‹ Méningites: a pseudoméningocoques et a paraméningocoquesChapitre 14 sur 52 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

ve

grande : il n’a rien perdu de sa vitalité, après un séjour de deux mois à la température du laboratoire.

L'inoculation d’une culture sur bouillon, à la dose de 1 e. c. 1/2,

des souris, aussi bien sous la peau que dans le péritoine, est no

négative. Des lapins et des cobayes inoculés, soit par voie intraveineuse, soit par voie intra-péritonéale, soit par voie intra-cranienne, mème à plusieurs reprises et à fortes doses, sont restés indemnes.

Par contre, l’inoculation intra-cérébrale, chez le lapin déjà sensibilisé par une injection intraveineuse antérieure, détermine une méningite très nette. Un lapin recoit, le 25 mai, dans la veine auriculaire, 10 cent. cubes d'une culture récente sur bouillon ; puis, le 21 juin, un demi-cent. cube d'une émulsion d’une culture sur gélose dans l'encéphale, après trépanation. Les jours suivants, l'animal est dans un état de torpeur accentué. Le 95 juin, il présente des accidents convulsifs; l'animal agite continuellement la tête des deux côtés et se tient recroquevillé. De temps à autre, il a spontanément des secousses convulsives des pattes qui augmentent d'intensité après excitation. La respiration est très précipitée.

L'ensemencement en eau peptonée de 1 cent. cube de sang retiré de la veine auriculaire donne, au bout de vingt-quatre heures, une culture pure de 2. crassus.

. L'animal est sacrifié le jour même : pas de lésions viscérales, sauf une congestion intense des lobes inférieurs des poumons. Il n'y a pas trace d’exsudat sur l'encéphale ni sur la moelle ; le liquide céphalorachidien est très trouble et renferme une grosse quantité de lymphocytes, quelques cellules mononucléées et de nombreux diplocoques prenant le Gram. Ensemencé sur gélose, il fournit une culture pure de Ÿ. crassus. L’examen histologique du cerveau et de la moelle montre une réaction méningée légère généralisée (afflux de mononucléaires autour des vaisseaux avec de nombreux diplocoques). Nous n'avons constaté de microbes qu'au niveau des méninges et dans les cellules des plexus choroïdes. Signalons encore l'état du foie, dont les

capillaires, très dilatés, renferment de nombreux diplocoques. Le

sérum de l'animal agglutinait au 1/100 le germe isolé du sang et du liquide céphalo-rachidien.

Os. 5 présentée, par MM. HupeLo et E. MERLE, à la Société médicale des Hôpitaux, le 5 mars 1909.

Dans notre première observation, il s’agit d’un malade, âgé de vingt ans, qui fut amené à l'hôpital Tenon dans un état extrêmement alarmant, et présentant une telle agitation qu'on ne pouvait l'inter-

Are roger Sur le mode de début de sa maladie. Sa famille nous apprit qu'il était légèrement indisposé depuis une huitaine de jours, se plaignant de céphalée légère et d'abattement, lorsque, brusquement, deux jours avant Son entrée, la céphalée avait augmenté et des vomissements bilieux répétés étaient apparus.

Le 4 décembre, jour de l'entrée, à la simple inspection du malade, on pense aussitôt à un syndrome méningé. Il est couché en chien de fusil, se retournant sans cesse dans son lit, et, portant la main à la tête, il pousse des gémissements continuels. Il a un facies hostile et répond par monosyllabes et avec mauvaise humeur aux questions qu'on lui pose. Un seul vomissement foncé le matin. Pas de selles.

Il existe une photophobie intense associée à une vive douleur à la pression des globes oculaires. Les pupilles sont égales, modérément : dilatées et réagissent bien à la lumière; pas de strabisme. Trismus accentué.

Le malade se plaint d’une rachialgie intense : Le rachis est douloureux à la palpation sur toute son étendue. Les muscles de la nuque Sont contracturés, immobilisant la tête en extension. Le signe de Kernig est très accentué, la recherche en est douloureuse. Il y a de l’hyperesthésie cutanée. |

Pas de raie méningilique. Les réflexes cutanés, abdominaux et crémastériens sont exagérés; les réflexes tendineux sont normaux. Réflexe de Babinski en flexion. |

Le pouls est à 110, un peu faible, mais régulier. La température est à 38 degrés. À ce premier examen, on ne trouve rien pouvant expliquer l'origine dece syndromeinéningé. Le malade n’a Jamais présenté d'écoulement des oreilles. Pas de rhinite, ni même de coryza appréciable à ce moment. À l'examen des divers appareils, rien à signaler. La respiration est régulière, un peu accélérée dans son rythme. Pas de signe de tuberculose pulmonaire. Les bruits du cœur sont normaux, quoique manquant un peu d'énergie. La rate et le foie sont normaux. Les urines contiennent des traces d’albumine.

Rien à signaler non plus dans les antécédents. Le père est mort de pneumonie, la mère est bien portante: trois frères sont en bonne santé.

Le lendemain, 5 décembre, l'agitation est moins marquée. La température reste peu élevée (37°8), le pouls est régulier, mais la rachialgie et le signe de Kernig persistent. Pas de vomissements nouveaux. La constipation reste opiniâtre. L’albuminurie a disparu.

Une première ponction lombaire est pratiquée; on retire 20 centimètres cubes d’un liquide s’écoulant facilement, mais sans hypertension marquée, extrêmement trouble et floconneux. Après centrifuga-

3 ht ER

tion, dépôt au fond du tube d’un culot purulent très considérable. Ce culot est exclusivement constitué par des polynucléaires extrêmement

maltérés et présentant les caractères des cellules de pus. La numération . donne:

Polynueleaires sk: 1." PSN ECTUEESS PRRR RP e L Grands et moyens monos. . . . . . . . . RC ©) DNTADROCVEES NE EME EN A ES RME Le AS 0 Le 3

En même temps, on constate une extrême abondance de diplocoques en grain de café, presque tous intracellulaires jusqu’à 30 par champ d'immersion. L'aspect général de la préparation, colorée en bleu polychrome, rappelle exactement celui d’une préparation de pus blennorragique très riche en gonocoques. Ce diplocoque ne prend pas le gram. Nous reviendrons d’ailleurs plus loin sur les caractères bactériologiques qui ont permis sa différenciation. Après la ponction lombaire le malade se déclare extrêmement soulagé.

Le 7 décembre, apparition d’un signe nouveau, et dont l'importance au point de vue étiologique mérite d’être signalée. Le nez tuméfié et œdématié, devient le siège d'une inflammation intense et présente un aspect érysipélateux. De plus, il est parsemé de vésico-pustules du volume d’une grosse têle d’épingle et renfermant chacune une gouttelette de pus jaunâtre. Les fosses nasales sont obstruées par de volumineuses croûles jaunâtres apportant une gêne respiratoire telle que le malade est obligé de respirer la bouche ouverte; tous ces symptômes s’accompagnent d’une vive douleur. Les vésico-pustules ne renferment pas de microorganismes, mais, après avoir étalé sur une lame un peu de mucus nasal, on y découvre, à côté de bactéries diverses, une grande quantité de diplocoques en grain de café, la plupart intracellulaires; certains polynucléaires en sont littéralement bourrés. De même que le diplocoque du liquide céphalo-rachidien, il ne prend que le Gram. Sous l'influence des grands lavages quotidiens, ces symptômes de rhinite s’amendent rapidement et disparaissent en quelques jours. /

Le 8 décembre, on pratique une deuxième ponction lombaire. On retire 15 centimètres cubes d’un liquide présentant les mêmes caractères que celui de la ponction précédente. La formule leucocytaire ne s’est pas modifiée, mais les diplocoques sont devenus beaucoup moins abondants, à peine un ou deux par champ d'immersion. Ils sont tous intracellulaires; comme la première fois, cette ponction amène un notable soulagement.

Le 9 décembre. Troisième ponction lombaire. Le liquide est un peu moins louche, la formule leucocytaire ne s’est pas modifiée. Les diplo-

coques sont encore beaucoup plus rares que dans la ponction précédente. ;

Le 10 décembre, l'agitation a beaucoup diminué; le malade est calme, les selles ont reparu, les vomissements ne se sont pas reproduits. La rachialgie et le signe de Kernig persistent.

Quatrième ponction lombaire. — On retire 20 centimètres cubes d’un liquide toujours louche et présentant les mêmes caractères cytologiques que précédemment; toujours polynucléose marquée: les polynucléaires sont mieux conservés.

Le 11 décembre, l’agilation à fait place à une sorte de torpeur. Le malade n'est plus en chien de fusil, mais reste inerte et somnolent, étendu sur le dos. Il délire légèrement et présente de l’incontinence . des sphincters; la langue est sèche, et la profonde dépression ne laisse pas d’être inquiétante. |

Le 12 décembre. Cinquième ponction lombaire. Le liquide est beaucoup plus clair, presque limpide, mais contient encore quelques ! grumaux. La formule ne s’est pas modifiée, mais les diplocoques ont disparu complètement.

Le 13 décembre la dépression est moins marquée, la langue est redevenue humide, le pouls est meilleur.

Le 15 décembre. Sixième ponction lombaire : on retire 15 centimètres cubes d'un liquide presque complètement limpide: le eulot est minime, et la formule leucocytaire s'est notablement modifiée. La numération des éléments donne :

LMD ET Rae ua ee RAC AE LS 66 PORTAUE LOTS Sr AN AR ES 31 Grands monos

Il ÿ à donc eu depuis trois jours et coïncidant avec l'amélioration du malade une poussée lymphocytique considérable, puisqu'on ne trouvait guère auparavant que 3 ou 4 p- 100 de lymphocytes. I] n'y a plus de diplocoques.

Le 16 décembre, au soir, le malade présente une brusque aggravation de tous les symptômes : la Céphalée, qui avait presque complètement disparu, reparaît avec une extrême intensité, le malade s’agite et crie sans cesse : « Ma tête! ma tête!» Subdélire. La température remonte à 39 degrés.

On faitalors une septième ponction lombaire, et on retire un liquide très louche, et donnant Par centrifugation un culot abondant. La numération fournit :

Polyaucléaihes het Mai SUR IA JEU ENS 8

Lymphocytes 22000 UE Grands monos

Il y à donc eu un brusque afflux de polynucléaires, de formation récente, car ils sont à contours nets et parfaitement conservés. Le 17 décembre. La ponction lombaire a beaucoup soulagé le malade ; la céphalée est légère et la fièvre a de nouveau disparu. Le 21 décembre, on fait une huitième ponction lombaire : li quid à peine louche. La formule leucocylaire indique la réapparition de la . Iymphocytose :

END DOME SS IEEE ce Re EM en ea era à do ES ZA à 60 OO AIRES probe rs ve abir cUler Sc 44 Grands monos

Le 24 décembre. Le malade, très amélioré depuis sa dernière poussée, semblait presque complètement guéri et en pleine convalescence, lorsque, brusquement, la céphalée reparaît, accompagnée de vomissements et d’une légère élévation thermique.

Le 25 décembre, on pratique une neuvième ponction lombaire, le liquide est un peu louche et donne un culot abondant.

La formule leucocytaire s’est de nouveau modifiée.

BODYRUCICRTES DT 2 ie Re e 84 RTTRDDUEYÉOS Ce PAS AR ER RC, 12 Grands monos.. . . .. $ 2

Il y a donc eu une nouvelle poussée aiguë avec afflux de polynucléaires, en tous points comparable à la précédente.

Le 26 décembre. Le malade va de nouveau beaucoup mieux, on pratique une dixième ponction lombaire. On retire 15 cent. cubes d'un liquide à peu près limpide. La formule leucocytaire montre le retour de la poussée Iymphocytique.

DNÉADHOCYÉES CRE TS PARENT EL 60 Polynucléaires +. .,:. : . . . . . . ... . 7. 40 3 janvier. — L'amélioration continue, mais le signe de Kernig

subsiste.

Onzième ponction lombaire : liquide absolument eau de roche. Culot de centrifugation presque inappréciable. Lymphocytose pure.

12 janvier. — Tous les phénomènes aigus ont disparu, mais le malade reste extrêmement faible et très amaigri; il: présente de l’incontinence des sphincters et des phénomènes délirants intermittents. Pas de modification des réflexes, le signe de Kernig persiste à un degré léger.

Douzième ponction lormibaire, liquide eau de roche. Malgré une centrifugation prolongée, le culot est invisible. Néanmoins, on y trouve encore quelques très rares lymphocytes.

EL

30 janvier. — Le malade est maintenant en pleine convalescence et sa guérison peut être considérée comme complète; les légers troubles mentaux et l'incontinence des sphincters ont complètement disparu.

Le malade s’alimente et engraisse rapidement. Le signe de Kernig a disparu.

Restait à établir la nature exacte du diplocoque trouvé en si grande abondance dans le liquide céphalo-rachidien de la première ponction. Nous avons vu qu'il se montrait comme un diplocoque intracellulaire, en grain de café, ne prenant pas le Gram, et présentant par conséquent tous les caractères morphologiques du méningococeus intracellularis de Weichselbaum. 14

La culture du liquide céphalo-rachidien sur bouillon peptoné donna des résultats positifs en vingt-quatre heures; le bouillon est trouble et. d'aspect homogène ; on y trouve en culture pure des diplocoques, dont. un certain nombre groupés en tétrade ne prenant pas le Gram. Les” cultures sur bouillon glycériné poussent également avec facilité. Sur ” gélose simple, le microbe pousse mal, mais il se développe par contre avec une grande facilité sur gélose-ascite, donnant des colonies translucides, en nappe, et peu saillantes. Ce germe pousse donc avec plus de facilité sur les milieux usuels que ne le fait le méningocoque de Weichselbaum.

Plusieurs inoculations à la Souris, pratiquées dans le tissu cellulaire, dans la cavité pleurale et dans la cavité péritonéale sont restées sans effet.

Notre collègue M. Dopter, à qui nous avons montré nos cultures, a bien voulu, avec la plus grande obligeance, identifier ce microbe d’une façon exacte et a établi que nous avions affaire au Diplococeus siccus, variété de pseudoméningocoque qui se distingue du vrai méningo- Coque par les caractères suivants :

1° Les cultures sont sèches, adhérentes aux milieux solides et très difficiles à émulsionner dans les milieux liquides, les cultures de méningocoque étant, au contraire, beaucoup plus molles et d’une émulsion facile ;

2° Le microbe, est fortement agglutiné par le sérum antiméningococcique à 1/100, plus faiblement à 1/200, mais il présente les mêmes caractères d'agglutination avec un sérum normal. Il n'est pas agglutiné par l’eau physiologique ;

3° L'épreuve de la fermentation des sucres à montré qu'il faisait fermenter le glucose, le maltose et le lévulose, alors que le vrai ménin- 80Coque ne fait pas fermenter le lévulose.

La différenciation du diplocoque trouvé dans les fosses nasales n’a pas été faite d'une façon complète, mais nous avons pu l'isoler et en

Page 1