XXI SEPTEMBRE. — P. MARTIN GOTTSCHEER
* Le vingt-et-unième jour de septembre de l'an 1731, mourut à Gratz le P. Martin Gottscheer, fondateur et premier Recteur du collège du Nord ou des Trois Rois établi à Lintz sur le modèle du Collège Germanique à Rome. Il en avait conçu l'idée pendant son séjour à Stockholm, où il avait accompagné le comte de Starhemberg, ambassadeur de sa Majesté impériale. Des jeunes gens choisis en Saxe, en Suède et en Danemark devaient s'y former aux lettres en même temps qu'à la piété et à l'amour de l'Eglise romaine et, de retour dans leur pays, travailler à la conversion de leurs compatriotes. Celte institution coûta bien des ennuis et des fatigues au P. Gottscheer ; mais il eut la consolation de voir enfin ses efforts couronnés de succès ; et jusqu'au règne de Joseph II , le collège du Nord, placé sous la protection des bienheureux rois Scandinaves Eric, Canut et Olaf, continua de prospérer et de rendre de précieux services aux pays du septentrion ravagés par le luthéranisme.
Au reste, dès que les intérêts de Dieu et des âmes étaient en jeu, le P. Gottscheer ne reculait devant aucun travail, ni même aucun danger. Il fut blessé grièvement en assistant les soldats mourants sur le champ de bataille ; il se dévoua au service des malades en temps de peste ; il supporta les rudes labeurs des missions en Saxe et en Hongrie. Quelques jours avant sa mort, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, dont il avait })assé soixante-cinq dans la Compagnie, il disait encore avec animation dans l'ardeur de son zèle : a Si le choix m'était donné ou de remplir le poste le plus commode de la Province, ou d'aller au secours des hérétiques dans les missions de Hongrie et de Transylvanie, je me mettrais en
route pieds nus et à l'instant môme, vers ces régions pour avoir le bonheur de terminer ma vie dans ce glorieux apostolat ».
La charité du P. Martin Gottscheer pour les pauvres était sans bornes ; beaucoup de ces malheureux, raconte l'auteur de son éloge, auraient pu dire, comme autrefois le Sauveur apparaissant au jeune soldat, le futur apôtre des Gaules : Martinus hac me veste conte.rit. Pauvre lui-même, il avait un trésor inépuisable dans sa confiance en Dieu et sa dévotion au saint Enfant Jésus. Pendant qu'il gouvernait le collège du Nord à Lintz, il lui arriva une fois ou deux, raconte-t-il lui-même, d'être réduit à une détresse si grande, qu'il ne lui restait plus même un morceau de pain, ni un denier pour en acheter. Il alla célébrer alors la messe à l'autel de l'Enfant Jésus. Après la consécration, tenant la sainte hostie entre ses mains : « 0 Jésus, ô Dieu incarné, dit-il avec une douce confiance ; ô vous qui avez daigné vous cacher sous ces voiles du pain ; je vous en conjure, donnez du pain à mes enfants». Or, en terminant le divin sacrifice, il trouva une forte somme que quelque bienfaiteur lui avait envoyée de la ville. Aussi, dans les œuvres de Dieu, ne craignait-il pas la pauvreté ; il redoutait bien plutôt la richesse : « Car, disait-il, celui qui est riche ne se confie pas en Dieu ; et celui qui ne se confie pas en Dieu, n'aura dans ses entreprises ni la bénédiction du ciel ni la constance nécessaire ».
Lilterse ann. Provinc. Austr., ann. 1731, pp. 653-690 [Archiv. Rom). — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 102. — Pla.tzweg, Lebensbilder deutscher Jesuiten, p. 68. — Sommervogel, Bibliolh.^ t. 3, p. 1628.