Rapport au Conseil municipal, 1896, n
2. En 1901, le nombre des entrées a été de 133 et celui des sorties de 141. La durée du séjour varie habituellement de deux à quatre mois. Le nombre des individus placés à leur sortie a été de 98. Les 141 colons qui ont laissé la Chalmelle ont emporté 4.231 fr. 25 économisés par eux sur leurs salaires et gratifications dont le total s'est élevé à 9.186,25. Les dépenses de l'année se sont élevées à 61.000 francs, sur lesquels 55.000 ont été couverts par les produits de l'établissement. Le déparlement de la Seine n'a donc eu à supporter que 6.000 francs de déficit. (Rapport de M. Gaston Malet, directeur, à M. le préfet de la Seine pour l'année 1901.)
d'août 1894, le conseil général décida de transformer le dépôt en une Maison départementale d'Assistance, et d'y rendre pratiques les distinctions prévues par les art. 270 et suivants du code pénal par la création de quartiers spéciaux pour les diverses catégories. La maison de retraite destinée aux vieillards contient 82 lits, dont 54 pour hommes et 28 pour femmes, disposés dans deux quartiers entièrement séparés. Le nouveau quartier d'assistance par le travail a été ouvert en 1897 avec 64 lits, 56 d'hommes et 8 de femmes. On y renvoyait, au début, tous les condamnés pour mendicité à l'expiration de leur peine. Après avoir constaté que les résultats obtenus étaient nuls pour le plus grand nombre, le préfet a adopté le parti de ne plus prendre d'arrêté que pour les individus qui en feraient la demande, dans le but de se constituer un pécule et de trouver ensuite du travail. Comme preuve de bonne volonté, on exige d'eux l'engagement de séjourner pendant un temps déterminé, sous peine de perdre leur pécule. En même temps qu'on restreignait ainsi le contingent des libérés aux seuls dignes d'intérêt, on augmentait d'autant la place accordée aux travailleurs qui se présentent volontairement. Leur nombre a été de 179 en 1897, dont 128, soit 71 p. 100, avaient subi une ou plusieurs condamnations. La moyenne des journées de présence a été de 84, et celle du pécule de sortie de 16 fr. 55. En 1901, le nombre des reclus volontaires s'est élevé à 305, la moyenne des journées de présence a été de 65 et celle du pécule de sortie de 28 fr. 93. Le travail est surtout agricole; pour les ouvriers des villes qui n'y sont pas aptes , on a organisé deux ateliers restreints de paillons et de chaussons. Des placements temporaires chez les cultivateurs des environs constituent une prépara-
tion à la sortie pour les individus qui donnent satisfaction au directeur; c'est aussi un moyen d'augmenter le pécule, les journées au dehors étant mieux rétribuées que le travail intérieur. Un bureau de placement gratuit est annexé au dépôt. Les résultats obtenus sont très satisfaisants et on ne peut que recommander cette organisation comme modèle aux départements désireux d'organiser sérieusement chez eux la répression de la- mendicité 1 .
V. — Le nombre relativement important des travailleurs admis à Courville sur leur demande, montre bien quelle précieuse ressource des établissements de ce genre, s'ils étaient généralisés, offriraient aux ouvriers sans travail et sans ressources, désireux de ne pas encourir une condamnation. Ils seraient particulièrement utiles à une catégorie de gens plus exposés que d'autres à glisser du vagabondage dans des délits plus graves, nous voulons parler des détenus libérés à l'expiration de leur peine. On ne saurait croire quelles sont les difficultés que présente la recherche d'un emploi pour ceux de ces malheureux qui sont désireux de se relever. Dans toutes les classes de la société s'élèvent les plus graves préventions contre les individus qui ont eu affaire à la justice. Ce ne sont pas seulement les patrons qui repoussent les libérés ; l'ostracisme vient autant et plus de l'ouvrier lui-même. Celui qui a toujours marché droit dans la vie repousse tout contact avec l'homme flétri par le séjour de la
1. Le prix d'acquisition de la propriété a été de 26.850 francs, frais compris, et le montant des dépenses pour constructions, mobilier, literie, vêtements, etc., de 198.501 francs. Le pari mutuel a accordé une subvention de 70.000 francs au département pour cette création.
L'excédent des dépenses sur les recettes est couvert par une subvention de 01.028 francs inscrits au budget départemental pour 1901 et 1902.
Pour plus de détails, voir la Réforme sociale, 1899, tome 1er, p. 787.
prison. Les associations ouvrières de tous pays épousent, sous ce rapport, les idées de leurs adhérents et ferment rigoureusement à tout prisonnier libéré non seulement leurs rangs, mais aussi, bien souvent, la porte des ateliers.
En sortant de prison, le libéré emporte généralement un pécule, léger si la détention a été courte, important quand une peine plus grave a motivé l'envoi dans une maison centrale. Ce pécule devrait servir, dans la pensée du législateur, à assurer des ressources pendant la période de recherche du travail ; mais trop souvent cet homme, privé de tout plaisir depuis des mois, des années peut-être, est entraîné par des amis d'occasion vers des lieux de débauche où tout est bien vite dépensé; le lendemain, l'homme dégrisé se retrouve sur le pavé, sans ressources, exposé aux tentations que provoque la faim.
Les sociétés de patronage des libérés ont été créées dans le but de remédier à cette situation. Elles se préoccupent avant tout du placement à la sortie et le préparent dès la prison, par les visites faites au détenu. Le visiteur s'efforce de réunir tous les renseignements relatifs au métier, aux connaissances et aux aptitudes de chaque patronné, de manière à être à même de renseigner exactement ceux qui sont susceptibles de l'employer; il fait comprendre à l'intéresse la nécessité du travail pour le mettre à l'abri de la récidive, et lui indique les divers moyens de se procurer un emploi qu'il aura à sa disposition le jour de la sortie.
Les premières sociétés de patronage des libérés furent créées en France sous l'influence du mouvement en faveur de la réforme pénitentiaire qui marqua le début de la monarchie de Juillet. Ces créations fu-
rent favorisées par deux voyages que fit dans notre pays Mme Elisabeth Fry, la femme admirable que les détenues de Newgate appelaient « l'ange des prisons ». Un nouvel élan fut donné à cette œuvre par la loi de 1875 qui, en instituant le régime de la séparation individuelle, facilitait singulièrement l'action morale des visiteurs. La Société générale des prisons se préoccupa, dès sa fondation, d'augmenter le nombre des sociétés existantes. Un premier congrès national fut réuni par son initiative en 1893, à Paris, et décida la constitution d'une Union des sociétés françaises représentée par un bureau central, dont le siège est à Paris. Ce bureau constitue un lien permanent entre les sociétés adhérentes, leur fournit tous les renseignements utiles, publie un bulletin trimestriel et organise les congrès nationaux qui ont lieu tous les deux ans.
Au moment de l'Exposition universelle, l'Union groupait 101 sociétés ayant assisté 17.422 libérés en 1899.
Certaines sociétés de patronage ont ouvert des asiles destinés à offrir un abri momentané aux libérés sans emploi. Le type le plus complet nous est fourni par la Société générale de patronage des libérés, présidée par M. le sénateur Bérenger, qui a ouvert à Paris deux asiles temporaires, avec organisation d'un travail d'attente, l'un pour hommes, rue des Cévennes, l'autre pour femmes, rue de Lourmel.
Il nous faut aller aux environs de Lyon, à Couzon au Mont-d'Or, pour trouver un type d'asile permanent, lu Asile Saint-Léonard a été fondé en 1864 par M. le chanoine Villion, ancien aumônier des prisons de Lyon. Il reçoit tous les libérés disposés à se relever par le travail. La durée du séjour n'est pas limitée; ceux qui le désirent peuvent rester indéfiniment.
188 MKXIHANTS ICT VAGABONDS.
Les autres sont placés après une épreuve suffisamment prolongée. Le nombre des pensionnaires est d'environ 50 et celui des placements annuels de 20 à 25. C'est là le type de ces « cloîtres du travail » que réclamait naguère un criminaliste distingué ' pour les anémiés de la volonté, ces individus éminemment suggestibies qui sont incapables de se conduire dans la vie et trouvaient au moyen âge un refuge dans les dépendances de certains monastères.
Le nombre des sociétés de patronage qui ont pu créer des asiles est forcément très limité. On n'en trouve que dans les grandes villes qui fournissent un contingent important de libérés et offrent des ressources suffisantes pour entreprendre une fondation coûteuse. Elle dépasserait les possibilités de la plupart des sociétés.
L'idée est donc venue naturellement de se servir des ateliers d'assistance par le travail dont nous avons parlé plus haut pour occuper les libérés momentanément sans emploi. Des discussions se sont élevées sur le point de savoir s'il convenait d'encourager leur mélange avec les ouvriers ordinaires. La question a fait l'objet d'une enquête et d'une discussion approfondie devant le Comité central des œuvres d'assistance par le travail, à Paris 3. et elle a été tranchée en dernier ressort par le 4e Congrès national de patronage, réuni à Lille en 1898 3. Les conclusions adoptées dans ces deux réunions sont d'accord pour conseiller de préférence
1. M. Schaffroth, inspecteur des prisons du canton de Berne, au Congrès de patronage d'Anvers, 1898. {Revue pénitentiaire, 1898, p. HKn.)
2. On trouvera dans le Bulletin des sociétés de patronage, 4898, p. 47 et 449, le rapport de M. le docteur Bouloumié, résumant l'enquête, et le compte rendu de la discussion qui l'a suivi.
3. Compte rendu du 4" Congrès national de patronage des libérés, Lille, 1898, p. 195, 202 et 300.
la création d'ateliers spéciaux dans les villes où les ressources sont suffisantes. A défaut d'atelier spécial, on pourra avoir recours aux ateliers d'assistance par le travail, à la condition que le mélange des deux éléments soit fait discrètement, à dose modérée et sous le contrôle d'une discipline sévère. On devra toujours donner à l'atelier unique le caractère d'assistance par le travail.
Nous retrouvons les mêmes préoccupations dans les pays étrangers qui pratiquent le patronage. En Allemagne, les libérés sont admis dans les colonies ouvrières, nous l'avons vu. Il en est de même en Suisse, où des colonies ont été fondées sur le même modèle, et en Belgique, à la colonie ouvrière de Haeren, près Bruxelles.
L'Union des bureaux de placement badois a toujours montré une très grande bienveillance à Y Union des sociétés de patronage des libérés, grâce à l'action personnelle de M. le conseiller supérieur Fuchs, qui préside les deux associations. Les sociétés locales sont invitées à signaler aux bureaux les plus voisins tous les libérés à placer, quatre semaines au moins avant leur sortie de prison, en fournissant une note très exacte sur leurs profession, capacité, application au travail, etc. Les bureaux de placement se réservent la faculté de les occuper pendant quelque temps à un travail d'attente, comme épreuve, avant de leur procurer un emploi de leur spécialité. Ce placement provisoire consiste, le plus souvent, en travail agricole. C'est, du reste, actuellement une tendance générale en Allemagne, de s'efforcer de rendre à la terre les gens réduits à une extrême misère.
La Société de patronage des libérés de Berlin créa, dès 1884, un bureau de placement Neue Friedrichs-
trasse, 13, pour son usage exclusif. Un employé rétribué reçoit toutes les demandes de placement des libérés, et leur fournit les adresses des patrons de leur profession. Grâce à une entente avec la colonie ouvrière, les asiles de nuit, les refuges pour femmes et les cuisines populaires, on peut assurer aux postulants sans ressources un abri, du travail, de la nourriture, des vêtements et des chaussures. Par contre, l'agent signale à la police les patronnés qui ont abandonné le travail qui leur a été procuré, ou ont été renvoyés pour cause d'ivrognerie ou de paresse.
Ce bureau a procuré, en 1898, 3.665 places, dont 313 .seulement à Berlin. Sur les 3.352 personnes envoyées dans les provinces, 2.723 étaient placées dans l'agriculture H.
A Dusseldorf, la société de patronage a créé à la fois un bureau de placement et un atelier d'assistance par le travail. Les libérés sont occupés à débiter du bois de chauffage, et l'écoulement est assez facile pour qu'on puisse accorder presque constamment des heures supplémentaires payées, en sus des six heures qui représentent la nourriture et le logement pour la journée. En 1898, l'atelier a débité 17.392 quintaux de bois; on a accordé 10.803 bons pour un lit et 38.652 repas; 1.658 placements ont été effectués.
On trouve des institutions analogues à Hambourg (1882), Breslau, Essen, Goerlitz, Neisse.
En Angleterre, nous trouvons également un certain nombre d'asiles pour libérés. Citons notamment la grande blanchisserie créée par Mrs. Susanna Meredith, Wandsworth Road, à Londres, et l'asile pour hommes ouvert par l'Armée du Salut.
\. Die Wohlfahrtseinrichtungen Berlins, Berlin, 1809, p. 310-312, 11° 873 à 875.
Il existe à Londres un usage intéressant à signaler. Dans cette grande capitale, cinquante maisons environ embauchent sans difficulté des condamnés libérés. Les noms de ces patrons sont affichés dans une salle des bureaux de la police métropolitaine à Scotland Yard, et tout le monde est admis à consulter cette liste. Un libéré trouve, par ce moyen, du travail aussi facilement qu'un ouvrier ordinaire. Le salaire est toutefois légèrement réduit; c'est là l'avantage du patron H .
En s'efforçant, par tant de moyens divers, de reclasser les libérés, les sociétés de patronage cherchent bien moins l'intérêt de ces derniers que celui de la société elle-même. On dit souvent aux pratiquants du patronage : « Gomment vous occupez-vous de ces misérables quand il y a tant de braves gens qui meurent de faim ? » Mais c'est précisément parce qu'on ne peut les croire disposés à accepter pareille extrémité qu'il y a lieu de se préoccuper de procurer à ces gens une occupation qui leur fournisse le moyen de vivre. Pour accepter la mort plutôt que d'attenter aux biens ou à la personne d'autrui, il faut être un héros ou un saint; ni les uns ni les autres ne se rencontrent couramment parmi les gens qui sortent de prison.
VI. — Chacune des œuvres que nous venons d'examiner contribue, pour sa part, à prévenir les conséquences du dénûment momentané et à empêcher par suite la formation d'une classe de mendiants ou vagabonds professionnels. En étudiant, même aussi sommairement que nous avons dû le faire, ces diverses organisations, il est impossible de ne pas être frappé du besoin d'entente qui se manifeste dans chacune des
1. Communication de sir Howard Vincent au 3e coDgrès international de patronage, Anvers, 1898 {Revue pénitentiaire, 1898, p. 999).
192 MENDIANTS ET VAGÀTÎONPS.
spécialités. Les œuvres particulières se groupent en Unions dans le but d'étudier en commun leurs méthodes, et de déterminer celles qui remplissent le mieux le but à atteindre; l'Union publie un Bulletin destiné à répandre ces idées dans le public par une propagande à la fois discrète et continue. Puis ces Unions entrent en contact les unes avec les autres, elles se communiquent les résultats de leur expérience propre, elles concluent des accords momentanés en vue d'un effort, commun.
Ces organisations partielles devaient nécessairement avoir un jour pour couronnement la création d'une sorte d'organe commun constituant pour toutes un centre d'informations et qui, tout en laissant à chacune d'elles son entière autonomie, assurât entre elles la permanence des relations spontanément créées sous l'impulsion du besoin constaté.
C'est le but que poursuivait M. Léon Lefébure quand, en 1890, il inaugurait, rue de Champigny, Y Office central de la Charité. Tout le monde sait combien l'œuvre s'est développée à Paris où elle a pris, en dix ans, la tête du mouvement charitable privé. Grâce à l'enquête qu'il tient constamment à jour sur les œuvres, l'Office est toujours en mesure d'indiquer immédiatement celle dont le concours est approprié au besoin précis qui se manifeste ; une seconde enquête permanente sur les pauvres permet de constituer un vaste répertoire sur lequel sont bien vite inscrits tous les mendiants professionnels. Il suffit souvent à un bienfaiteur de se rendre au siège de l'Office central pour que, immédiatement, sans même demander le délai nécessaire à une enquête, le dévoué Administrateur de cet établissement puisse l'édifier sur la valeur de l'individu qui a écrit pour solliciter un secours. Par suite
de ses relations suivies avec l'Hospitalité du Travail, l'Office a sous la main un moyen d'éprouver la bonne volonté des ouvriers sans travail et de leur assurer un secours immédiat proportionné à leurs besoins. Il y a donc là un moyen excellent de réprimer la mendicité et le vagabondage urbain ' .
Dans un travail remarquable, communiqué en 1896 aux Conseils généraux 2, M. Lefébure avait préconisé la création d'Offices centraux régionaux répartis sur la surface du territoire de manière à desservir des groupes de population comprenant de deux à trois millions d'habitants. Ce désir est devenu une réalité. Des Offices de la bienfaisance fonctionnent actuellement à Marseille, Bordeaux, Lyon, Lille, Roubaix, Clermont- Ferrand, Nancy, Cannes. Dans d'autres villes, des unions d'assistance, comme à Pau, des secrétariats du peuple, comme à Versailles, rendent les mêmes services.
Chacun fait pour sa région ce que l'Office du boulevard Saint- Germain fait si bien à Paris. Il constitue un centre permanent d'information dont les services pourront, quand on le voudra, être étendus aux diverses villes de la région par l'institution de correspondants locaux, reliés à l'Office par le télégraphe et le téléphone. Au besoin, le jour où des moyens d'action appropriés à tous les besoins auront assuré les distinctions nécessaires entre les diverses catégories que nous avons établies, ce ne sera plus seulement l'organisation de la charité, ce sera aussi celle du travail qui devra entrer en relations suivies avec une institution créée
1. Le fondateur de l'Office central a exposé lui-même le développement et le fonctionnement de cette institution dans un volume récemment publié : l'Organisation de la Charité privée en France. Histoire d'une œuvre, 1 vol. in-8°, Paris, 1900. ,