SUR LE THÉÂTRE ATHÉNIEN
leur propre compte, et simplement comme hommes : ce ne sont pas les moeurs de chaque peuple qui sont peintes, mais seulement ses rapports avec le peuple Athénien1. Au temps et d'après le témoignage indirect de la comédie moyenne, il semble qu'Athènes sorte de son égoïsme orgueilleux, soit que ses défaites lui aient appris à se considérer elle-même moins complaisamment, soit que ses philosophes aient déjà commencé à la convaincre qu'il y a partout des hommes, et que l'humanité sous toute ses formes diverses est curieuse à étudier, soit que le seul besoin de trouver des sujets de rire non exploités jusquelà explique assez ce changement. Quelle que soit la cause, le changement lui-même n'est pas douteux. A ne consulter que les titres des comédies, il est évident déjà. Antiphane, à lui seul, suffirait amplement à le prouver. Les Égyptiens , l'Arcadien, la Béotienne, le Byzantin, le Carien, la femme de Délos, la femme de Dodone, l'habitant d'Épidaure, la femme d'Éphèse, la Corinthienne, la femme de Lemnos, l'habitant de Leucade, le Lydien, l'homme du Pont, le Scythe, le Tyrrhénien 2, toutes ces
i Nous ne voulons pas omettre les Babyloniens d'Aristophane : mais ce qu'on sait, par la parabase des Acharniens (v. 634 et seqq.), sur cette comédie perdue, est un argument de plus pour nous : la pièce était toute politique et Athénienne. Dans la collection des Fragments des Poètes Comiques Grecs, de M. Meineke, il y a (II, p. 96(3 et seqq.) le travail le plus complet sur le sujet et la portée des Babyloniens, par M. Th. Bergk.
2 Cfr. Mein., Hist. Crit. Corn. Gr., p. 329. Voir aussi plus haut ce
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comédies du même auteur devaient nécessairement retracer les particularités de mœurs et de langage, les ridicules locaux de chacun des peuples dont elles avaient les noms pour titres. On retrouve, en effet, dans les fragments des poètes de la comédie moyenne, un grand nombre de traits qui dénotent, aussi bien que les titres de leurs pièces, cette attention nouvelle appliquée à saisir gaîment les différences des peuples. Ici, c'est un Lacédémonien qui dit en son dialecte : « Nous sommes des hommes de labeur « et de courage patient. Les Athéniens parlent beaucoup « et mangent peu. Les Thébains mangent beaucoup *; » là, c'est réloge de l'éducation rustique et rude des petits enfants telle que les Scythes l'entendent 2 ; dans le Busiris d'Éphippus, Hercule disait : « Ne sais-tu pas que je suis « Argien, et que les Argiens s'enivrent toujours avant « d'aller au combat?— Aussi, » lui était-il répliqué, « ils « prennent toujours la fuite 3. Appelés de plus loin encore, les Égyptiens apparaissaient au milieu de la foule des villes Grecques, dans la pièce qu'Anaxandride avait
que nous avons dit du rôle du médecin Dorien dans la comédie moyenne (p. 211, note 3).
i Eubulus, 'AvxioTir,, I; Mein., Fr. Corn. Gr., 111, 208. Cfr. Athénée , X, sect. 11, p. 417, b— 418, a, sur la voracilé des Béotiens.
s Antiphane, Mta-o7c6vr,po;, fr.unic; Mein., Fr. Corn. Gr.,111, p. 8a. — « Que ton cuisinier vienne de l'Élide , et tes joueuses de flûte « d'Eginum, » dit aussi Antiphane, qui abonde en renseignements sur la spécialité de chaque pays (Fragm. me. XI; Mein., Fr. Corn. Gr., 111, p. 138).
? Ephippus, Bofoipiç, fr. unie; Mein., Fr. Com. Gr., III, p. 3-22.