I. Schumann écrivait cela dans la Gazette de musique
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mélodie, l'émail plus délicat, où Ton reconnaît Tépoque moderne et, çà et là, de petits traits personnels à Mendelssohn, qui le trahissent encore ».
Fût-ce en dehors du choral et de la fugue, ces formes particulières et consacrées, Mendelssohn apporte constamment dans ses œuvres de style plus libre, une sagesse, une raison classique. Il intitule « sérieuses » des Variations qui ne mentent point à leur titre. Ses lieder (avec chant), pour la plupart au moins, aiment à se partager en strophes ou en couplets. Finis, ou définis, ils ont comme caractère général la régularité et Teurythmie plutôt que la fantaisie et l'indépendance. Pour la perfection classique, pour la composition et le plan, c'est un chefd'œuvre que le scherzo — romantique à d'autres égards — du Songe d' une nuit d'été. Chef-d'œuvre de précision en même temps que de rêve; chefd'œuvre de ténuité, mais d'ordonnance aussi ; chef-d'œuvre d'impeccable non moins que d'impalpable musique, où dans un <c raccourci d'atome » se manifeste et se joue l'organisme complet de la vie. Il n'est pas jusqu'à la mélodie, à la phrase de Mendelssohn, dont le génie ancien ne discipline le cours, dont il ne règle le partage, dont il ne ménage la conclusion ou la chute. Quelquefois, on doit le reconnaître, il
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arrive que ce génie vient à manquer. Mendelssohn a ses moments de faiblesse ou de vide. La forme alors dégénère en formule ; de la grandeur, ou de l'élégance, ou de la pureté classique, il ne reste guère autre chose qu'une scholastique correction. Celle-ci du moins subsiste encore, et, dans l'œuvre de Mendelssohn, on reprendra bien, çà et là, de la froideur, mais jamais d'excès, d'écart ou d'égarement.
Ainsi Mendelssohn est un ancien. Mais il est un moderne aussi. Il l'est par les caractères que Schumann a signalés, par les « petits traits personnels », par la mélodie et « l'émail plus délicat ». Parlant de la dernière partie de la seconde fugue, Schumann encore avoue qu'une jeune fille pourrait la prendre pour une romance sans paroles. Je crois pourtant qu'une jeune fille, surtout une jeune fille d'aujourd'hui, ne s'y tromperait pas, ou du moins pas autant. Mais à coup sûr elle ne prendrait pas non plus la fugue dont il s'agit pour une fugue de Bach ; ni pour un prélude du vieux cantor^ le prélude passionné, tumultueux et pathétique à la fin, qui précède la première fugue. De l'oratorio pareillement, de l'oratorio de Mendelssohn, nous écrivions tout à l'heure qu'il est dans le style et selon la lettre de Bach. Mais cette lettre même, un esprit nouveau, plus humain, plus dramatique surtout.
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ranime et ne permet pas qu'elle tue. Autant que des fugues pour piano, ce que dit Schumann est vrai des fugues de Paulus et à'Élie, Audessus du cavalier renversé dans la poussière, chaque verset du choral : Wachet auf ! éveille en effet un appel de trompettes, et leur fanfare, à la fois religieuse et guerrière, donne à la vocation de Saiil un éclat, une magnificence, dont jamais peut-être un choral n'avait été revêtu.
Classiques pour la plupart, il s'en faut néanmoins; il s'en faut de quelques-uns, que les lieder de Mendelssohn soient tous classiques. On en citerait bien quatre ou cinq, et non les moins précieux, où le romantisme de Schubert a laissé des traces, où celui de Schumann apparaît et, pour ainsi dire, affleure déjà. C'est un autre trait romantique, dans l'œuvre pour piano de Mendelssohn, que la rareté des « sonates » (il n'y en a que deux, et plutôt faibles) ; que l'abondance au contraire, \sans compter certaines Pièces enfantines), des Caprices eiàe^ Fantaisies. On peut, on doit reconnaître dans les Romances sans paroles elles-mêmes, le type, avec le nom, d'un genre et d'un art nouveau. Mendelssohn encore — et c'est encore un signe des temps modernes — a montré, moins qu'un Berlioz et qu'un Liszt, mais plus qu'un Mozart et qu'un Beethoven même, le goût, sinon de la musique
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à programme, au moins de la musique intitulée, descriptive, et du paysage sonore. Mendelssohn est Tun des musiciens pour lesquels le monde extérieur a le plus existé et par lesquels il a été reproduit le plus.
Enfin, du monde intérieur il fut aussi le musicien moderne ou romantique par quelque endroit : par une sensibilité, non pas du tout troublée et maladive, comme celle de Schumann le sera parfois, mais plus inquiète et plus nerveuse que ne Tavait été celle d'un Beethoven et surtout d'un Mozart. La musique de Mozart est toute sereine; dans la musique de Beethoven, on sent toujours une force qui résiste et qui triomphe ; dans celle de Mendelssohn souvent, avec une grâce, une faiblesse charmante, il y a quelque chose qui s'abandonne et qui ploie. Ne l'oublions pas cependant, cette faiblesse n'est qu'à la surface et de plus elle ne fait que passer. Au fond de ce jeune cœur quelquefois agité règne l'éternelle sagesse. N'est-ce pas un personnage de Shakespeare, qt justement du Songe, qui dit en parlant de l'amour : « Il a des ailes, mais point d'yeux. » Tel n'est pas du tout le génie de Mendelssohn. Il ne vole point à l'aventure, à l'aveugle ; sentimental et raisonnable en même temps, il a des yeux, avec des ailes.
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