‹ Méningite otogène: à forme foudroyanteChapitre 29 sur 33 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

(Inédite, due à l’obligeance de MM. Lannois et SARGNON).

C. E.., 0 ans, caporal au 6° colonal, rentre à Desgenettes le 18 janvier 1915 dans le service des contagieux, réservé aux méningites cérébro-spinales.

Le 17, dans l'après-midi, ce malade qui avait déjeuné le matin comme d'habitude, éprouva du mal de tête et aller se coucher dans la chambrée. À 6 heures comme il était plus mal, ses camarades l’aidèrent à descendre dans une chambrée servant de local d’infirmerie. Il eut dans l'escalier un léger vomissement. Plus tard, vers 11 heures, ses camarades s’aperçurent qu'il avait perdu connaissance et envoyèrent chercher le médecin qui constata immédiatement tous les signes d’un méningite et le fit transporter à Desgenettes.

À son entrée, on constate qu'il est dans un état de coma complet avec stertor. Raideur très accentuée de la nuque, et Kernig. Les membres du côté droit sont flasques, tandis qu à gauche ils sont constamment agités de mouvements carphologiques. Le malade est vu à ce moment par MM. Lelorrain et Martin ; celui-ci pratique une ponction lombaire qui donne issue à un liquide céphalo-rachidien abondant et très manifestement louche.

MM. Lannois et Sargnon étant venus voir dans la salle un autre malade, reconnaissent celui-ci comme étant

RE venu le 15 janvier à la consultation externe pour une otite suppurée droite datant de deux mois. [Il est noté sur le cahier de visite qu'il y avait un peu de douleur à la pression sur l’apophyse mastoïde, mais, comme le malade paraissait être en très bon état, il ne fut pas hospitalisé et on lui donna une feuille indiquant le traitement à suivre avec la prescription de revenir à la consultation deux ou trois jours plus tard. x

Un nouvel examen pratiqué immédiatement, permit de constater que le conduit était plein de pus, mais qu'un affaissement de la paroi postéro-supérieure ne permettait pas de voir la caisse.

Pour des raisons matérielles, le malade ne put être opéré immédiatement, mais il fut décidé qu'il le serait le soir même à r6 heures. L'intervention ne put avoir lieu, le malade ayant succombé à 15 heures,

Autopsie. — À l’ouverture du crâne, dure-mère très tendue, non épaissie, mais adhérente au cerveau dans la région temporo-frontale. Pie-mère très infiltrée sur toute sa surface avec masse puriforme blanc-jaunâtre. Lorsqu'on soulève le cerveau, on voit le bulbe recouvert d'une couche d’exsudat purulent. À droite du bulbe, collection de pus. Le bulbe et le cervelet enlevés on voit sourdre du pus du canal rachidien, ainsi que du conduit auditif interne. Pas d'ouverture du rocher au niveau de l'oreille moyenne. Celle-ci ouverte à la gouge, on recueille du pus dans une pipette pour l'examen bactériologique.

La mastoïde contient du liquide hémorrhagique ; cellules mastoïdiennes pleines de pus. Pus dans l'oreille interne. L'orcille gauche est saine.

La pie-mère infiltrée se détache avec peine du cerveau dont les différentes coupes ne montrent aucune lésion

macroscopique.

re

Examen bactérislogique (M. le Professeur P. Courmont). — On a pratiqué un examen de liquide céphalorachidien. Il n’a pas montré de méningocoques, mais des cocci gardant le Gramm, paraissant être des pneumocoques. Les cultures en milieu solide et en bouillon n’ont pas poussé, ce qui concorde avec la présence de pneumocoques, car ce microbe est très fragile.

On a pratiqué aussi un examen de pus recueilli dans l'oreille interne et dans la mastoïde. Il renfermait des polynucléaires altérés, des pneumocoques (microbes en diplocoques lancéolés gardant le Gramm) et quelques cocci douteux. Les cultures ont montré plusieurs sortes de germes : pneumocoques, streptocoques, bacilles indéterminés. Ce polymorphisme s’explique pour du pus recueilli à l’autopsie et contaminé par les manipulations.

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