les créations de la première époque; mais encore la force de leurs colonies partout répandues , les avantages de la liberté qu'ils connurent les premiers, la souplesse même de leur dialecte prêt à toutes les métamorphoses, tout leur assurait l'avenir et la domination. L'Attique devint le point d'appui de cette race prédestinée. Défendus par la stérilité même de leur territoire contre les invasions renouvelées et les déchirements intérieurs qui désolaient le reste de la Grèce, formant une population compacte, toujours la même et toujours croissante qui se propagea bientôt au loin , appelés les premiers à échanger la vie incertaine et guerrière contre une vie élégante et douce, propice au développement tranquille et sur de l'intelligence et de l'industrie *, les Athéniens, après l'expulsion des Pisistratides, n'avaient plus, pour prendre le pas sur les autres peuples, qu'à attendre une occasion, et ils la firent naître eux-mêmes. Ils étaient libres, et chez eux déjà l'éloquence politique venait d'apparaître avec ïhémistocle, l'histoire, sous sa forme primitive et encore sans art, avec Phérécyde, la véritable et grande tragédie avec Eschyle : la victoire de Salamine tourna vers eux tous les regards, et les entoura d'alliés qui devinrent bientôt leurs sujets. Alors Périclès vint achever et mettre hautement en vue le glorieux travail CQmmencé par les

1 Thucydide, I, 2 et 6.

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