E G É N I K ET T: ŒA \ W V
Les pièces que l'orgue accompagne ont un caractère plus libre et plus personnel. Il arrive cependant que sous la nouveauté de la forme, le fond classique affleure encore. Ainsi dans un Ave Maria, dont les deux premières mesures rappellent — où plutôt annoncent, car il est de la jeunesse de Tauteur, — le dernier thème du finale de la symphonie Ecossaise, les mots: oi'a. pi'o nobisY&\'\eninin{. périodi([uement comme une plainte : c'est une nuance de sentiment ou de sensibilité moderne. ^Mais ils se posent, les trois mots, sur une basse régulière et cheminant du même pas que marclient les basses du vieux Bach.
Rien de semblable dans le gracieux motel composé par l'étranger de vingt ans pour les moniales invisibles de la Triiiiici dei monti. Tout y respire une piété juvénile, féminine, et j'ajouterais volontiers italienne. « Madame », demandait Henri Heine, interrompant la page commencée, « ne sentez-vous pas l'odeur des tilleuls ? n Et vous aussi, qui lisez le suave cantique romain, si jamais par un beau soir d'avril, eu revenant du Pincio, comme faisait Mendelssohn lui-même, vous avez gravi les degrés et passé le seuil du cloître fleuri, vous aussi, ne sentez-vous pas le parfum des orangerjs-venir ou revenir à vous .^
Bellaigue. 12
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Un autre ouvrage, et de plus longue haleine, exhale encore un soufïle critalie : c'est le Laiida Sion. Nous en avons rappelé précédemment l'origine et l'occasion. En 1846, voulant célébrer le sixième centenaire de l'institution de la fête du Corpus Dei par une cantate écrite sur la célèbre séquence de saint Thomas d'Aquin, la ville de Liège ne craignit pas de s'adresser à un musicien de race Israélite et de croyance protestante. Mais ce musicien était Mendelssohn. Il s'acquitta de sa tache non seulement à son honneur personnel, à son honneur de grand artiste, mais à la gloire de la religion qu'il avait accepté de servir. Avec un désintéressement assez rare de l'esprit et du cœur, il soumit son génie au culte qui n'était pas le sien ; il se fit l'interprète d'un idéal et d'un mystère étranger. Un tel renoncement porta sa récompense et, jusque dans l'œuvre où Mendelssohn a tâché de s'oublier, il se montre un peu différent mais nullement au-dessous de lui-même. C'est ici, dans un tout autre genre, comme le pendant de la symphonie Italienne. Le grand musicien d'église allemand écrit cette fois pour l'église romaine. Il songe moins et nous fait moins penser à Bach et à Haendel qu'à Pergolèse et quelquefois même, de loin et de haut, à Rossini. Je ne sais quelle grâce nouvelle fleurit ses cantilènes et
LE r.EME ET L Œ:UVRE
quel rayon du Midi les échaulle. A ces titres divers, le Lancia Sion est une des œuvres les plus originales de Mendelssohn, celle où Ton peut le mieux apercevoir et suivre, dans son lyrisme religieux, un courant et comme une infiltration légère du sens catholique et latin.
Lyrique et pieux encore, vous plaît-il de retrouver ailleurs le Mendelssohn allemand ? Ecoutez comment débute la symphonie de la Réformatioii : par quelles mystiques fanfares, qui s'espacent, ou s'étagent et se répondent. Les timbres, les modulations, Tenchaînement des tonalités et des accords, aboutissant à certaine formule de VAmen liturgique de Dresde que reprendra plus tard le Wagner de Pai'sifat/]^ ne sais pourquoi je trouve en toute cette introduction quelque chose de vague et d'étrange, qui m'appelle et qui m'emporte au loin ; quelque chose , comme disait Rousseau d\m de ses paysages préférés, « quelque chose d'intéressant, qui m'affecte et qui m'attendrit ».
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