‹ Méningite otogène: à forme foudroyanteChapitre 28 sur 33 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

(Inédite, due à l’obligeance de MM. Lanxoïs et SARGNON).

B. E..., quarante-cinq ans, du 10° régiment d'artillerie, se plaint de son oreille gauche, le 1° décembre 1914.

Le 8 décembre, on l'adresse à la consultation d’otorhino-laryngologie de Desgenettes, où on lui enlève ‘un bouchon de cérumen, au-dessous duquel se trouve en haut et en arrière un petit bourgeon charnu, que l’on cautérise à l'acide chromique en lui disant de revenir tous

les deux jours.

Le 23 décembre, la granulation a disparu, et comme le malade souffre on lui fait une paracentèse qui donne

en On issue à un peu de pus. À ce moment, le malade reprend son service.

Le 13 janvier 1915, il se fait de nouveau porter malade, se plaignant d’un peu de lourdeur de tête, mais sans présenter de symptôme précis. Le lendemain, il revient à la visite, n’accusant toujours que des troubles vagues. On l’exempie pour trois jours, pendant lesquels il manifeste un peu de somnolence, mais ne paraît pas à la visite.

Le 17, dans la matinée, son état s'aggrave brusquement, On l'asporte sur un brancard à l’infirmerie, où le D' Rendu constate qu'il est dans un état de somnolence, répondant à peine aux questions qu'on lui pose, et en proie à une violente céphalée. TI le dirige immédiatement sur PDesgenettes. On n’a pas constaté de vomissement.

A Desgenettes, le malade est trouvé dans un demicoma. [ prend des crises du côté droit, caractérisées par des secousses de la face, du membre supérieur, et surtout du membre inférieur. Il y a une raideur très marquée de la nuque. Pas de déviation conjuguée, mais les yeux sont déviés à vauche. Pas de dilatation des pupilles.

Une trépanation d'urgence est pratiquée par MM. Lannois et Sargnon, sous anesthésie générale, et après ponction lombaire préalable, qui ramène du liquide céphalorachidien trouble, en faible quantité, et sans pression. La trépanation mastoïdienne montre une mastoïde éburnée, avec un antre purulent, très petit, situé immédiatement au-dessus et en dedans du coude du sinus. Ce dernier est mis à nu dans sa portion descendante sur 0,015 mm. environ :i paraît sain. La dure-mère au-dessus de l’antre et au niveau de l’écaille du temporal, est à mise à nu sur la largeur d’une pièce de 5 francs : elle est tendue, ne

bat pas nettement. En soulevant le cerveau avec une sonde cannelée, dans la direction du toit de la caisse, on ne trouve rien. Une ponction sous la dure-mère, ne ramène que quelques gouttes de liquide céphalo-rachidien. Au début de l’anesthésie, et au réveil, le malade à pris encore plusieurs crises, limitées à la face, ou étendues à tout le côté droit.

Le 18 au matin, le malade semble aller un peu mieux et n’a pas repris de crises. Il est toujours dans le demicoma. Il a saigné dans son pansement qui est renforcé. Une ponction lombaire ramène 30 em° de liquide moins trouble que celui-de la première ponction, mais sous tension. On lui donne un grand bain d’une demi-heure à 38°. Le malade meurt à 18 heures.

Autopsie, 20 janvier. — À l’ouverture du crâne : duremère d'aspect normal. Après ablation de la dure-mère, on ne constate aucun abcès sous-dural, mais des plaques diffuses de lepto-méningite, siégeant à droite et à gauche de la faux du cerveau, et dans les régions sylvienne et rolandique. Ces plaques ne sont pas plus accusées à gauche, côté de l’otite, qu'à droite. On constate aussi de petites plaques purulentes au niveau de la base du cerveau. Légère suffusion hémorrhagique sous-aracnnoïdienne du côté opéré. Aucun abcès ni du cerveau, ni du cervelet. Pas de thrombo-phlébite. Pas de lésions de carie osseuse sur la face postérieure du rocher. A l’ouverture du rocher gauche, on trouve un liquide séro-purulent en quantité moyenne. Le rocher droit paraît normal. Pas de pus dans le conduit auditif interne gauche.

—Examen bactériologique (Professeur P. Courmont). — L'examen du liquide céphalo-rachidien retiré à la deuxième ponction, a permis d'affirmer qu'il n’y avait

pas de méningocoques. Les cultures sur milieux solide et en bouillon, ont montré des streptocoques et des pneu-

mocoques.

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