‹ Mendelssohn (volume 2)Chapitre 8 sur 62 · Mi:.\DELSSOHX · texte numérisé non relu

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te répondre : c'est que si Dieu avait voulu que je fusse célèbre à vingt-deux ans, il est probable que je le serais déjà. Mais moi, je n'y suis pour rien, car je n'écris pas plus pour devenir célèbre, que pour obtenir une place de maître de chapelle. Si l'un et l'autre voulaient m'arriver, ce serait très bien ; mais tant que je ne serai pas précisément réduit à avoir faim, mon devoir est d'écrire ce que je sens et comme je le sens, m'en remettant, pour l'effet que cela pourra produire, à Celui qui veille à bien d'autres et plus grandes choses. Mon unique et incessante préoccupation, c'est d'exprimer sincèrement dans mes compositions les sentiments de mon cœur, et lorsque j'ai écrit un morceau en m'abandonnant à l'inspiration, je crois avoir fait mon devoir. »

Il s'obstinait à chercher un librettiste et continuait de le croire introuvable. Il écrit, à Devrient encore, en qui pour le moment il avait mis son espérance et qui lui parlait d'un sujet suisse : « Fais-moi, je t'en prie, une Suisse fraîche au delà de toute expression. »

Il la traversait alors, cette Suisse qu'il avait déjà vue enfant, et le grand artiste qu'il était, l'artiste surtout le plus mesuré, le plus sobre, le plus ennemi de l'exagération et de l'emphase, ressentait pour cette nature excessive et quelque peu mélodramatique une inconcevable tendresse.

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Pour la grande, la g-rosse Suisse, Mendelssolm ou])liail , (jue dis-je ! il reniait la line Italie. « Dans les Alpes, éerit-il, tout est beaucoup plus inculte, plus âpre, plus grossier même, si vous voulez, qu'en Italie; mais je m'y trouve mieux, je m'y sens plus dispos de corps et d'esprit. » Ailleurs : « Que peut la sèche Italie contre cette fraîcheur, cette vie salubre ! >•> Un soir — il est vrai que c'était après tout un jour de marche avec une jolie fille, — « Je dois terminer la journée d'aujourd'hui par un éloge du canton de Yaud. De tous les pays que je connais, c'est le plus beau et celui où j'aimerais le mieux vivre, si je devenais bien vieux». Enlin, sur les sommets de l'Oberland, il s'écrie : « Imaginez-vous tous les glaciers, les champs de neige, les pics resplendissants aux rayons du soleil... Gela doit, j'imagine, ressembler aux pensées de Dieu... « Dans une autre lettre, il se demande : « Gomment se fait-il que la Suisse n'ait inspiré à Gœthe que quelques faibles poésies et des lettres plus faibles encore? G'est pour moi une chose aussi incompréhensible que beaucoup d'autres en ce monde. » Mais à Mendelssohn également, hormis ses lettres, ({ui ne sont jamais faibles, et quelques menus mor<;eaux, comme la romance sans paroles en ml (livre I, n° i), la Suisse n'a pas inspiré grand'chose. En tout cas, d'aucune sym-

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phonie Suissesse, ou même Vaudoise, la symphonie Italienne alors ne fut suivie.

Paris maintenant attirait de nouveau Mendelssohn. Mais d'abord il repassa par Munich, peutêtre afin de revoir et de réentendre les deux jeunes muses dont le talent et la grâce l'avaient une première fois charmé. 11 les retrouva l'une et l'autre et elles devinrent ses élèves et ses amies. C'est avec elles, pour elles, qu'il faisait le plus volontiers de la musique. « Mon élève, écrit-il de Joséphine Lang, est une des plus adorables créatures que j'aie jamais vues. Figurez-vous une jeune fille petite, frêle et pâle, avec des traits pleins de noblesse sans être beaux, une physionomie si intéressante et si étrange, que le regarda peine à se détacher d'elle, et un je ne sais quoi d'éminemment original dans tous ses mouvements et dans toutes ses paroles. Elle a le don de composer des chants et de les chanter d'une façon qui ne ressemble à rien de ce que j'ai entendu jusqu'ici. Lorsqu'elle se met au piano et commence un de ses lieder, les notes prennent un tout autre son... Si vous pouviez entendre cette voix ! Elle révèle, dans sa beauté naïve, tant d'innocence, un sentiment si profond et en même temps un calme si parfait, que cela vous subjugue. »

L'autre jeune personne s'appelait Delphine de

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SchcUiroth. Elle était de noble l'amille et pianiste consommée. Elle eut riionneur alors de se voir dédier par Mendelssohn un de ses chefs-d'œuvre types, le délicieux concerto pour piano en sol mineur. Félix le joua pour la première fois, à ■ Munich, le i7 octobre i83i. En décembre suivant, à Paris, chez Erard, Liszt fît à Mendelssohn le plaisir et la surprise de le déchiffrer sur le manuscrit. Enfin, quarante ans plus tard, vingt trois ans après la mort du maître, le 4 février 1870, dans la salle du Gewandhaus de Leipzig, Del- . phine de Schauroth l'exécutait pour la dernière fois elle-même. Je laisse à penser avec quelle émotion et quels souvenirs.

Sous cette double influence et ce charme partagé, Mendelssohn vécut à Munich deux mois délicieux. Il y respirait un air de fête et dé triomphe, donnant de nombreux concerts, publics ou privés, dans le monde ou chez lui. Dans le monde, c'était tantôt à la Cour, tantôt en de nobles salons, où « les ministres et les comtes se pressaient, dit-il, comme les volailles dans un poulailler. » Chez lui, dans une ancienne boutique, au rez-de-chaussée, qui lui servait de chambre, voici comme les choses se passaient. Il invitait toutes les notabilités de la ville, trente ou quarante personnes environ. « Il y avait fort peu de place, de sorte que nous voulûmes d'abord

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mettre du monde sur le lit. Mes très nombreux auditeurs se pressaient dans ma petite chambre comme de vrais moutons. Bref la séance fut incroyablement animée et réussit à merveille... Il y avait foule dans le vestibule et presque dans la rue. Figurez-vous tout ce monde entassé pêlemêle dans cette chambre étroite, une chaleur suffocante, un vacarme infernal, et jugez quel beau spectacle cela devait faire. Mais lorsqu'on commença à boire et h manger des tartines, ce fut quel({ue chose d'étourdissant; on l)ut à toutes les fraternités possible ; on porta toutes les santés imaginables. Les personnages notables, avec leurs mines g-raves, se prélassaient tout à leur aise dans les fauteuils au milieu de cette cohue et faisaient tableau. Enfin nous ne nous séparâmes qu'à une heure et demie du matin. » A Paris maintenant. Pendant les cinf[ mois que Mendelssohn y va passer, ni les succès, ni les déboires, ni les souffrances même, ne feront de cette âme charmante une âme orgueilleuse ou chagrine. Il y gardera sa simplicité, sa bonne humeur et jusqu'à sa gaminerie. Son ami Ferdinand Hiller a raconté dans ses Soui'eni/'s une anecdote qui montre de quelles joyeuses folies Mendelssohn était capable à cette époque. « Une nuit, comme nous traversions le boulevard désert, en regagnant notre demeure, à une

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heure fort avancée, Félix, interrompant ])riisqiiement la conversation assez sérieuse que nous tenions en marchant, s'écria : « Il nous « faut faire à Paris quelques-uns de nos sauts « d'autrefois. Allons ! Sautons ! Attention! Une! « Deux! Trois !» .Je ne présume point que mes sauts aient été fort brillants, car j'étais abasourdi par l'imprévu de la proposition, mais je n'oublierai jamais ce moment ».

On peut vraiment, quand il s'agit de cette période, parler du « milieu » parisien. Paris alors était un centre esthétique. « Alors c'étaient des temps bienheureux pour les arts. » Pietraçant le tableau du Paris musical de ce temps, du Paris d'Auber, de Rossini, de Cherubini et de Meyerbeer, d'Habeneck et de Baillot, de Paganini, de Chopin, de Liszt et du jeune Mendelssohn lui-même, Hiller encore a écrit : « En ce qui concerne notre musique Ijien-aimée, nous ne pouvions guère désirer un meilleur état de choses. » Mendelssohn pourtant, plus exigeant que son ami, ne s'en déclare qu'à demi satisfait. Il montre surtout pour, ou plutôt contre la musique de nos opéras, et contre les livrets encore davantage, une aversion insurmontable. II goûte fort peu le sujet de la Muette ; Guillaume Tell est fait selon lui « d'une manière artistement ennuyeuse ». Sur une

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