II OCTOBRE
Le deuxième jour d'octobre de l'an 1611, mourut à Constance le P. Alexandre Heller, âgé de soixante-seize ans, dont il avait passé cinquante-cinq dans la Compagnie, et quarante-deux à défendre la foi catholique en Autriche, en Bohême, en Suisse, en Moravie et en Silésie. Né à Vienne, d'une famille profondément attachée à l'Église, et qui fut la première à offrir l'hospitalité aux enfants de saint Ignace, le jeune Alexandre ne put voir sans admiration la vie et la conversation toute céleste de ces hommes, dont la science et la sainteté opéraient tant de merveilles. Parvenu au terme de ses études, il prit le chemin de Rome, afin d'aller puiser à l'école de notre Bienheureux Père, le même zèle du salut des âmes et de la plus grande gloire de Dieu. Il fut admis au noviciat le jour même où saint Ignace montait au ciel, et il eut une large part dans cette merveilleuse effusion de l'Esprit-Saint signalée par tous les historiens de la Compagnie, comme le premier et le plus consolant témoignage du haut degré de gloire et de la puissante intercession de notre saint fondateur auprès de Dieu.
Peu d'années après, Alexandre Heller revenait à Vienne ; puis il était envoyé successivement à Olmutz, à Briinn, à Breslau, où il
enseignait les sciences sacrées, arrachait à l'hérésie, au vice et à l'ignorance des multitudes d'àmes, formait des novices accourus de tous les royaumes du nord; et grâce à la force de l'esprit de Dieu auquel il s'était livré sans réserve, il suffisait à tout. Il s'attachait principalement à inspirer aux novices l'union à Notre-Seigneur par la prière, l'obéissance et cette perpétuelle abnégation qui endurcit également le corps et l'Ame, et prépare à tout entreprendre et à tout souffrir pour Dieu ; il avait lui-même si complètement dominé tous les mouvements de la nature, que jusqu'au milieu des émeutes de la populace hérétique de Briinn, qui menaçait de le lapider en pleine église, il ne perdit rien de son calme et de sa sérénité. A l'âge de soixante-quinze ans, il ne relâchait rien encore des rigueurs de sa pénitence et de son activité au travail ; dans les neuf derniers mois de sa vie, il n'entendit pas moins de douze mille confessions, souvent à jeun et armé d'un cilice.
La peste ayant éclaté à Constance en 1611, le P. Heller sollicita la grâce de se dévouer au service des malades ; mais elle lui fut refusée comme elle l'avait été déjà dans d'autres circonstances, les magistrats et les évêques ne pouvant souffrir qu'on exposât à la contagion une tête si précieuse. Le serviteur de Dieu ne laissa pas de déclarer, malgré toutes les apparences contraires, que son heure était arrivée ; il pria le Père Recteur d'entendre la confession générale de toute sa vie, et quatre jours après il expira doucement dans le baiser du Seigneur. La terreur universelle faisait alors enterrer de nuit, en silence et sans aucune cérémonie funèbre, toutes les victimes du fléau ; mais les magistrats de Constance déclarèrent qu'une exception aurait lieu pour le P. Heller ; des obsèques solennelles lui furent faites au milieu d'un immense