‹ MéningitesChapitre 19 sur 58 · LUE · texte numérisé non relu

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pendant cette période. À partir du 15 avril, le cœur commence à fléchir et on doit avoir recours aux injections de caféine, de spartéine et d'huile camphrée; le 20 avril, apparaissent des signes de bronchopneumonie, et, sur les conseils de M. Dopter, la malade est amenée à l'hôpital Pasteur. Nous ne possédons que les résultats de l'examen du liquide céphalo-rachidien pratiqué par M. Dopter le 19 avril : le liquide est purulent, le culot est constitué presque exclusivement par des polynucléaires, qui, pour la plupart, ne sont pas dégénérés ; on trouve de très rares microbes rappelant absolument le méningocoque : cocci ne prenant pas le Gram, pour la plupart intracellulaires.

Au moment de son entrée à l’hôpital, le 23 avril 1912, on constale un état extrémement grave. La malade a maigri considérablement, les masses musculaires elles-mêmes ont fondu. La peau est couverte d'éléments éruplifs très variés; on distingue sur la face postérieure du thorax et sur la région lombaire des plaques rouges, suintantes, consécutives à l’application d’une substance irritante (ammoniaque), faite en ville par un charlatan; on note, d'autre part, au niveau des jointures (coudes, poignets, genoux, cou-de-pied), ainsi que sur les joues, un érythème infectieux, scarlatineux, presque purpurique; de plus, sur le tronc et sur la face de flexion des membres se voient des papules urticariennes consécutives aux injections de sérum. Les extrémités sont froides et cyanosées.

Les signes de méningite cérébro-spinale sont extrêmement accusés : la malade a une raideur tétanique; elle est en opisthotonos, la tête en hyperextension, les membres inférieurs raidis dans la demi-flexion; les membres supérieurs eux-mêmes sont contracturés, mais moins fortement. Le signe de Kernig est net et sa recherche fait pousser des cris à la malade. Il existe une hyperesthésie généralisée très intense, et les moindres mouvements provoquent de très violentes douleurs ; ces troubles sensitifs sont en rapport avec l'existence de radiculites que traduisent aussi l’'amyotrophie et les troubles des réflexes. Les réflexes tendineux sont abolis. Les mouvements spontanés des membres supérieurs et inférieurs se font très difficilement, mais il ne paraît pas y avoir de paralysie. Le signe de Babinski est nettement posilif à droite. Du côté des nerfs craniens, on constate seulement un léger strabisme. Les pupilles sont dilatées, inégales, mais réagissent à la lumière. Il ne semble pas y avoir de gros troubles de la vision ou de l'audition; mais ces examens sont difficiles en raison de la profonde obnubilation que présente la malade. Elle offre, en effet, tous les signes d’un profond état typhoïde : prostration, somnolence, alternant avec un délire de paroles, incontinence d'urine, lèvres fuligineuses, langue rôtie. On ne note pas de vomissements ; la constipation est assez

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marquée, mais cède cependant aux lavements. Le foie déborde d'un à deux travers de doigt le rebord costal. La rale est un peu augmentée de volume, mais est inaccessible à la palpatiou. Il n’y a pas de taches rosées. Le ventre est un peu ballonné.

Du côté de l'appareil respiratoire, on constate des signes de bronchopneumonie, avec un foyer au niveau de la base gauche, un foyer plus petit au niveau de la base droite, et des râles de bronchite disséminés. La malade tousse fréquemment, a une respiralion notablement accélérée (50 par minute).

Les bruits du cœur sont sourds, mais réguliers ; le pouls est petit, le cœur légèrement dilaté.

Les urines ne contiennent ni albumine ni sucre.

Le 24 avril, on retire par ponction lombaire un liquide trouble, riche en fibrine, en albumine, contenant de très nombreux polynucléaires et quelques cocci. On injecte 30 cent. cubes de sérum anliméningococcique. L’état reste le même; seuls les symptômes pulmonaires et cardiaques s’amendent sous l'influence des enveloppements frais et des ventouses, ainsi que des injections d'huile camphrée.

Le %5 avril, injection inlrarachidienne de 30 cent. cubes de sérum antiparaméningococcique, sur les conseils de M. Dopter. Aucune amélioration.

Le 26, après avoir évacué 40 cent. cubes de liquide céphalo-rachidien, on injecte 40 cent. cubes de sérum antiparaméningococcique. Aussitôt l'injection terminée, la malade pousse des gémissements, puis, au bout de deux minutes environ, tombe dans le coma avec résolution musculaire, anesthésie complète contrastant avec l’hyperesthésie habituelle ; les pupilles sont extrêmement dilatées ; mais ce qui domine, ce sont les troubles respiratoires : la respiration devient bruyante, stertoreuse, pénible, ralentie considérablement, contrastant avec la polypnée habituelle; les mouvements respiratoires se ralentissent de plus en plus, deviennent irréguliers et superficiels; le pouls est extrêmement rapide, petit, presque imperceptible; le visage etles extrémités sont cyanosés et couverts d'une sueur abondante. La mort semble imminente. Ces accidents n’ont pas cédé à une injection d'éther. Cinq minutes environ après le début de ces accidents, nous praliquons une nouvelle ponction; le liquide est extrêmement hypertendu; en un instant, nous pouvons en recueillir 55 cent. cubes et il nous aurait été possible d’en recueillir beaucoup plus; ce liquide est jaune, mais il est évident que le sérum est déjà fortement dilué et qu'il s’est produit subitement un afflux considérable de liquide ayant amené une compression de l’encéphale. Quelques instants après la ponction, la malade reprend connaissance, la respiration redevient rapide, l'hyperesthésie

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