‹ Mendiants et vagabondsChapitre 25 sur 56 · Pasteur Robin, op. cit., p · texte numérisé non relu

Pasteur Robin, op. cit., p

par la section qui a la plus grosse somme disponible à son actif social. L'admission entraîne un prélèvement de 1.700 florins sur cet actif particulier, somme représentant la valeur d'une maison, de 2 hectares 50 de terres, des semences, instruments de travail et vêtements qui seront remis ultérieurement à la famille.

Mais il faudra d'abord que le nouveau colon, sa femme et ses enfants fassent un stage en qualité de famille d'ouvriers, rétribués à la journée suivant leur travail. C'est seulement après avoir donné des preuves de capacité et d'économie qu'ils seront élevés à la dignité de fermiers libres [vry boeren), maîtres désormais de semer, ramasser et vendre librement leurs récoltes, sauf obéissance au règlement général et paiement des petites sommes mensuelles représentant le loyer, les soins médicaux et l'abonnement pour les vêtements de la famille.

On accueille aussi des individus isolés pour lesquels le versement fait par la section qui les présente est réduit à 60 florins. Ils ne peuvent travailler que comme ouvriers salariés et vivent dans des familles auxquelles ils paient pension. On leur remet pour leurs menues dépenses un cinquième de leur salaire ; le reste sert d'abord à payer leur entretien, le surplus est porté à leur fonds de réserve.

L'agriculture, nous l'avons dit, est l'occupation principale, complétée par l'élevage, la production du beurre et du fromage. On a pourtant créé quelques ateliers dans lesquels on fabrique les outils et instruments agricoles, les chaussures et vêtements nécessaires à la colonie, des paniers, paillassons, sacs, etc. On a fondé en 1882 une école d'horticulture ; les légumes récoltés sont mis en boîte et vendus comme conserves.

Le directeur des colonies réside à Friedricksoord ; il y a deux sous-directeurs dans les colonies de Wilhelmsoord et Wilhelminasoord. Deux églises, une protestante et une catholique, une synagogue israélite sont desservies par des ministres des trois cultes, payés par la colonie. Des écoles publiques reçoivent tous les enfants de six à douze ans , l'instruction étant gratuite et obligatoire en Hollande. Un médecin réside sur les lieux et visite régulièrement tous les groupes d'habitations.

Aujourd'hui, les trois colonies comprennent une population de 1.800 habitants cultivant 2. 100 hectares. La Société a assuré à tous ces malheureux la dignité de la vie et un bien-être relatif en même temps qu'elle faisait œuvre de civilisation et enrichissait la communauté en mettant en valeur un pays jadis inculte. Son œuvre est restreinte, comme toutes celles qui réussissent, mais elle a largement rempli le programme tracé par l'homme de bien auquel elle doit sa fondation.

Nous ne pouvons que mentionner un certain nombre de sociétés privées qui ont créé des colonies agricoles d'après des principes analogues à ceux que nous venons d'exposer : l'Union générale néerlandaise pour l'entretien chrétien des mendiants et vagabonds, dont les assistés sont logés à la colonie de Hoogeland; l'Amélioration par le travail, qui a mis en culture quelques-uns des coins les plus déshérités de la Frise ; la Fédération orangiste de l'Ordre; la Colonie rurale de l'Armée du Salut, fondée sur les mêmes principes que celle de Londres, etc.

Cet exemple a même été imité par un certain nombre de conseils municipaux, qui ont organisé la culture de terrains communaux au profit des pauvres jusque-là assistés en argent.

Du reste, l'assistance par le travail est depuis long' temps pratiquée en Hollande aussi bien par l'assistance ecclésiastique, protestante ou catholique, que par les comités spéciaux d'assistance qui représentent l'assistance communale laïque l .

Les travaux en plein air sont de beaucoup les plus usités, ce n'est qu'exceptionnellement qu'on a organisé des ateliers.

Un certain nombre d'institutions offrent du travail à domicile et assurent la vente des objets fabriqués; les deux plus importantes sont les sociétés dites « Tesselschade » et « Le Travail ennoblit ».

La législation relative aux mineurs de dix-huit ans admet, comme la nôtre, la distinction relative au discernement (art. 38 et 39 du code pénal).

Les mineurs condamnés comme ayant agi avec discernement sont frappés des mêmes peines que les majeurs, avec une atténuation ; ils sont internés dans des quartiers spéciaux, les garçons à Bois-le-Duc, les filles à Amersfort.

Ceux qui sont acquittés comme ayant agi sans discernement sont envoyés dans des maisons de correction, soit publiques, soit privées. Il y a trois colonies publiques à Alfcmaar, Doetinchem et Montfoort; les deux premières pour les garçons, la dernière pour les filles. La principale colonie privée est le « Mettray néerlandais », fondé en 1851 à Rysselt, près Zutphen, par M. Suringar, l'admirateur et l'ami de M. Demetz.

Une loi du 15 janvier 1886 a réglé les conditions du placement des enfants abandonnés dans des maisons d'éducation publique. Quant aux* moralement abandonnés, c'est la charité privée qui veille à leur édu-

1. Cf. H. Smissaert, Assistance publique et charité privée dans les Pays- Bas, 1900.

cation et a créé dans ce but de nombreux orphelinats ou hospices. La Société pour l'éducation des orphelins en famille s'occupe spécialement de favoriser le placement des enfants chez des cultivateurs ou ouvriers choisis par elle.

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