Cf. Revue pénitentiaire, 1893, p
sociétés locales offrirent l'hospitalité aux compagnons porteurs de livrets émanant de Tune des sociétés associées. Outre le gîte et la nourriture, on s'efforce de leur procurer du travail et, si on n'y peut réussir, on les aide à gagner une ville voisine. Mais cette organisation est exclusivement catholique et limitée aux adhérents de l'union.
Quelques personnes charitables conçurent la pensée de généraliser le système en l'appliquant à tous les ouvriers, sans distinction. Déjà, quelques auberges hospitalières (Herberge zur Heimat) avaient été fondées dans de grandes villes; la plus ancienne, celle de Bonn, fut ouverte en 1854 sur l'initiative du professeur Cl. -Th. Perthes. Ce système fut étendu à tout le pays, particulièrement à l'Allemagne du Nord; 480 auberges hospitalières , contenant ensemble 14.000 lits, furent créées en quelques années, leur action fut centralisée et régularisée par un comité central présidé par M. le pasteur de Bodelschwingh. Dans ces auberges, chacun paye ce qu'il consomme, mais il le paye d'après un tarif réduit qui ne dépasse guère le prix de revient. C'est un concours offert à l'ouvrier en voyage pour lui procurer un gîte convenable, des repas à bon marché et le moyen de trouver de l'ouvrage. La direction est évangélique , en relations intimes avec l'œuvre de la Mission intérieure , mais on reçoit des voyageurs de toute confession.
Cette organisation ne s'appliquait encore qu'à une certaine classe d'ouvriers, possédant des ressources suffisantes pour payer leurs dépenses à un prix réduit. Elle n'offrait aucun secours à cette foule de traîneurs dénués de tout, dont la crise industrielle augmentait le nombre, que les associations contre la mendicité repoussaient incessamment des villes vers les cam-
pagnes qu'ils parcouraient et terrorisaient en troupes de plus en plus nombreuses, aux environs de 1880.
C'est alors qu'on eut en Wurtemberg la pensée de généraliser des tentatives déjà faites localement à Stuttgart, puis, d'une façon plus étendue, dans le royaume de Saxe, et de créer dans toute l'Allemagne un vaste réseau où des secours (coucher, nourriture) seraient donnés en nature à tout individu sans ressources. Cette organisation, créée pour le Wurtemberg en 1877 et généralisée au congrès de Cannstadt le 24 novembre 1880, s'étendit rapidement à l'Empire tout entier. En 1890, on comptait 1.957 stations de secours en nature, et on eût pu dire qu'elles couvraient l'Allemagne s'il n'y eût eu deux vides assez sensibles dans le réseau, l'un au nord, vers le Mecklembourg- Schwerin, Hambourg et l'Oldenbourg, l'autre au sudouest, dans l'Alsace-Lorraine et la partie septentrionale du Grand-Duché de Bade.
En 1890, ces 1.957 stations hospitalisèrent 1.936.091 individus pour une nuit; on a constaté la présence de 9.216 personnes dans la nuit du 15 au 16 décembre. La dépense totale a atteint 1.317.072 marcs, tandis que le travail produisait seulement 67.610 marcs * .
Les stations sont généralement créées par des cercles, quelquefois par des communes ou des associations de communes qui répartissent entre elles les dépenses en proportion de leur revenu matriciel, plus rarement par des sociétés privées. Elles sont habituellement placées sous la direction de trois employés : 1° un préposé municipal, qui accorde l'entrée après examen des ren-
\. H. von LOEPF.it, Die Naturalverpflegunsstationen (Zeitschrift der kôniglich-preussischen statistischen Bureaus, 1899).
Ce travail très complet et très étudié résume la matière et peut dis penser de lire les nombreuses études antérieures que nous avons citées en leur temps.
seignements et pièces produits ; 2° un intendant, qui est le représentant de l'association et tient les livres et la caisse ; 3° un directeur, qui est chargé de la nourriture, du travail et de la discipline. Quelquefois les employés se réduisent à deux et même à un. On accueille tout homme valide, disposé à travailler et ne possédant pas sur lui une somme de 3 marcs. Il doit travailler le lendemain jusqu'à midi pour représenter la dépense causée par sa nourriture et son coucher J .
L'après-midi doit être employée à continuer la route. L'homme qui s'est conduit convenablement reçoit une feuille de route ( Wanderschein) qu'il peut présenter à la station suivante, ce qui facilite son admission en évitant l'interrogatoire et l'enquête de l'employé municipal.
Les principes d'après lesquels doivent se créer les stations avaient été fixés dès 1884, par le comité central d'une œuvre distincte et voisine dont nous parlerons tout à l'heure, les colonies ouvrières2. On tenta de régulariser ce que ce mouvement eut d'abord d'un peu
1. En fait, une portion notable des hospitalisés, 1/7 environ, disparaît avant le repas du matin pour n'avoir pas à effectuer le travail; et ceux qui s'en acquittent sont loin, pour la plupart, de le faire d'une manière consciencieuse.
On peut constater, par les chiffres ci-dessus, que le produit du tra- \ail représente environ 1/20 de la dépense.
*. Nous pouvons les résumer ainsi :
1° Les stations de secours sont un moyen de lutter contre la mendicité et non une œuvre de relèvement.
2° Elles sont destinées aux gens valides dénués de ressources et non aux malades et vieillards, dont le soin incombe à l'assistance publique.
3° Les stations doivent être réparties suivant un plan uniforme, à une distance moyenne de 18 kilomètres, et soumises au même régime.
4° La nourriture doit être suffisante pour soutenir les forces d'un travailleur, tout superflu étant rigoureusement proscrit. Le travail doit être imposé en représentation du secours reçu. Une discipline exacte doit être maintenue et tout insubordonné remis à la police.
5° Il est désirable qu'un bureau de placement auxiliaire fournisse des indications sur le travail offert dans la localité.
6° La direction doit être morale et chrétienne, le repos dominical rigoureusement observé.
confus et spontané par la création d'unions provinciales et nationales, couronnées au Congrès de Cassel, le 12 janvier 1893, par un comité central des stations de secours allemandes, présidé par M. le comte d'Eulenburg, président supérieur de Westphalie.
Mais à ce moment déjà, les stations traversaient une crise grave. Des difficultés financières avaient amené les cercles à diminuer leurs subventions, d'autre part l'institution était attaquée avec passion dans divers milieux. En 1896, le nombre des stations était tombé à 1.287 pour l'Empire. La diminution était surtout sensible pour la Prusse, descendue de 951 stations en 1890 à 612 en 1896.
Pour obvier aux inconvénients allégués et assurer les ressources nécessaires, le comité central réclama une réglementation légale qui fut à la veille d'aboutir, en 1895, au moins pour la Prusse, quand le comte d'Eulenburg devint ministre de l'intérieur. Mais le projet adopté d'abord fut rejeté en troisième lecture, le ministère étant alors passé entre les mains de M. de Kœller, qui n'avait pas les mêmes raisons de s'intéresser au projet.
La question n'est toutefois pas définitivement tranchée; des propositions nouvelles ont été présentées au Landtag et la crise que traverse depuis un an l'industrie allemande ramènera sans doute l'attention des pouvoirs publics sur une organisation qui a rendu de grands services, et qui n'a donné lieu à des inconvénients sérieux que là où on s'est écarté des règles si sages posées en 1884.
Nous avons vu tout à l'heure que les stations de secours ne sont pas une œuvre de relèvement; cette portion de l'activité charitable est exercée par les colonies ouvrières créées postérieurement, sur l'initiative de
M. le pasteur de Bodelschwingh, et dont il me reste maintenant à parler.
Après avoir été un des promoteurs de la fondation des auberges hospitalières, M. de Bodelschwingh s'était occupé de l'organisation de plusieurs stations de secours. Plus d'une fois, il avait été témoin du désespoir de gens qui devaient quitter leur abri temporaire au bout de deux ou trois jours au plus, sans avoir trouvé d'ouvrage. « Où allons-nous aller? Pourquoi ne ne nous occupez-vous pas plus longtemps? » lui disaiton souvent. La charité inspire de sublimes audaces. M. de Bodelschwingh forma une société, réunit des fonds, en emprunta d'autres, et il acquit une propriété de 166 hectares dans la régence de Minden, dans un pays assez ingrat, où les terres n'avaient pas grande valeur. Il y ouvrit, le 22 mars 1882, avec 80 travailleurs, sa colonie qu'il nomma Wilhelmsdorf , en l'honneur de son souverain. Le succès couronna son entreprise si méritoire ; les terres de Wilhelmsdorf, rapidement améliorées, donnèrent un revenu suffisant pour faire vivre les travailleurs et payer les frais généraux. (Les fonds prêtés avaient été offerts sans intérêt.) Le résultat moral n'était pas moins satisfaisant : la première année, sur 966 colons qui passèrent dans la colonie, 830 furent placés et tirés de la vie errante du « sans-abri ».
D'autres colonies agricoles furent fondées sur le même plan en Hanovre, Sleswig-Holstein , Brandebourg, Poméranie; il y a aujourd'hui trente-deux établissements de ce genre, sur lesquels trente ont un caractère complètement agricole ; un s'occupe à la fois de travaux agricoles et industriels (Magdebourg) , et un dernier est complètement industriel (Berlin)1. Un
1. En 1891, la colonie de Berlin s'est adjoint une succursale agricole à
INSTITUTIONS ÉTRANGEUES. 87
comité central, qui a son siège à Wiistrau, près de Potsdam, exerce une action régulatrice sur toute l'organisation. Ce comité publie une revue, der Wanderer, qui donne d'intéressants renseignements sur le fonctionnement de l'œuvre, les résultats obtenus; de plus, cette publication mentionne les noms des hospitalisés dont la conduite a donné lieu à des reproches graves et qui devront désormais être exclus de toutes les colonies syndiquées. C'est ce qu'on appelle le tableau noir { .
Le renvoi avec inscription est la seule punition que puisse encourir le pensionnaire qui ne se conforme pas au règlement. L'entrée et la sortie sont absolument libres, ces établissements étant uniquement des œuvres privées de bienfaisance. Dans la plupart des colonies on demande à l'arrivant de prendre l'engagement de ne sortir sous aucun prétexte pendant un mois; c'est une pierre de touche destinée à éprouver la bonne volonté et une garantie contre les habitudes d'ivrognerie. Mais cela signifie simplement que celui qui sortira avant un mois renoncera au patronage de la colonie et ne pourra plus rentrer. Pour être admis, il faut être en état de santé, apte au travail, sans infirmité contagieuse ou répugnante , et présenter des papiers à peu près en règle. Le travail est rémunéré, mais les gains hebdomadaires ne sont remis qu'en partie au travailleur, le reste constituant un pécule qui est touché seulement à la sortie.
Le point essentiel dans l'organisation d'une colonie, c'est la personne du directeur. Il faut qu'il joigne à
Tegel; on y occupe les pensionnaires d'origine rurale reconnus inaptes au travail de l'atelier.
1. La revue a été fondée en 1884 sous le titre : Die Arbeiterkolonie. Elle parait à Bethel, près Bielefeld, sous la direction de M. le pasteur Morchen, et s'occupe également des Auberges hospitalières, des Stations de secours en nature et des Colonies ouvrières.
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un tempérament d'éducateur des connaissances économiques, qu'il soit à la fois ferme et patient, religieux et tolérant. Dans plusieurs colonies, on a fait appel au dévouement des frères de la Rauhe Haus, de la maison de Horn, près Hambourg; quatre sont confiées à des religieux catholiques. En général, on trouve préférable de choisir des directeurs qui aient un caractère moins strictement confessionnel. Dans tous les cas, il faut que le directeur tienne la main à l'exécution exacte du règlement, évite les abus, repousse les gens qui ne cherchent qu'un abri momentané moins dur que la prison, pour réserver ses places à ceux qui montrent un désir réel de se relever. C'est pour s'être parfois écarté de ces principes qu'on a vu le nombre des placements utiles tomber à 25 p. 100, les colonies envahies par les chevaux de retour, et qu'on a donné prise aux critiques dont nous parlerons tout à l'heure.
Il restait encore quelque chose à faire pour un genre spécial de vagabondage, exclusivement propre aux grandes villes, et qui a pris à notre époque un développement déplorable : nous voulons parler de l'exode des ouvriers ruraux arrivant avec leurs familles, sans ressources, ou avec de faibles économies bien vite épuisées. Pour peu qu'ils ne trouvent pas une occupation immédiate, ils sont bientôt sans domicile. D'autre part, les expulsions de locataires en retard sont de plus en plus rigoureuses à mesure que les rapports sociaux tendent à être plus exclusivement dominés par la question d'argent. A chaque trimestre, des familles sont jetées sur le pavé, sans asile, avec un reste de mobilier insaisissable qu'elles ne savent où mettre. Les uns et les autres n'avaient jadis d'autre ressource que de s'adresser à la police et de chercher un abri dans la Polizeigewahrsam , le dépôt, pêle-mêle avec
les escarpes , les filous et les prostituées de bas étage.
On s'occupa d'abord des familles. A Stuttgart, à Leipzig, à Hanovre, des maisons spéciales (Exmittirtenhaus) furent créées pour fournir un asile provisoire aux expulsés, recevoir leur mobilier, leur procurer le moyen de trouver un nouveau logement. A Berlin, où le régime du dépôt est particulièrement dur 1 , un comité privé se fonda en 1868 et ouvrit un asile dans le district de Friedriclrwerder. Pour réagir contre les sévérités de la police, les créateurs de cet établissement adoptèrent le principe de Yanonymitè. Tout arrivant n'a à fournir que des renseignements statistiques sur son âge, sa position de célibataire, ou marié, la date de son dernier passage. Des quartiers distincts sont disposés pour les deux sexes.
L'asile de Hambourg, ouvert en 1882, a adopté les mêmes principes. Il en est de même à Dresde. A Breslau et à Kœnigsberg, au contraire, on s'est spécialement attaché à connaître le passé des gens qui se présentent et à ne recevoir que ceux qu'on peut relever, en renvoyant au bureau de police les incorrigibles, ivrognes et paresseux. Les gens admis reçoivent, par contre, des secours plus efficaces et plus prolongés. L'établissement le plus complet est le magnifique asile municipal de la ville de Berlin, construit en 1887, et qui réunit, en deux sections complètement indépendantes, un asile pour familles et un asile de nuit pour isolés 2.
i. Tout individu qui passe au dépôt, même volontairement, est inscrit sur une feuille individuelle avec indications de son signalement, de ses moyens d'existence, papiers de légitimation. En outre, toutes les femmes sont soumises à une visite médicale très pénible pour des mères de famille dont la misère est le seul crime. (Cf. Das Asyl fur Obdachlose in Berlin, ein Vortrag von Missionâr Spindler, Berlin, 1890.)
2. Nous en avons publié une description dans la Revue pénitentiaire
On voit que, en Allemagne, l'Etat et l'initiative privée se sont mis d'accord sur une sorte de partage d'attributions en vue d'assurer la prévention et la répression, en ce qui touche les infractions qui nous occupent.
L'initiative privée a créé tout un ensemble d'institutions qui offrent des secours variés à l'ouvrier sans travail et permettent à tout individu de bonne volonté d'échapper à l'action de la loi.
L'Etat a fortement organisé la répression et créé les établissements nécessaires.
Qu'il y ait des points de détail à modifier, des améliorations nécessaires à introduire, nous ne l'avons pas dissimulé. Mais les principes essentiels sont posés et il ne s'agit plus dans ce pays que de les appliquer plus rigoureusement, en se préoccupant uniquement du but à atteindre.
Le code pénal de l'Empire ne contient pas de mesures spéciales aux mineurs vagabonds. Ils sont soumis aux mêmes peines que les adultes ' , sauf les atténuations générales prévues pour les crimes et délits commis pendant la minorité. Le législateur la divise en trois périodes :
1° Jusqu'à douze ans, irresponsabilité complète;
2° De douze à dix-huit ans, se pose la question du discernement : le mineur coupable ne sera puni que
(1804, p. 57). Sur cette question des asiles, on ne saurait avoir un meilleur guide que M. le baron de Reitzcnstein qui a présenté au Congrès d'Assistance et de Bienfaisance de 1893 une remarquable étude intitulée : Die Fûrsorge fur Obdachlose. (Publications de la Société d'A. et de B., n° XVI, Leipzig, Duncker et Humblot, 1892.)
1. On a généralement soin de les séparer des adultes dans les maisons de travail forcé; cependant M. von Hippel signale dix établissements de ce genre dans lesquels n'existe encore aucune distinction (op. cit., p. dit). I.a Bavière et la Saxe ont créé deux maisons de travail forcé spéciales aux mineurs.
si le tribunal décide que, au moment où il a commis un acte coupable, l'inculpé possédait le discernement nécessaire pour apprécier qu'il encourait une peine (art 57) et, dans le cas de l'affirmative, la peine prononcée sera atténuée ;
3° Au-dessus de dix-huit ans, la responsabilité est complète.
Le tribunal décide si les mineurs acquittés de la seconde catégorie doivent être remis à leurs parents ou confiés à l'administration pénitentiaire pour recevoir l'éducation correctionnelle dans un établissement où l'enfant pourra être retenu jusqu'à sa majorité (art. 56).
Les mineurs de la première catégorie seront, au contraire, traités comme les enfants moralement abandonnés ou vicieux dont le sort est réglé par les art. 1666 et 1838 du nouveau code civil de l'Empire, entré en vigueur le 1er janvier 1900. Sur une décision du juge de bailliage, siégeant comme tribunal de tutelle, l'enfant pourra être retiré à sa famille et placé toutes les fois que par suite de la négligence, de la brutalité ou de la mauvaise conduite de ses parents ou tuteurs, il se trouvera exposé à un danger physique ou moral. Le code laisse à chaque État confédéré le soin d'organiser sa législation particulière.
Les Chambres prussiennes se sont empressées de voter la loi préparée en vue de se conformer à cette injonction; elle a été promulguée le 2 juillet 1900. Au principe de la correction, qui formait la base de la loi antérieure du 13 mai 1878, la loi nouvelle substitue celui de la préservation 4 . L'art. 1er prévoit le défaut
1. Cf. L'éducation correctionnelle en Allemagne {Revue Philanthropique, 1901, tome IX, p. 32). Cet article contient une analyse complète des deux législations. — Voir aussi Lerebours Pigeonnière : L'éducation forcée en Prusse. {Revue pénitentiaire, 1900, p. 536.)
92 MENDIANTS BT VAGABONDS.
de soins moraux ou matériels des parents en môme temps que la faute commise par l'enfant âgé de moins de douze ans. Dans l'un et l'autre cas, les enfants seront confiés par le juge de tutelle aux autorités communales qui assureront leur placement soit dans des familles choisies avec soin, soit dans des écoles de préservation créées aux frais de la province et placées sous le contrôle des fonctionnaires qui la représentent.
Le placement dans des familles sera toujours préféré, à moins de raisons spéciales; la famille désignée devra professer la même religion que l'enfant, elle pourra même être sa propre famille, mais alors celleci devra accepter le contrôle du patron désigné pour veiller spécialement sur les soins donnés à chaque enfant.
Les écoles de préservation ne pourront se trouver dans les mêmes bâtiments que les maisons des pauvres ou maisons de travail forcé. Leur effectif ne devra pas dépasser cent élèves. A défaut d'un établissement spécial, les unions provinciales pourront conclure un arrangement avec des maisons privées ou ecclésiastiques. Les frais relatifs à chaque enfant incombent à l'union communale de son domicile, sauf recours contre les parents solvables; l'Etat rembourse aux unions les deux tiers des frais qu'elles ont à supporter de ce chef.
L'éducation préservatrice cesse en tout cas avec la majorité ; mais il est recommandé aux unions communalesd'y mettre fin dès que le but poursuivi sera atteint ou assuré par un autre moyen. Le règlement d'exécution insiste sur ce point que l'éducation organisée par la loi n'est qu'une sorte de pis-aller, auquel on n'aura recours qu'à défaut des œuvres privées, nombreuses en Prusse. Un emploi exagéré de ce mode d'éduca-
tion imposerait bien vite à l'Etat et aux communes des charges écrasantes.
La loi du 2 juillet 1900 a été accueillie en Allemagne par une approbation à peu près unanime ; on a été jusqu'à dire que sa portée sociale dépasse celle des lois relatives aux assurances ouvrières. Tout fait supposer que, après une expérience plus ou moins prolongée, des dispositions inspirées du même esprit seront étendues à tout l'Empire, comme le désir en a été exprimé au cours de récents débats.