VIII SEPTEMBRE
Le huitième jour de septembre de l'an 1619, le Vénérable P. Etienne Pongratz, hongrois, compagnon dans la résidence de Kaschau du Vénérable P. Melchior Grodecz, silésien, consomma son glorieux martyre, après environ trois jours et trois nuits d horribles tourments. Le Vénérable P. Grodecz avait succombé quelques heures avant lui, le sept septembre. Une bande hérétique, à la solde de Bethlem-Gabor, s'étant emparée de ces intrépides missionnaires, essa3a d'abord de les dompter par la faim et la soif, sans accorder à leurs prières même une goutte d'eau. Mais ce n'était là que le prélude de brutalités sanglantes. Ils les suspendirent par les bras et leur brûlèrent les côtés avec des torches, jusqu'à ce que leur chair fût entièrement fondue et laissât voir les os et les entrailles. Puis, ils leur écrasèrent les doigts et plusieurs autres parties du corps, entre le chien et le canon de leurs mousquets. Leur faisant ensuite comme une couronne avec de petites cordes, ils les serrèrent jusqu'à faire éclater la tête au-dessus des tempes; et comme les saints mart^TS ne donnaient plus aucun signe de vie, ils les jetèrent dans un cloaque immonde et les accablèrent des débris d'un vieux mur tombé sous leurs coups.
Le P. Grodecz était mort en effet; mais le P. Pongratz vécut en-
core près de vingt heures dans cet affreux tombeau. Entendant la voix d'un catholique qui passait près de là, il emplo^'a le peu qui lui restait de force et de vie à l'encourager, du fond de son abîme, contre la crainte des supplices, et à l'enflammer d'un saint désir de mourir aussi pour l'amour de Jésus-Christ. Le P. Pongratz était Cxgé de trente-six ans et le P. Grodecz de trente-cinq ; le premier avait passé dix-huit ans et le second seize dans la Compagnie.
Authenticiun de P. Pongracz et P. Grodecio in odiiun fidei cœsis. Tyrnavùe^ 14 febr. 1661. Fhancisc. Leonakdus Szegedy, electus episcopus Tronsylvancnsis..., archiepiscopi Strigonieiisis in spiritiialibiis Vicarius... (Necrolog. Provinc. Austr. — Archiv. Rom.). — P. Mien. Bonb\iu)i, Undeni Graœcenses acadeniici suo sanguine purpurati, p. 44. — Cordara, Histor. Societ. Jc'sii, Jjort. 6^ , lih. 4, n. 58 seqq., p. 191. — Alegambe, Mortes illiis/res, p. 310. — Tanner, Societ. Jesu milit., p. 88. — Jo. Argenti S. J., De rébus Societ. Jesu in regno Poloniœ, c. 24, p. 328. — Nadasi, Ann. dier. menior., 1^ sept., p. 148; 8* sept., p. 152. — Drews, Fosti, 7'* sept.., p. 348. — Patrignani, Menol., 7 selt.. p. 44. — Schmidl, Histor. Provinc. Boheni., t. 3, lib. 2, n. 36, p. 193. — Balbinus, Boheniia Sancta, part. 1", § 124, /;. 204. — Kazy, Histor. universitat. Tyrnnviens., p. 47, seqq.
* Le huitième jour de septembre de l'an 1C09, mourut à Spire le P. Jean Magirus, de Coblentz. Il avait de bonne heure entendu la voix de Dieu, qui l'appelait sous l'étendard de saint Ignace ; mais peu à peu sa ferveur s'était attiédie, et il commençait à prendre goût aux vaines joies du monde, lorsque son frère aîné, mort depuis peu de temps, se fît voir à lui pendant son sommeil, un crucifix à la main. Il lui reprocha vivement sa vie dissipée ; puis recueillant dans sa main quelques gouttes du sang qui coulait des