‹ Méningite otogène: à forme foudroyanteChapitre 27 sur 33 · OBSERVATION XVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVII

(LaANNoiïs et Grexoux)

Mme X..., trente-neuf ans, va à un enterrement à quelques kilomètres de Lyon, par une matinée très froide, le 6 janvier 1914 : elle a encore très froid dans le train de retour et rentre chez elle avec un coryza violent. Le lendemain, 7 janvier, elle reste au lit une partie de la journée avec un état fébrile qui S'accentue le soir avec l’apparition d’une violente douleur dans l'oreille gauche. Elle fait venir son médecin, le D' Michel, le 8 au matin, et celui-ci constate que le coton qu’elle a mis dans son oreille est complètenemt imbibé de sérosité fortement teintée de sang ; il fait aisément le diagnostic d'otite aiguë en rapport avec le coryza. La malade va d’ailleurs mieux du côté de son oreille, les douleurs s'étant enfin

LG atténuées : la température est de 38°4, égale à celle de

-eille au soir.

Vers le soir, l'écoulement d'oreille est arrêté, les douleurs sont à nouveaux très vives, la température monte à 39°3, et la nuit est très agitée de sorte que, lorsque notre confrère voit sa malade, le g au matin, il lui fait une injection de morphine. À ce moment la malade n'avait que 38°3. À deux heures de l’après-midi, il vient la revoir, la trouve très calme ei très lucide, se plaignant seulement d’un peu de mal de tête ; elle a eu des nausées, un petit vomissement qu'il attribue à la morphine. Toutefois, il est frappé de l'existence d’une certaine raideur du cou, il lui semble qu’il y a une ébauche de Kernig et il demande une consultation avec le D’ Leclere, médecin des hôpitaux, qui vient voir la malade à six heures.

Mais, entre temps, à quatre heures et demie, il s'était produit subitement de nouveaux accidents : la température était montée à 4o°3, les douleurs de tête étaient devenues très intenses, la malade avait eu un grand vomissement, avait été prise d'agitation en même temps que l’obnubilation. Le D' Leclerc n’eut pas d’hésitation à porter le diagnostic de méningite et, se basant sur l'existence de l'écoulement d'oreille qui s'était arrêté brusquement, fait appeler l’un de nous en consultation.

La malade est vue à neuf heures et demie ; elle est. dans un état d’agitation incessante, roule sa tête sur l'oreiller, se lance d’un bout à l’autre du lit sur lequel elle est maintenue avec peine : elle pousse de légers gémisements continus, entreoupés de temps à autre par des cris plus violents, véritables cris hydrencéphaliques. De temps à autre une nausée avec ou sans régurgitation. Si on immobilise un instant la tête, on constate que les

== 69 ee yeux sont animés de grandes secousses nystagmiformes. En l’interpellant un peu brusquement, on obtient encore d'elle qu’elle tire la langue, mais elle ne répond à aucune question.

L'examen de l'oreille ne peut être pratiqué qu'un instant, pendant que trois personnes la maintiennent solidement : il permet de voir qu'il n’y a pas de pus dans le conduit, que la membrane est rouge et bombe assez nettement. Une paracentèse est pratiquée et Paiguille retirée est pleine de pus : d’ailleurs il se fait immédiatement un écoulement abondant de pus et de sang.

Rendez-vous est pris pour le lendemain matin, ro jenvier, à la première heure, pour se rendre compté du résultat de cette paracentèse et intervenir au besoin, mais la malade succombe à cinq heures du matin, c’est-à-dire quinze heures environ après le début des premiers symtômes pouvant faire soupconner une méningite.

Page 1