‹ MénandreChapitre 81 sur 212 · DU CARACTÈRE DE DÉMOS · texte numérisé non relu

DU CARACTÈRE DE DÉMOS

quand il a enfin remporté le prix de l'ignominie, c'est-àdire le gouvernement. Ce marchand de l'Agora, qui était né pour être démagogue, puisqu'il était sans scrupule et sans pudeur, et qui n'avait qu'un seul défaut, celui de savoir lire un peu, même très-mal, devient un sage et vertueux administrateur, qui rend au peuple sa raison saine et sa verte jeunesse, grâce à un sortilège qu'il emprunte à la fable de Médée. Après avoir fait d'Agoracrite le ministre de sa vengeance, le poëte, qui a son opinion propre sur la conduite des affaires, et ses espérances opiniâtres au milieu des dangers publics, fait du même homme son représentant et son orateur, qui donne de graves conseils et célèbre la gloire d'Athènes sauvée. Aristophane nous mène et noufc ramène ainsi de la fiction à la réalité, faisant de chaque personnage comme un Janus Bifrons qui a d'un côté le masque dramatique, de l'autre un visage de citoyen ; et nous nous sentons transportés dans un monde de convention fantasque, mais saisissante, où le poëte se joue à son aise, méprisant toute vraisemblance vulgaire, et où tout marche par bonds capricieux vers un but certain, par le seul effort d'un souffle de géant !

Nous retrouvons ainsi dans la conception des caractères chez Aristophane ce que nous avions déjà trouvé chez lui dans l'ordonnance générale du drame et du plan : l'alliance la plus hardie de la fantaisie A et de la réalité, des allusions

i Nous avons un scrupule à avouer ou plutôt à combattre : peutêtre le mot fantaisie que nous venons d'employer déplaira -t-il à

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