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LE GENIE ET L'Œ:UVRE i8i
Enfin Yallegretto un poco agitato de la Symphonie-Cantate me pénètre de la' même émotion, pathétique et pieuse à la fois. Ici, nous l'avons déjà dit. le niotit" austère et le motif passionné se li'ouvent en présence. Et leur rencontre sans doute n"a rien de tragique, encore moins d'atroce comme les grands conflits beethoveniens. Mais, sans nous ébranler, cette crise légère nous émeut et, dans Tordre du lyrisme en cpielque sorte intime, de la vie sentimentale et religieuse, on peut douter si Mendelssohn a jamais rien écrit de plus personnel et de plus touchant.
> Croyant, et même pieux ; tantôt mélancolique *. et passionné, (sous les réserves que nous avons \ faites), tantôt s'attachant davantage, soit aux
modes légers et joyeux de la vie. soit à ses
> dehors magnifiques, Mendelssohn eut aussi, de bonne heure et toujours, le sentiment très vif et
V très profond de la nature. Etat d'àme et paysage, { vous connaissez les deux termes de la fameuse équation. La musique de Mendelssohn est quelquefois l'un ou Tautre. quelquefois aussi l'un et l'autre en même temps.
On a dit cependant, et cet « on » ne parle pas à la légère : « Il est remarquable qu un des musi-
i82 ME.NDELSSOHN
ciens les plus descriptifs, (semble-t-iT , de l'Allemagne, Tauteur du Songe d'une nuit cVété, de Meeresstille, de Mélusine, Mendelssohn, est un ennemi décidé de ce genre, et que cette antipathie le rend très injuste pour Berlioz et même pour Schubert : « Mettre en musique un poème descriptif me semble absurde «, écrit-il à M""" de Pereira, « La foule de compositions qui existent en ce genre ne prouve pas contre moi, mais pour moi, attendu qu'il n'en est pas une que l'on puisse de bonne foi appeler bonne ». Il critique vertement le Roi des Aulnes de Schubert, où le musicien « essaie de rendre le bruissement des aulnes, les cris du bambin, le galop du cheval et tout ce fatras d'imitation matérielle... addition toute factice d'une peinture grossière^ ».
Injuste assurément pour Schubert quand il le traite ainsi, Mendelssohn le fut peut-être moins — en quelques autres de ses écrits — pour Berlioz. Aussi bien cette dernière question est de celles que le temps nous manque ici de résoudre, ou seulement d'exposer. Mais c'est lui-même surtout que ^Mendelssohn, en cette occasion, paraît avoir méconnu : « Ennemi de ce genre », (le genre descriptif), il ne le fut assurément qu'en paroles, en paroles que ses œuvres, ses