OBSERVATION XX
(Inédite, due à l’obligeance de MM. Lanwoïs et CHAVANNE).
L. J..., du 3° zouaves, avait été soigné à Villemanzy, en janvier 1915, pour pneumonie gauche, puis phlébite du même côté.
Le 25 mars, il est envoyé dans le service de M. Chavanne. Depuis quelques jours, il souffre de l'oreille gauche. On constate une otite moyenne purulente aiguë. Le thermomètre marque 4o degrés. Une paracentèse donne issue à une grande quantité de pus. Les jours suivants, l'écoulement continue à se faire régulièrement. On pratique des lavages bi-quotidiens. La fièvre diminue et se maintient entre 37°4 et 37°8.
er
Le 1% avril, au soir, la température monte brusque-
ment à 59 degrés. Le malade est dans un abattement profond, présente une céphalée violente. L'écoulement de l'oreille est un peu diminué, mais pas de réaction spéciale du côté de la mastoïde. Le lendemain matin, @ = /40°2. Le malade est un état de somnolence complète, ne répond pas aux questions qu'on lui pose. La céphalée persiste. Decubitus en chien de fusil. Ptosis de la paupière supérieure gauche. Kernig positif. On décide d'intervenir immédiatement. Une trépanation est pratiquée par MM. Lannois et Chavanne. A l’ouverture de la mastoïde, celle-ci est pleine de pus. Sur le toit de la caisse, à sa partie antérieure, on trouve un petit pertuis, par où s’est faite l'infection. On met à nu la dure-mère avec la pincegouge, sur l'étendue d’une pièce de deux francs. Le cerveau est sous tension, animé de battements.Pas d’abcès extra-dural. En soulevant le cerveau avec une sonde cannelée, dans la direction du toit de la caisse, on ne trouve rien non plus. On pratique, à la pointe du bistouri, cinq ou six mouchetures sur les méninges, et on constate l'issue d’une certaine quantité de liquide céphalorachidien, d'apparence claire. On fait le pansement.
Après l'opération, le malade est resté dans un demicoma. Mort 8 heures après l'intervention. Il n’a pas été fait d’autopsie.
Examen bactériologique (Professeur P. Courmont). — Avant d'intervenir, on avait pratiqué une por-ction lombaire. Du liquide céphalo-rachidien s'était écoulé en jet, sous forte pression, et était nettement trouble. En quelques instants, on en avait retiré de 30 à 4o cc.
Il y avait dans ce liquide des globules de pusttrès altérés, des sterptocoques groupés en diplocoques ou en chaïnettes. Quelques éléments avaient la forme aplatie des
méningocoques, mais aucun d'eux n'était décoloré par . la méthode de Gramm.
Les allures sur milieux usuels solides et liquides ont montré des streptocoques typiques.