‹ Méningite otogène: à forme foudroyanteChapitre 19 sur 33 · PAP · texte numérisé non relu

PAP

Re produire. Nous voulons parler de la méningite cérébro-spinale épidémique.

En effet, la propriété que possède cette dernière

de s'étendre simultanément aux méninges cérébrales et aux méninges rachidiennes, ne lui est pas spé-

ciale. Elle est partagée par l’ensemble des méningites aiguës, et elle se retrouve avec une netteté toute particulière dans la méningite otogène foudroyante. IH n'y a donc aucun caractère différentiel à retenir de sa présence. D'autre part, Reverchon et Sieur ont insisté sur la possibilité, pour la méningite cérébrospinale, de se compliquer d'otite. C’est dire qu'on ne saurait, par la clinique seule, prendre parti pour une méningite foudroyante otogène contre une méningite cérébro-spinale, et qu’on ne peut se prononcer en faveur de l’une ou de l’autre, que sur les données de la ponction lombaire et de l’examen bactériologique.

IT. — Ponction lombaire et diagnostic bactériologique

ie PONCTION LOMBAIRE

Pour faire le diagnostic bactériologique d’une méningite, il faut tout d’abord recueillir du liquide céphalo-rachidien par la ponction lombaire. Ge liquide, indépendamment des recherches bactériologiques qu'il permettra d'effectuer, présente déjà par lui-même des caractères importants à connaître.

Sans doute, son observation macroscopique ne nous suffira pas pour établir un diagnostic définitif, mais elle nous montrera que nous sommes en présence d’une méningite suppurée. En dehors de cette condition, il est, en effet, exceptionnel de constater des modifications dans la transparence du liquide céphalo-rachidien. Or, dans la méningite otogène foudroyante, il y a toujours au moins un louche nettement appréciable du liquide, lorsqu'il n’est pas franchement trouble. Mais beaucoup d'éléments microbiens peuvent déterminer le même aspect.

2° EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE

Il n’y a qu’un seul moyen pour les différencier c’est la bactériologie. Parmi les 21 observations que nous présentons, il en est 10 pour lesquelles l’examen bactériologique a été pratiqué. La méningite ologène foudroyante peut vraisemblablement être due à tous les microbes de la suppuration susceptibles d’être hébergés dans l'oreille. Mais, habituellement, il s’agit de streptocoques, de pneumocoques, ou de staphylocoques. Au total, nous avons noté 4 fois le streptocoque, 4 fois le pneumocoque, r fois le staphylocoque et 1 fois la réunion du streptocoque et du staphylocoque.

À côté de ces chiffres globaux, nous reproduisons ici trois examens détaillés, se rapportant à nos observations, et que nous avons recueillis dans les registres du service des diagnostics bactériologiques de la XIV° région, dirigé à Lyon au cours des années

ù De Lan 1914-1919, par M. le professeur Paul Courmont. Is vont nous permettre de tirer quelques conclusions plus précises.

1° Examens bactériologiques de l’obs. XIX

(ne 521 du de Reg. des diag. bact) A) Liquide céphalo-rachidien :

Liquide trouble. Gros dépôt purulent.

À l’examen direct du liquide, pas de méningocoques, mais cocci allongés, gardant le Gramm, et paraissant être des pneumocoques.

Les cultures sur milieux solide et en bouillon n’ont pas poussé, ce qui concorde avec la présence de pneumocoques dans le liquide, car ce microbe est très fragile.

B) Examen de pus recueilli dans l'oreille interne et dans la mastoïde. -

Cytologie : polynucléaires altérés.

Microbes : pneumocoques (microbes en diplocoques lancéolés gardant le Gramm). On trouve aussi quelques cocci douteux.

Les cultures ont montré plusieurs sortes de germes : pneumocoques, streptocoques, bacilles indéterminés. Ce polymorphisme s'explique pour du pus recueilli à lautopsie, et contaminé par les manipulations.

ee

2o Examen bactériologique de l’obs. XVIII

(ne 522 du le Reg. des diag., bact.)

Liquide céphalo-rachidien. Examen unique.

Liquide clair. Dépôt purulent.

À l’examen direct du liquide : Pas de méningocoques.

Les cultures sur milieux solide et en bouillon, ont montré des streplocoques et des pneumocoques.

3° Examen bactériologique de l'obs. XX

(no 1477 du 1e Reg des diag. bact.)

Liquide céphalo-rachidien. Examen unique.

Liquide incolore. Dépôt purulent fibrineux.

On trouve dans le liquide des globules de pus très altérés des streptocoques, groupés en diplocoques, ou en très courtes chaînettes. Quelques éléments ont la forme aplatie des méningocoques, mais aucun d'eux n’est coloré par la méthode de Gramm.

Les cultures ont montré des streptocoques typiques sur milieux usuels solides et liquides.

La première notion qui se dégage de ces examens, c'est qu'aucun des malades pour lesquels ils ont été pratiqués, n'étaient atteints de méningite cérébrospinale, quoique ayant présenté les différents symptômes de celte dernière ct bien que placés au milieu de camarades qui l'avaient contractée.

Le laboratoire a fait le diagnostic que la clinique seule ne pouvait pas affirmer. Sa réponse est catécorique : il n'y a pas de méningocoques.

Mio ee

De même qu'on constate l'absence de méningocoques, on remarque qu'il n’y a pas de spécificité microbienne. Mais les microbes observés, le pneumocoque et le streptocoque, sont ceux que l’on rencontre. le plus habituellement dans les suppurations de l'oreille, ce qui est bien en rapport avec l’origine otogène de la méningite.

Cette interprétation est, du reste, manifestement confirmée par les deux examens se rapportant à l’observation XIX, et qui concernent l’un, le liquide céphalo-rachidien, l’autre des sécrétions de l'oreille du même individu. Dans l’otite, comme dans la méningite,on retrouve le même germe pathogène, c’està-dire le pneumocoque.

D'après les chiffres globaux que nous avons cités plus haut, on est frappé de la présence particulièrement fréquente du streptocoque et du pneumocoque. Doit-on attribuer à la nature de ces germes la gravité de la méningite, et sa forme foudroyante ? Cette opinion est peu vraisemblable. Habituellement, les méningites otogènes à pneumocoques guérissent plus facilement que les autres. D'autre part, le pneumocoque et le staphylocoque ne sont pas les seuls germes qu'on ait recontrés dans la forme foudroyante. Nous avons encore parlé du streptocoque. Si le pneumocoque et le staphylocoque sont plus fréquents que les autres microbes dans celte forme, c'est qu’on les rencontre aussi plus souvent que les autres dans les suppurations de l'oreille. Il ne faut donc pas tant incriminer la nature des germes que leur virulence.

Page 1