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MESURES PRÉVENTIVES. I. ENFAXTS ET VIEILLARDS

I. — Nous avons vu que, à la veille de la Révolution, une expérience quatre fois séculaire avait conduit à déterminer trois catégories de mendiants; le roi Louis XVI nous les a énumérées dans le curieux document dont nous avons reproduit un extrait.

Cette classification a survécu à l'ancien régime et nous la retrouverons dans les travaux les plus récents * ; nous l'adopterons à notre tour pour l'étude des diverses institutions françaises à laquelle il nous reste à procéder.

Nous examinerons donc successivement :

1° Les indigents qui ne peuvent pas travailler, soit parce que leurs forces n'ont pas atteint leur plein développement (enfants), soit parce que l'âge ou les infirmités les ont déjà diminuées (vieillards ou incurables) ;

2° Ceux qui, pouvant et voulant travailler, n'ont pas l'occasion d'utiliser leurs forces, faute d'un emploi (chômeurs involontaires) ;

3° Ceux qui, pouvant travailler, refusent le travail qui leur est offert et préfèrent vivre d'expédients (mendiants professionnels).

1. Elle a été sanctionnée par un vote du S* Congrès pénitentiaire international réuni à Paris en -1895, qui a traité à fond la question de la répression du vagabondage. {Actes du Congres, séances, tome VI, p. 509.)

On voit de suite que les deux premières catégories se composent de gens intéressants, victimes de leur faiblesse ou de circonstances défavorables, auxquels il convient d'appliquer des mesures de protection destinées à les préserver du dénûment.

La dernière comprend, au contraire, les individus absolument rebelles à l'obligation du travail, qui méritent les sévérités de la loi répressive.

II. — Le siècle dernier a été justement fier du merveilleux essor économique qui a été la conséquence de l'emploi de la houille, de l'application de la vapeur à l'industrie, de l'invention des machines; cette prospérité a eu malheureusement trop souvent pour conséquence la désorganisation de la famille ouvrière. Le travailleur a dû abandonner le village où il exerçait son métier, logé dans une maison à lui, entouré des siens, pour venir habiter de grandes bâtisses hâtivement élevées à proximité des usines où de puissants moteurs distribuent la force à tous les métiers. Dès le matin, le père d'un côté, la mère de l'autre, gagnent l'atelier, laissant leurs enfants livrés par tout le jour à la promiscuité des paliers ou des cours communes. De là, il est facile de gagner la rue, où tout excite la curiosité de ces innocents, où les devantures débordant sur les trottoirs font surgir à chaque pas des tentations nouvelles. Il suffira parfois du mauvais conseil d'un camarade plus âgé pour vaincre la résistance d'une volonté trop faible ; un premier larcin passant inaperçu, un plus grave sera bientôt tenté, et l'enfant peut se trouver ainsi engagé, presque sans s'en douter, sur la voie qui le mène au délit, à la prison '.

i. Cf. Adolphe Guillot, Paris qui souffre, les Prisons de Paris et les prisonniers, i vol. in-8°, Paris, 1800, — Henri Joly, le Crime, le Combat contre le crime, la France criminelle, 3 vol. in-12, Paris, s. d. — Jean

Le vagabondage de l'enfant est, on Ta dit, l'école primaire du délit; et c'est parce que les dangers auxquels il expose sont particulièrement graves dans les villes, que l'on compte dans les maisons de correction quatre enfants de provenance urbaine contre un seul élevé à la campagne.

On doit donc considérer comme un immense bienfait pour la classe ouvrière la multiplication des établissements de toute nature destinés à recevoir l'enfant pendant l'absence de ses parents : crèches, écoles maternelles, écoles primaires. La loi du 28 mars 1882, qui a imposé l'obligation de fréquenter l'école à tous les enfants de sept à treize ans, constitue pour ceux-ci une mesure de protection contre l'indifférence ou la négligence de leurs parents.

La mise en vigueur de cette disposition exigeait un grand effort, car il fallait à la fois plus d'écoles et plus de maîtres pour instruire ce contingent nouveau resté jusque-là en dehors de l'école. Le concours de tous y eût été nécessaire. On compliqua malheureusement la question en décidant non pas seulement la création d'école neutres où les enfants pourraient recevoir un enseignement dégagé des idées catholiques, si leurs parents le désiraient, mais la laïcisation obligatoire et complète de toutes les écoles publiques. C'était se priver volontairement du concours de cette foule de congréganistes des deux sexes qui, depuis saint Jean-Baptiste delà Salle et Madeleine l'Huillier, ont créé et développé en France les meilleures méthodes d'enseignement populaire.

Cette mesure eut pour conséquence la construction de nombreuses écoles, et la formation hâtive d'un per-

llii.n:. le Vagabondage des' mineurs, \ vol. in-8°, Mayenne, 1899. — H. Kollet et Guy Tomei., les Enfants en prison, \ vol. in-18, Paris, 1892.

sonnel nouveau 1. Les dépenses de construction ont lourdement grevé les budgets des communes et de l'Etat, et le personnel nouveau, insuffisamment préparé à sa tâche, obéissant parfois à des préoccupations étrangères à l'enseignement, a souvent fait regretter l'ancien.

Malgré tant d'efforts et de dépenses, on n'arriva cependant pas à assurer la complète exécution de la loi. Douze ans après sa promulgation, un juge très compétent constatait qu'à Paris plus de 6.000 enfants ne pouvaient trouver place dans les écoles publiques2. Sur 225.000 enfants d'âge scolaire, 20.000 environ ne recevaient pas d'instruction3, et, pour toute la France, le rapport entre les enfants inscrits et ceux qui sont réellement assidus est d'environ 89 p. 100. Sur

1. Nous devons à l'obligeance de M. Alfred des Cilleuls, dont on connaît la compétence en matière d'enseignement primaire, la communication des intéressants renseignements statistiques suivants.

Les dépenses de constructions scolaires ont été effectuées sous deux régimes successifs :

4° Lois des 1er juin 4878, 3 juillet 1880, '20 mars 1883 et 30 janvier 1884 (caisses spéciales, subventions et avances de l'État, emprunts des communes).

2° Loi du 20 juin 1895 (subventions au tarif, par unité scolaire).

Voici comment les dépenses se sont réparties :

lrn période. 2e période. Totaux.

État i 78.333.333 fr. 84.877.346 fr. 263.210.670 fr.

Départements et communes. 245.557.052 » 128.044.413 » 373.601.465 »

Voici maintenant les chiffres du budget de l'instruction primaire en 1882 et 1896, relevés dans la statistique officielle :

État 79.689.772 fr. 74 131.000.859 fr. 42

Départements et communes 34.684.162 » 15 65.923.918 » 8t

L'augmentation est de 82.550.843 fr., soit 72 p. 100.

2. M. J. Gaufrés, conseiller municipal de Paris. {Revue pénitentiaire, 1894, p. 156.)

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