Raoul Jay, art. cit
2, Bulletin de l'Office du travail, 1902, p. 31.
100 MENDIANTS ET VAGAHONDS.
culièrement préoccupées de mettre leurs adhérents à l'abri du chômage '. De 1851 à 1808, la seule Union des mécaniciens, qui comptait 382.492 membres, a distribué en secours £. 720.055 dont £. 425.844 pour leurs seuls secours de chômage 2. D'après les statistiques les plus récentes 3, il y aurait dans l'Angleterre et le Pays de Galles 400 associations, qui représentent 0.000 syndicats et groupent 800.000 membres, allouant à leurs adhérents des secours de chômage. Il convient de signaler le soin avec lequel ces diverses associations s'appliquent à se défendre contre le chômeur d'habitude ; le secours accordé, qui varie en général de 10 à 15 shillings par semaine pendant la première année, est diminué au cours de la seconde et cesse parfois dès la troisième; ou, s'il est continué, il se réduit progressivement pour cesser à la quatrième ou à la cinquième. Très rares sont les Unions qui admettent le droit au secours pour un nombre illimité d'années.
Nous sommes encore moins avancés en France. Une enquête, à laquelle l'Office du travail a procédé en 1895 avec le soin qu'il apporte toujours à l'étude de ces questions, a révélé au 1er juillet 1894 l'existence de 2.178 syndicats ouvriers parmi lesquels 487 seulement ont déclaré allouer des secours à leurs adhérents en cas de chômage 4. A la suite d'une seconde enquête spéciale à ce point on a constaté que 87 syndicats
\. « La l 'rade-Union est avant tout une caisse permanente de chômage; son but est d'amasser un fonds de réserve qui grossit rapidement dans les années prospères et qui est destiné à soutenir les membres de la société lorsqu'ils chôment soit faute d'ouvrage, soit par suite d'une grève. » (Howell, le passé et l'avenir des Trade-unions, prélace deL* CeOR Ckwdmaison, p. XV.)
-2. IV BollMKKT, Op. Ctt.
3. Ces statistiques sont analysées par M. Vaxi.akr dans l'article précité.
4. Documents sur la question du chômage, 1806. — L'Annuaire des syndicats professionnels pour 189!» mentionne 376 caisses de chômage en activité.
seulement, groupant 16.250 membres, pratiquent réellement ce genre d'assurance mutuelle. La dépense représente une charge moyenne de 5 fr. 17 par tête.
Les Unions du bâtiment ont créé en Angleterre une organisation permettant à l'adhérent de bénéficier de son droit au secours de chômage même en dehors de son domicile. Tout ouvrier qui se déplace reçoit un livret — travelling card — portant son nom, son signalement, l'indication de l'allocation totale à laquelle il a droit d'après les règlements de son association, et dont le montant est porté en tête du compte préparé sur le livret. Une liste imprimée indique les noms et adresses des correspondants chez lesquels le porteur pourra toucher des acomptes; c'est donc une véritable lettre de crédit syndicale que l'ouvrier emporte ainsi avec lui K .
Deux fédérations françaises de syndicats, celle du livre et celle des ouvriers lithographes, ont établi une organisation analogue pour les secours de route 2.
II. —Dans tous les cas, par suite de leur taux réduit et de leur caractère temporaire, les allocations des caisses de chômage ne constituent qu'un expédient qui atténue les souffrances causées par le manque de travail, mais ne saurait les faire cesser. Le placement seul peut produire cet effet en procurant un nouvel emploi et, par suite, des ressources suffisantes et durables.
En le considérant à ce point de vue, on peut dire que le placement remplit une fonction sociale qui n'est pas moins importante que celle de l'assistance; on pourrait même soutenir qu'elle est supérieure, car le placement présente plus de difficultés et demande un
\. Paul de RousiERS, le Trade-Unionisme en Angleterre, Paris, 4897, p. 76 et suiv.