‹ Mendiants et vagabondsChapitre 21 sur 56 · LONDRES SI IL · texte numérisé non relu

LONDRES SI IL

Remboursementsetintcréts de fonds.

2. Ces chiffres comprennent les aliénés et les vagabonds assistés au casual ward. Pour Londres seul, la diminution est moins sensible, parce que le point de départ était moins défavorable : de 34, 3 en 1889 on descend en 1901 à 20 pour 1.000 habitants. Le chiffre le plus bas est celui de 1892 : 24,0 pour 1.000.

de l'union {résident poor ou simplement pauper). Le domicile de secours s'acquiert par une résidence de trois ans, sans avoir reçu de secours publics; toutefois, après l'expiration d'une année, le pauvre ne peut plus être forcé de laisser la localité pour retourner à son domicile antérieur. C'est ce qu'on appelle Y irremovability .

Quant aux indigents non domiciliés, aux voyageurs sans ressources qui rentrent directement dans notre sujet, on a établi pour leur admission des règles plus rigoureuses encore K .

Un local spécial [casual ward) leur est réservé ; il a une entrée séparée, ouverte à partir de six heures du soir en été, de quatre heures en hiver. Tout passant sans ressources, de l'un ou l'autre sexe, peut y être admis, soit sur un ordre du relieving officer ou du bureau de police, soit, sur sa demande, directement par le directeur (superintendenl). Mais il doit accepter le travail qui lui est commandé, suivant ses forces, et se soumettre au régime, plus dur que celui du workhouse. Les locaux sont disposés de manière à assurer la séparation individuelle pendant la nuit, partout où cela est possible 2. Enfin la sortie n'est pas

1. Deux lois de 1842 et 1844 autorisèrent les guardians à retenir le lendemain et à faire travailler le passant auquel ils accordent des secours. En 1864, on prescrivit d'avoir des locaux spéciaux (wards) pour ces individus, et ces dispositions furent étendues aux comtés par une loi de 1871. (The pauper inmates discharge and régulation act, 34 and 35 Vict., c. 108.) Les dispositions actuelles sont régies par une loi de 1882 (The casual poor act, 45 and 40 Vict., c. 36); une seconde loi de 1892 a apporté à la première quelques modifications de détail.

Londres possède vingt-cinq casual wards pouvant recevoir 1.047 personnes.

Dans les comtés, quand il n'y a pas de locaux spéciaux, les passants sont reçus au workhouse.

2. Cette condition est rarement réalisée dans les comtés où on trouve souvent encore une salle unique, servant d'atelier et de dortoir pour les deux sexes.

A Londres, tout individu admis prend un bain, et ses vêtements passent à l'étuve à désinfection.

libre; l'individu une fois admis ne pourra partir que le surlendemain à neuf heures du matin ; s'il revient une seconde fois dans le mois, il sera retenu jusqu'au quatrième jour, à la même heure VLe travail consiste habituellement à briser des cailloux ou à effiler de vieux cordages pour en faire de l'étoupe. Le pauvre ainsi hospitalisé ne reçoit aucun salaire et sort aussi dénué de ressources qu'il est entré. Les infractions à la discipline sont sévèrement punies et les contrevenants sont traduits devant le tribunal de police comme idle and disorderly persons -.

Tous les gens sans domicile ne sont pourtant pas réduits à accepter la dure hospitalité du casual ward. Ceux qui ont pu se procurer, soit par leur travail, soit plus souvent en tendant la main, les deux à quatre pence requis, peuvent aller passer la nuit dans un des nombreux refuges ou common lodging houses ouverts dans les grandes villes et fort nombreux à Londres.

Les refuges sont généralement créés par des sociétés privées, le plus souvent avec un caractère confessionnel. Londres en possède neuf, pouvant recevoir 1.249 personnes. Ils sont ouverts de novembre à avril et ferment pendant l'été. Ces institutions poursuivent un but de relèvement et cherchent à placer leurs hôtes

i. Le directeur a toujours le droit de renvoyer un assisté sans attendre l'expiration de ces délais, à la condition de rendre compte aux gardiens.

■2. Le nombre moyen des vagabonds qui ont couché au casual ward pendant chaque jour de l'année qui s'est terminée au 25 mars 1901, a été de 5.483.

Ce chiffre ne représente qu'une partie du contingent, puisque le plus grand nombre échappe à cette dernière ressource en couchant dans des common lodging houses dans les villes, chez les fermiers ou en plein air à la campagne.

Les estimations du nombre total varient de 10.000 à 165.000 !

Il y a dans ce dernier chiffre une exagération évidente; le colonel Curtis-Hayward, qui a une grande expérience en ces matières, s'en tient au chiffre de 10.000. (Charities Register and Digest, London, 1901. — Introduction, § XXII.)

de passage qui y sont reçus gratuitement, le'plus souvent.

Les common lodging houses sont, au contraire, des auberges de pauvres, tenues par des particuliers. Il y en a de fréquentées par des ouvriers laborieux et rangés, tandis que d'autres, adoptées par les tramps, sont de véritables repaires du vice *. Toutes les variétés intermédiaires sont représentées dans les 988 établissements relevés dans l'enquête poursuivie en 1891 par la Charity organisation Society 2.

Enfin l'Armée du Salut a ouvert un certain nombre d'asiles (shelter) où on paie pour la nuit de deux à quatre pence suivant le degré de confortable du logement. Ces asiles sont le premier degré d'une intéressante œuvre de relèvement par la tempérance et le travail, continuée par des ateliers de travail [elevators] et couronnée par la colonie agricole de Hadleigh (Essex), à l'embouchure de la Tamise.

La Church Army a créé, de son côté, une série d'asiles et d'ateliers analogues, sur le principe d'une union complète avec les doctrines et les pratiques de l'Église établie.

Nous ne pouvons indiquer ici les nombreuses œuvres privées qui s'occupent de réprimer la mendicité à Londres. Nous devons cependant une mention à leur doyenne, la London mendicity Society, fondée en 1818; elle entretient des constables assermentés qui poursuivent devant les tribunaux les individus rencontrés mendiant; elle distribue à ses adhérents des bons de deux sortes : les uns, destinés à être re-

1. A Londres, ces auberges sont placées sous le contrôle du Conseil de comté qui a édicté des règlements précis au point de vue de la propreté, de l'hygiène et de la police de ces maisons. Ce Conseil a ouvert en 1893 uneauberge municipale modèle avec 324 lits, Parker street, Drury Lane, W. C.

2. The homeless poor of London. — Report ofa spécial Comily of the C. 0. S. — London, june 1891.

mis aux indigents, assurent un secours immédiat en nature d'une valeur de deux pence dans un des nombreux « Lockhart's Cocoa Room » qui se trouvent dans la capitale ; les autres permettent de réclamer une enquête sur tout individu signalé.

La Charity organisation Society a été fondée en 1809 pour combattre l'habitude de l'aumône inconsidérée et lui substituer, après enquête, des secours raisonnes et efficaces. Elle a fondé de nombreux comités locaux, 40 à Londres, 102 dans le reste du Royaume-Uni.

Une enquête sur la mendicité avait été faite dès 1883 par Y Association Howard, société d'études qui réunit d'intéressantes informations sur tout ce qui touche à la misère et à la répression.

Malgré tant d'efforts, l'organisation des secours distribués à Londres aux individus sans logement a soulevé depuis longtemps bien des critiques. On reproche aux casual wards la dureté de leur régime, l'absence de toute préoccupation de relèvement, leur discipline plus sévère que celle de la prison, tandis qu'aucune surveillance n'est exercée sur les common lodgments qui deviennent un sûr abri pour les pires coquins. Quant aux œuvres privées, mieux organisées, leur action est sans proportion avec l'importance du but à atteindre.

Il nous reste à signaler une organisation créée dans divers comtés pour assurer des secours à l'ouvrier en voyage, quand il est digne d'intérêt. Le premier essai a été tenté dans le comté de Dorset dès 1870, mais la pratique a été perfectionnée dans le comté de Berk et le nom de Berkshire system est plus généralement adopté.

Les administrateurs des unions de ce comté s'entendirent en 1871 pour traiter d'une manière uniforme

les passants sans ressources. Tout individu se présentant dans un des casual wards de la circonscription est reçu, logé, nourri, et doit exécuter le lendemain une tâche déterminée. S'il s'en acquitte convenablement, il reçoit à son départ une feuille de route [wayticket) portant son nom, son signalement et l'indication du lieu où il se rend. S'il présente le soir sa feuille à un workhouse situé à dix milles plus loin dans la direction indiquée, il est hospitalisé gratuitement et sans travail; de même le lendemain, pourvu qu'il soit arrivé à vingt milles du point de départ. A midi, il peut, en présentant sa feuille à un bureau de police intermédiaire, recevoir une livre de pain. En un mot, il est secouru sur son parcours et reçoit gîte et nourriture, à la condition de prouver constamment par la production de son way-ticket que son temps a été employé effectivement à travailler ou à marcher. En cas de fatigue extrême, le directeur d'un workhouse a toujours le droit d'accorder un repos momentané.

En même temps, une circulaire était adressée par les administrateurs de l'union au clergé de l'Eglise officielle et à tous les ministres non-conformistes pour les prier d'expliquer à leurs paroissiens que tout ouvrier pauvre de bonne volonté était dès lors assuré de recevoir gratuitement un secours suffisant; qu'il fallait donc s'abstenir de toute aumône manuelle faite à un inconnu, cette aumône inconsidérée étant la seule ressource des çagrants professionnels qu'il s'agissait de pourchasser désormais1.

Ce système ingénieux, étendu successivement à divers autres comtés, a produit de bons effets. Il ne

1. Cette circulaire, signée de M. T.-B.-L. Baker, est datée du 11 juillet 188-2 et s'applique au comté de Glocester où, dit-elle, l'organisation complète a commencé à fonctionner la veille.

faudrait pourtant pas trop s'illusionner sur ses résultats tant qu'il ne sera pas propagé dans toute l'Angleterre. Si les vagabonds deviennent moins nombreux dans les comtés où ils reçoivent des feuilles de route, cela tient pour beaucoup à ce qu'ils évitent ces comtés pour passer par ceux où rien ne gêne leurs pérégrinations.

La conviction que l'abandon des enfants est la cause principale de l'augmentation de la criminalité devint générale, en Angleterre comme en France, vers le milieu du siècle dernier. Un mouvement d'opinion provoqué par la conférence de Birmingham (1851), propagé par miss Mary Carpenteret sir StaffordNorthcote, réclame des établissements spéciaux et distincts pour les mineurs condamnés et les enfants abandonnés, mais également dirigés d'après le principe de l'amendement. Le Parlement se décide à voter en 1854 une loi permettant de renvoyer dans une école de réforme, au lieu de la prison, tout enfant âgé de moins de quatorze ans qui se rend coupable d'un délit1.

En 1857, une seconde loi établit en Angleterre l'institution écossaise des écoles industrielles destinées à une seconde catégorie, les enfants de sept à quatorze ans non condamnés, mais qui se trouvent en danger moral. Les pensionnaires doivent être séparés suivant leurs sexe, âge et antécédents, et apprendre un métier leur assurant plus tard des moyens d'existence.

Ces deux institutions, créées d'abord à titre provisoire, sont rendues définitives par deux lois de 1866 2; l'âge d'admission dans les écoles de réforme est fixé de douze à seize ans, et la durée du séjour de deux à cinq ans. Les écoles des deux genres sont également créées

1. Cf. L'éducation correctionnelle en Angleterre. (Revue pénitentiaire, 1897, p. 686-711.)

2. Reformatory schools Ad, Industrial schools Act. (29 and 30 Vict., cap. 117 and 118.)

par des sociétés privées, mais l'Etat accorde une sorte d'investiture à celles qui acceptent son contrôle par la délivrance d'un certificat, et il leur alloue en même temps une subvention fixe par enfant et par semaine * . Plusieurs de ces écoles sont installées sur des navires dans le but de préparer des recrues à la marine du commerce.

Les enfants mendiants et vagabonds furent répartis entre les deux sortes d'institutions; tandis que les moins pervertis, les plus nombreux, étaient adressés aux écoles industrielles, on envoyait les pires dans les écoles de réforme, qui reçurent aussi les insubordonnés de la première catégorie. On constate, du reste, depuis plusieurs années une tendance marquée à diminuer la population des écoles de réforme pour augmenter celle des écoles industrielles.

A la suite des lois de 1870 et 1876 qui ont établi l'obligation de l'enseignement primaire, on a organisé en Angleterre des mesures énergiques contre les réfractaires de l'école. Les membres des bureaux scolaires contrôlent avec soin la présence des élèves ; des visites sont faites par eux aux parents dont les enfants manquent les cours sans excuse. Si les absences persistent, les élèves qui font l'école buissonnière, comme ceux qui sont insubordonnés, sont envoyés dans des écoles spéciales, soit comme internes [truant schools), soit comme externes [day industrial schools), pendant un temps déterminé qui ne dépasse pas trois mois, en général; en cas de récidive, ils sont dirigés sur les écoles industrielles ordinaires. Les parents convaincus d'avoir

1. Ces dispositions ont été modifiées et étendues par plusieurs lois postérieures. La place nous manque pour entrer ici dans l'examen des établissements d'éducation correctionnelle ; ce sujet sera traité avec une compétence toute spéciale par M. Henri Joly, dans le volume qu'il prépare pour la même collection.

négligé leurs enfants sont frappés d'une amende1.

Dans le cas où les faits dépasseraient la simple négligence, deux lois de 1891 et 1894 permettent au juge de retirer les enfants aux parents coupables et de les placer sous la surveillance du directeur de l'école où ils sont élevés jusqu'à l'âge de dix-huit ans, même s'ils sont placés au dehors ou envoyés aux colonies.

On peut donc dire que, en Angleterre, tout enfant coupable ou abandonné est assuré de trouver un genre d'éducation approprié à sa condition; on ne lui applique un régime purement répressif que lorsqu'il s'est montré vraiment incorrigible. L'Etat ne prend pas la responsabilité de l'éducation des enfants enlevés par la justice à leurs familles; il les confie à des établissements privés contrôlés par lui et auxquels il alloue de larges subventions. Aussi ces établissements sont-ils nombreux et variés, de manière à correspondre à tous les besoins2.

Quelques chiffres feront clairement ressortir les résultats obtenus depuis un demi-siècle par suite de la substitution de l'éducation à l'emprisonnement.

En 1854, 13.981 mineurs de seize ans sont envoyés en prison;

En 1899, 1.358 sont envoyés en prison (25 de moins de 12 ans, 1.333 de 12 à 16 ans), 1.134 dans les écoles de réforme, 3.039 dans les écoles industrielles, 1.893 dans les écoles industrielles externes et 2.323 dans les écoles de vagabonds, soit au total 9.747.

4. Cf. Paul Nourrisson, L'école buissonnière à Londres. [Le Correspondant, 25 août 1898.)

2. Il existe en Angleterre et Galles à la On de 1901 : Écoles de reforme 48 contenant ensemble 5.611 enfants.

Ecoles industrielles 142 i

Écoles de vagabonds 15)

Écoles industrielles externes 22 — &M9

Total des établissements 227 et de la population 33.582

Le nombre a diminué de plus du tiers, quoiqu'on ait sensiblement élargi les catégories atteintes et que la population du royaume soit passée de 22.712.000 habitants en 1851 à 32.526.075 habitants en 1901.

Si donc, par un enviable privilège, l'Angleterre voit diminuer chez elle la criminalité générale alors qu'elle augmente dans presque tous les autres Etats, elle le doit en grande partie à l'excellente organisation des mesures prises pour réprimer le vagabondage de l'enfance.

L'initiative privée s'associe généreusement à cette œuvre d'assainissement. Plusieurs sociétés protectrices de l'enfance entretiennent des boy 's beadles, agents payés qui parcourent incessamment les rues de Londres pour ramasser les enfants abandonnés, souvent affamés, prêts à tomber dans le délit. En dehors des écoles certifiées par le gouvernement, un grand nombre d'établissements recueillent des enfants dans le but de les élever et de leur apprendre un métier. Nous nous bornerons à citer le groupe le plus important, fondé par le docteur Barnardo en 1866 et constamment développé par lui depuis lors. Dans son quartier général de Stepney, on trouve un bureau de réception, une crèche, une infirmerie, des écoles pour tous les âges, des ateliers d'apprentissage pour douze métiers, un refuge pour les jeunes gens de plus de seize ans. L'œuvre a en ce moment sous sa direction 5.000 enfants répartis entre 86 homes séparés, sur lesquels veillent 24 Mission branches. Sur ces 110 institutions, 35 sont à Londres, 70 dans le reste de l'Angleterre, 1 à Jersey et 4 au Canada. Depuis trente-cinq ans, 38.000 enfants ont été retirés des slums, élevés et placés pour la plupart; 10.000 ont été envoyés aux colonies après une préparation suffisante. Le principal centre de placement est le

Canada, où le nombre des insuccès se maintient audessous de 2 %.

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