‹ MénandreChapitre 92 sur 212 · D'UN CARACTÈRE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

D'UN CARACTÈRE DRAMATIQUE

( ta a dit : « l'homme est double , » pour marquer à la fois l'union actuelle et la distinction essentielle de l'âme et du corps. Dans un tout autre sens, l'homme est triple. D'abord, chaque homme est lui-même, et peut dire : moi. Il a un corps dont il est possesseur et une âme dont il est responsable, une tâche à remplir qui est la sienne et non celle d'autrui, son activité propre et sa volonté libre, avec des facultés que lui ont mesurées la prescience suprême et la toute-puissante volonté. En naissant, il a reçu de Dieu des aptitudes distinctes : à mesure qu'il vit, il reçoit de ce qui i'entoure des impressions qui lui sont personnelles : les mêmes événements n'agissent pas de même sur tous : où l'un succombe , l'autre triomphe : ce qui m'attendrit laisse mon frère froid. Dans sa nature première, qu'il n'a pas faite lui-même, dans ses actions où sa liberté se manifeste, dans ses passions que les incidents du dehors excitent en lui et qui modifient son caractère ou luttent avec sa volonté, chaque homme est et reste un individu.

Mais ce n'est pas un individu isolé. 11 a des contemporains et des concitoyens. Dieu, qui dispose de l'immensité et de l'éternité, a marqué à chacun sa place dans l'espace et son jour dans le temps. J'ai une intelligence qui travaille et produit par elle-même : mais d'autres intelligences travaillent et produisent en même temps que la mienne, et sur ce même point de la terre où je vis : je m'instruis de leurs expériences, et je m'enrichis de leurs découvertes. — J'ai une sensibilité qui m'est propre : mais les événements

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