XXVII OCTOBRE. P. JOSEPH MILUNOVICH
teur à leur place pour leur donner le temps d'étudier. Ses peines furent largement récompensées. Dans ces régions, dit l'historien, on ne trouverait pas maintenant un hameau où bon nombre de gens ne sachent lire, et ne soient en état d'expliquer la doctrine chrétienne à leurs compatriotes moins avancés.
Au retour de ces courses apostoliques, le P. Milunovich trouvait d'autres travaux : c'étaient les pauvres, les malades, les prisonniers, les condamnés à mort qui absorbaient son temps ; de nombreuses conversions d hérétiques et de pécheurs furent la récompense de son zèle. Obligé la dernière année de sa vie, par l'affaiblissement de ses forces, de renoncer à l'apostolat des campagnes, il ne consentit pas à s'ensevelir dans le repos. Il demeurait de longues heures assis à la porte du collège, et apprenait aux enfants, qui se pressaient toujours en foule autour de lui, à connaître et aimer Notre- Seigneur et la sainte Eglise. Quand son mal se fut aggravé encore et l'eut condamné à garder la chambre, ce véritable apôtre resta fidèle à lui-même, et jusque dans les bras de la mort, pour ainsi dire, on l'entendit parler à ceux qui venaient le visiter, avec l'ardeur et la véhémence d'un cœur embrasé de l'amour des âmes et de Dieu. Le P. Minulovich expira très saintement à l'âge de cinquante ans, et vingt-six ans, jour pour jour, après son entrée au noviciat.
Litterse ann. Provinc. Austr., ann. 1759 (Archw. Rom.). — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 230. — Sommervogel, Bibliolh., t. o, p. 1102.
* Le vingt-septième jour d'octobre de l'an 1760, mourut à Prague le P. Antoine Koniass, que ses travaux en Bohême et en Moravie,
dit l'auteur de son éloge, rangent sans conteste parmi les plus illustres apôtres de sa patrie dans ces derniers temps. 11 était né à Prague, et à dix-sept ans, vainqueur des plus redoutables oppositions du monde et de l'enfer, il était entré au noviciat de Briinn. Dès qu'il eut terminé les épreuves ordinaires de la formation religieuse et littéraire, il fut appliqué au ministère apostolique.
Pendant trente-sept années , dont vingt-cinq dans les célèbres missions dites de la pénitence, établies sur le modèle de celles du P. Paul Segneri, il se dépensa, dit encore son biographe, sans égard à son repos, ni même à sa vie. C'est une sorte de miracle, ajoutet-il, que le P. Koniass, malgré des maux de tète continuels et très violents, et plusieurs infirmités très pénibles, ait eu assez de forces pour faire souvent cinq sermons le même jour en tchèque et en allemand, devant des milliers d'auditeurs accourus pour l'entendre. Cependant il lui arriva plus d'une fois, brisé par la fatigue, de tomber en défaillance ; et au milieu des larmes et des sanglots de l'immense foule, on l'emportait demi-mort de la chaire dans sa chambre.
Les cœurs les plus endurcis ne pouvaient résister à la véhémence de ses paroles toutes pénétrées de l'esprit de Dieu. Un villageois perdu de crimes refusait obstinément de se convertir. Mais à peine eut-il entendu le P. Koniass, une lourde chaîne au cou, décrire en termes animés la terrible scène du jugement général, qu'il fut changé et vaincu. S'ouvrant un passage à travers les flots de la multitude, il gravit les degrés de la chaire, se jeta aux pieds du prédicateur et, devant tout le peuple interdit, lui fit à haute voix le récit de ses longs égarements.
Le P. Koniass avait déclaré une guerre implacable aux mauvais