‹ MendelssohnChapitre 8 sur 29 · I. Sergy, op. cit · texte numérisé non relu

I. Sergy, op. cit

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Mozart peuvent avoir à apprendre. Quant à rhonnête, classique et médiocre Zelter, alors le régent, ou Toracle de Berlin, le correspondant et l'informateur musical de Goethe, il eut sans doute ce mérite, de proposer ou d'imposer à Félix l'admiration, et même la religion, qui comptait alors peu de fidèles, de Jean-Sébastien Bach. Pour le reste, on assure qu'il se contenta « de mettre le poisson dans l'eau et de le regarder nager ».

De lui-même, dès son plus jeune âge, Mendelssohn se plongeait et se jouait dans la musique comme en son élément. Il apportait à l'étude, et bientôt à la composition, ce mélange d'ardeur et de raison, de passion et de sagesse, que révèlent certains portraits de son enfance et qui sera toujours le double signe de son caractère et de sou génie ^

En 1818, à neuf ans, il joua pour la première fois du piano devant le public. L'année d'après, il entrait à la Singakadejnie (école de chant). Il étudiait aussi le violon et le violoncelle. En 1820, il était l'auteur d'une fugue^ dont quelques musiciens, auxquels son père l'avait

I. Voir deux portraits de Mendelssohn enfant : l'un par son beau-frère Hensel, et l'autre, de 1821, par C. Begas, dans l'excellent ouvrage : Félix Mendelssohn- Bartholdy , par M. Ernest WoUf; Berlin, 1906. « Harmonie », Verlaggesellsckaft fur Literatur und Kunst.

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montrée, s'étonnèrent fort. Vers la même époque, si ce n'est la même année, il compose un petit opéra de salon et de famille, Die beideii Neffen. Un psaume suit, puis une grande double fugue, de petites symphonies, un quatuor, une cantate. L'enfant commence à couvrir, de son élégante et fine écriture, les premiers des feuillets sans nombre qui formeront peu à peu, dans un ordre parfait, les qua^ rante ou cinquante volumes aujourd'hui conservés à la Bibliothèque de Berlin.

L'année 182 1 fut mémorable entre toutes pour Félix. Il fît la connaissance de Weber et celle de Gœthe. Il entrevit seulement, dans le salon de ses parents, l'illustre auteur du Freischûtz^ qui venait donner son chef-d'œuvre à Berlin.

Mais il demeura quinze grands jours à Weimar, auprès de Gœthe. Pendant les dix années qui suivirent, il y revint plusieurs fois, et dans cette rencontre du vieillard près de la mort et de l'enfant près de la gloire, il y eut quelque chose d'auguste et de charmant.

Tel était bien le sentiment de Gœthe lui-même. Il éprouvait pour l'harmonieux enfant une sorte d'admiration attendrie. Contre son ordinaire, i) se montrait avec son jeune commensal, simple^ familier, enfant comme lui. Félix a raconté son premier séjour à Weimar en des lettres qui sont

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d'une intelligence, d'un sérieux, et d'une grâce au-dessus de son âge. Ses parents et Zelter, qui l'envoyait à son illustre ami comme un divin messager du royaume des sons, n'avaient point épargné les conseils au petit pèlerin de onze ans. (( Ouvre tes sens, surveille-toi, aie bonne tenue à table, parle avec réserve, » disait le père. Et la mère ajoutait : « Recueille le moindre mot de Goethe, je veux tout savoir de lui. »

Docile, il leur décrivait tout : la maison, le jardin et les statues, Pair de noblesse et de grandeur antique des lieux, des choses et surtout du maître ; son maintien, son langage, sa voix, habituellement douce, mais qui pouvait avoir un éclat de tonnerre. « Je fais beaucoup plus de musique ici qu'à la maison ; je joue en général quatre heures de suite, quelquefois six et même huit. Chaque jour, après le dîner, Gœthe ouvre le piano en disant : « Je ne t'ai pas encore entendu aujourd'hui, fais-moi un peu de bruit. » Puis il s'assied près de moi, et quand j'ai fini de jouer, (j'improvise généralement), je l'embrasse ou lui demande de m'embrasser. » Gœthe voulait tantôt des fugues et tantôt des menuets : « Fautil vous jouer, demandait alors Félix, le plus joli qu'il y ait au monde ? » Et il jouait celui de Don Juan. Par gageure, ou par défi, Gœthe aimait à mettre sous les yeux de Mendelssohn

les manuscrits les plus difficiles à déchiffrer, un de Beethoven entre autres, et l'épreuve tournait toujours à l'honneur de l'enfant, à la joie du vieillard.

Pendant Tété de 1 822, les Mendelssohn allèrent passer quelques semaines en Suisse. En traversant Francfort, Félix fut présenté chez les parents d'un jeune musicien, qui devint ensuite l'un de ses plus chers amis, Ferdinand Hiller. Hiller a conté leur première entrevue et l'impression que lui causèrent les manières tour à tour espiègles et graves, cérémonieuses même, de son jeune et déjà célèbre visiteur.

On revint à Berlin par Weimar, où, depuis le départ de Félix, le piano de Gœthe était resté muet. « Approche, s'écria le poète, et réveille les esprits ailés qui ont dormi si longtemps... Tu es mon jeune David. Si je deviens malade et triste, ton jeu bannira les mauvais rêves et jamais je ne brandirai ma lance contre toi. » Puis, se tournant vers les parents, il ajouta : « C'est un rare, un divin enfant. Renvoyez-le-moi bientôt afin que je me repose en lui. »

Séparés de nouveau, le vieillard et l'enfant se demeuraient l'un à l'autre présents et précieux. Zelter tenait Gœthe au courant des progrès du génie de Félix. Musique de théâtre (de théâtre intime, car il ne s'agit que de menues opérettes)

Bellaigue. a

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et musique de chambre, pour les instruments et pour les voix, les œuvres succédaient aux œuvres. Dans toutes et partout, le vieux professeur était étonné et ravi de trouver « quelque chose de beau, de nouveau, d'original, avec de Tesprit, dç l'abondance, du calme, de l'harmonie et de l'unité ». L'esprit et le corps, tout se transformait, se développait chez le délicieux adolescent. Mosshelès, de passage à Berlin en 1824^ fut reçu chez les Mendelssohn. Il accepta de donner des leçons à Félix. Mais en son jeune élève, (plus jeune que lui de quinze ans), il salua tout de suite un maître, et de ce jour là jusqu'à son dernier jour, Mendelssohn n'eut pas un plus fervent admirateur, un ami plus aimant et plus aimé.

Chaque mois, presque chaque semaine ajoutait une nouvelle promesse à tant de promesses accomplies. Zelter sentit que le moment était venu d'émanciper le génie impatient de son disciple. Le 3 février 1824, Mendelssohn achevait sa quinzième année. Le soir, après une répétition à l'orchestre du petit opéra des Deux Neveux, la famille était réunie à la table du souper. Zeltçr se leva, prit Félix par la main et lui tint à peu près ce langage ; « Mon cher enfant, à compter de ce jour, tu n'es plus un apprenti^ mais un compagnon. Je te confère ce titreau nom de

Mozart, de Haydn et du vieux Bach. » Dans Tesprit de Zelter, sans doute, comme sur ses lèvres, le dernier des trois était le premier, et peut-être Félix lui-même partageait-il cette préférence. Le plus précieux cadeau de son dernier Noël avait été justement une belle copie, offerte par sa grand'mère, de la Passion selon saint Mathieu, L'amour du vieux cantor possédait son jeune cœur et de cet amour il se préparait à donner, quatre ans plus tard, un magnifique témoignage.

Mais le jour n'en était pas venu encore. Au printemps de iSaS, Félix alla passer, avec son père, quelques semaines à Paris. Il y goûta fort ])eu notre musique et — qu'on excuse le barbarisme — notre musicalité moins encore. Il parle du Paris musical à peu près comme jadis en avait parlé Mozart. Il trouve chez nous moins de génie, ou seulement de savoir, que de savoirfaire, d'ambition et d'intrigue. Il déplore la frivolité du monde, voire l'ignorance des artistes. « Songe un peu, ma chère enfant », écrit-il à sa sœur Fanny dans une lettre qui n'est, il en convient, qu'un allegro féroce^ « songe que les gens d'ici ne connaissent pas une note de Fidelio et qu'ils tiennent Sébastien Bach pour une vieille perruque bourrée d'érudition. J'ai joué deux préludes Tautre soir; on a trouvé que celui en

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la mineur commençait tout à fait comme un duo de Monsîgny. »

Le seul Gherubini se montra bienveillant (à sa manière) pour son jeune visiteur : <c Ce garçon est riche ; il fera bien ; il fait même déjà bien ; mais il dépense trop d'argent, il met trop d'étoffe à son habit. » Auber assurément allait plus court vêtu. L'opéra-comique de Léocadie paraît à Mendelssohn la chose la plus misérable du monde, « avec son ouverture qui n'est qu'un trémolo perpétuel, entre le basson à la cave et la petite flûte au grenier. » Baillot lui-même, Baillot, qu'un jour il estimera davantage, déchiffra, paraît-il, un quatuor de Félix avec tant de précipitation et de violence, que l'ouvrage fît peur à son auteur. Mendelssohn partit sans regret et rentra dans sa chère Allemagne, plus que jamais heureux et fier de se sentir Allemand. Aussi bien une circonstance toute matérielle, le hasard d'un changement de logis, allait l'attacher plus étroitement encore à sa patrie et à son foyer.

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