‹ Méningite otogène: à forme foudroyanteChapitre 20 sur 33 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Il y a quelques années seulement, la croyance à l’incurabilité des méningites otogènes tenait lieu de traitement. Mais, à l’heure actuelle, on connaît un grand nombre de guérisons survenues soit spontanément, soit à la suite d’un traitement approprié. Cette notion nouvelle s’est surtout fait jour depuis que des ponctions lombaires exploratrices ont montré l’existence de méningites séreuses.

Un assez grand nombre d'auteurs ont étudié la question. En 1894, Kôrner déclare encore qu'il ne connaît aucun cas de guérison. Mais, dès 1898, Mac Ewen publie un cas de succès opératoire. IT est bientôt imité par Jansen et Lucae. Pendant plusieurs années, le traitement chirurgical est adopté par les uns comme Brieger, Gradenigo, Zeroni, Barth, et combattu par d’autres comme Schultze.

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En France, il est défendu par Lermoyez et Bellin au Congrès international d'Otologie de Bordeaux, en

Depuis longtemps, notre maître M. Lannois s’est attaché à la question. Il nous suffira de rappeler son mémoire avec Perretière communiqué à la Société Médicale des Hôpitaux de Lyon, où il publie l’observation d'un malade qui guérit par l'intervention chirurgicale d’une méningite purulente caractéristique, et ne mourut que 12 jours plus tard à la suite d’un abcès cérébelleux antérieurement masqué par le syndrome méningitique. Nous rappellerons aussi la thèse de son élève Gauthier, sur la guérison et la curabilité des méningites aiguës.

Il semble toutefois que, pour la forme qui nous occupe, en raison de la gravitédes accidents dès le début, et de leur évolution rapide, il y ait moins que pour les autres indications d'intervenir. En réalité, on ne sait jamais lorsque commence une méningite si son évolution sera rapide ou prolongée, de sorte que, dans les cas qui paraissent les plus graves, l’abstention n'est jamais jutifiée. Les classiques prétendent qu'il faut intervenir même si le malade est dans le coma. Nous indiquerons donc rapidement ici com ment on doit procéder en présence d’un des cas qui: nous occupent.

Dès l’apparition des premiers symptômes méningés, il y a indication formelle de pratiquer une ponction lombaïre qui permettra de s'assurer si le liquide céphalo-rachidien est encore clair (comme cela a lieu dans les méningites séreuses). S'il est louche ou

franchement trouble et purulent, l’examen bactériologique devra être pratiqué aussitôt que possible, Nous avons vu, en effet, qu'un malade atteint d'otite n'est pas, de ce fait, à l'abri d’une méningite cérébrospinale épidémique et, d'autre part, que la gravité d'une méningite semble varier avec la nature des germes qui lui ont donné naissance.

Il faut, en second lieu, tarir la source suppurative qui est le point de départ de l'infection méningée. Nous ne nous étendrons pas sur les procédés employés à cet effet. Nous dirons seulement qu'il faut ouvrir l’antre, cureter avec soin les cellules mastoïdiennes, sans oublier les cellules aberrantes. Ensuite, on ira plus loin. La cavité crânienne sera largement ouverte au niveau du toit de l’antre et du toit de la caisse. On fera sautgr au besoin l’écaille du temporal sur une assez grande étendue. Le sinus latéral sera dégagé au niveau de son coude et de sa portion descendante pour dépister, le cas échéant, un abcès péri-sinusal.

Beaucoup d’ailleurs s'arrêtent là, quitte à intervenir de nouveau au bout de 24 heures pour ouvrir la dure-mère. Mais, en pratique, il est préférable de procéder immédiatement à cette ouverture, excepté dans les cas où on a évacué un gros abcès extradural.

Ici, les divergences commencent. On a préconisé pendant longtemps, l’incision cruciale de la duremère pour faciliter l'écoulement du liquide céphalorachidien infecté. Nous rappellerons que certains chirurgiens ont même conseillé de faire le lavage

RL RE SE ge de l’arachnoïde toute entière, en mettant une canule à la région lombaire.

L'incision cruciale de la dure-mère est passible de graves objections. Le cerveau congestionné fait immédiatement hernie et vient obturer comme un bouchon l'ouverture ainsi pratiquée, de telle sorte que le liquide céphalo-rachidien ne peut absolument plus s’écouler. Les jours suivants, la masse cérébrale fait un énorme champignon, s’enflamme, se sphacèle, et devient parfois le point de départ des accidents les plus graves.

Nous avons vu notre maître, M. Lannoiïis, employer un autre procédé qui permet d'assurer le drainage de l’arachnoïde sans avoir les inconvénients du précédent. Il consiste à faire sur la surface de la duremère mise à nu une série de petites boutonnières de 2 à 3 millim. avec la pointe du bistouri.

Notre maître insiste encore sur une pratique à laquelle il attache une très grande importance, et qui consiste à traiter la méningite otogène comme la méningite cérébro-spinale épidémique par les grands bains chauds. On donne au moins deux grands bains dans la journée, à une température de 36° à 38°, et une durée de 30 à 35 minutes chaque fois.

Nous avons pu constater que ce traitement donne une sédation remarquable et que les malades demandent eux-mêmes à être mis dans le bain.

En même temps, on pratique tous les jours une ponction lombaire de 30 à %o ce. Nous avons vu récemment, à l'Hôpital Desgenettes, un malade qui a guéri par l'association de ces trois moyens : évi-

Te | demment aussi complet que possible de l’apophyse mastoïde, moucheture de la dure-rnèré, ponctions lombaires et bains chauds.

Il est évident que, dans la méningite otogène, s’il existe une forme pour laquelle la thérapeutique médicale et chirurgicale doive rester impuissante, c’est bien celle qui nous occupe. Toutefois, cette constatation n’est pas une raison suffisante pour adopter en face d’elle une abstention systématique.Puisqu’on n’est jamais bien sûr de l’inutilité d'une interveniton, il faut avoir pour règle d'intervenir avec le plus de célérité possible, alors même qu’on se trouve en présence d'accidents graves d'emblée.

Il faudra, d'autre part, tenir pour principe de ne pas faire des opérations incomplètes, se rappelant le danger qu’il y a de laisser des cellules mastoïdiennes aberrantes inexplorées, ou de méconnaître une labyrinthite latente existant avant l'opération.

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