‹ Mendiants et vagabondsChapitre 6 sur 56 · G. Berry, rapport précité · texte numérisé non relu

G. Berry, rapport précité

2. Revue pénitentiaire, 1896, p. 577. Cette enquête a été faite avec le concours de la préfecture de police.

XIV INTRODUCTION

de toute nature recrutent des auxiliaires ou des victimes.

En province, cette mendicité familiale est représentée par les roulottiers ou camps-volants, qui vont de village en village, cheminant dans une maison roulante que traîne quelque maigre haridelle. Le chef de la famille prétend toujours exercer quelque profession, tantôt celles de vannier, de rétameur, de raccommodeur de vaisselle, d'autres fois celles de saltimbanque ou de bateleur ; en réalité, tout ce monde vit de petits vols et de déprédations, et se met bien vite en rapports avec les pires éléments des communes où il séjourne, braconniers ou contrebandiers. Les enfants toujours nombreux que la bande traîne avec elle sont soumis aux traitements les plus pénibles, insuffisamment nourris, souvent estropiés intentionnellement pour les rendre plus intéressants. La moyenne de la vie de ces petits martyrs ne dépasse guère vingt ans, nous affirme M. Georges Berry. Parmi ces roulottiers, on trouve souvent des types bruns, à la peau basanée, au nez aquilin, derniers descendants de ces « zingari » qui vinrent de l'Inde en Europe vers le quatorzième siècle et sont désignés par les auteurs du temps sous les noms d'égyptiens, de gitanos, ou de gypsies{.

1. Le Supplément du Petit Journal du 28 juillet 1901 a reproduit l'arrivée à Amouville près Gonesse (Seine-et-Oise) de 65 romanichels des deux sexes voyageant dans 17 voitures. Le maire dut requérir la

INTRODUCTION

D'autres, moins fortunés, voyagent à pied, traînant avec eux les enfants qu'ils exploitent. Presque toujours, ils sont porteurs d'un livret de musicien ambulant, délivré par un maire désireux de débarrasser sa commune d'un mauvais sujet, en l'envoyant commettre ses délits ailleurs. En réalité, ce sont souvent des contrebandiers. C'est, par exemple, grâce à leur intermédiaire que circule en fraude, jusque dans les départements du centre, le phosphore introduit de Belgique qui sert à la fabrication clandestine des allumettes chimiques.

D'autres exécutent des tournées régulières dans lesquelles ils savent allier au souci de l'existence l'agrément que présente tel ou tel pays. On visite l'été les stations balnéaires, l'hiver les villes de plaisir. Au cours d'une enquête sur l'hospitalité de nuit *, j'ai pu contater des migrations de chemineaux qui passent l'hiver sur la côte méditerranéenne, remontent l'été vers Aix-les-Bains et les eaux de Savoie, se rendent à l'automne dans les vignobles du Gard et de l'Hérault pour revenir à Marseille en novembre. Dans l'ouest, un courant analogue s'établit entre les plages de Bretagne et les eaux des Pyrénées. A Rouen, on constate un passage périodique de certains corps d'état : en septembre, les tailleurs d'habit; en octobre (foire

gendarmerie des brigades voisines pour leur faire abandonner la place.

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