‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 208 sur 322 · II NOVEMBRE · texte numérisé non relu

II NOVEMBRE

Le deuxième jour de novembre de l'an 1642, les PP. Laurent Passoke, silésien, et Mathieu Cramer, né à Krummau, en Bohême, furent massacrés par les luthériens, à la bataille de Leipzig, pendant qu'au milieu de la déroute des catholiques, ils étaient occupés l'un et l'autre à entendre les confessions des mourants. Le P. Passoke était déjà tombé à deux reprises différentes entre les mains des Suédois, dont la haine pour les membres de la Compagnie ne lui avait épargné aucune sorte de mauvais traitements. Au milieu même des troupes impériales, il avait été comme par mégarde confié aux soins d'un officier hérétique, qui le laissait souvent à jeun des journées entières ; mais le serviteur de Dieu, bien loin de se plaindre, regardait toute souffrance au service des âmes comme un gain. Sommé par un suédois victorieux de blasphémer le nom de la très sainte Vierge, s'il voulait avoir la vie sauve, il se mit aussitôt à bénir à haute voix la Reine du ciel, et à l'instant même, il tomba frappé de mort de deux coups d'épée et de pistolet.

Le soir de la bataille, le prince de Lauenburg, fanatique protestant, qui avait de sang-froid brûlé la cervelle au P. Cramer, se glorifia devant le général Torstenson et l'état-major suédois, d'avoir

II NOVEMBRE. PP. DRABEïIUS ET SILVANUS. 349

fait descendre aux enfers, avec le zèle d'Elie et de Phinée pour la parole de Dieu, ce chien de papiste, dans l'exercice même de son idolâtrie. Le P. Cramer était âgé de trente-cinq ans et son compagnon de quarante-deux ; ils en avaient l'un et l'autre passé dix-huit dans la Compagnie.

ScHMiDL, Histor. Provinc. Bohein.^ t. 4, lib. 3, n. 183, p. 807. — Na- DASi, Ann. dier. mentor., 2" nov., p. 258. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 2* nov., p. 428. — Pathignani, 2 nov., p. 13. — Alegambe, Mortes illustr.^ p. 560. — Tanner, Societ. Jesu militans , p. 115.

* Le deuxième jour de novembre de l'an 1638, moururent à Prague les Pères Jacques Drabetius et Wolffgang Silvanus, victimes l'un et l'autre de leur dévouement au service des pestiférés.

Le P. Jacques Drabetius s'était signalé déjà par son courage et sa générosité. Pendant qu'il faisait sa philosophie à Prague, la peste se déchaîna sur cette ville avec une violence inouïe. Ses compagnons d'études furent envoyés au loin en lieu sûr ; mais pour lui, il demanda et obtint la faveur de se consacrer au service des malades, au péril de sa vie. Dans une autre circonstance, il fit preuve d'une intrépidité non moins grande. Les troupes saxonnes avaient envahi la petite ville de Gitschin où il remplissait les fonctions de curé. Les Pères du collège avaient eu le temps de se mettre en sûreté. Seul le P. Drabetius, comme un bon pasteur, ne voulut pas s'éloigner de son troupeau. Bientôt découvert, il allait être emmené captif, lorsque sa présence d'esprit le sauva. Se souvenant que ces hérétiques avaient au moins conservé la pratique

tlu baptême : « Je ne crois pas, leur dit-il avec un grand calme, que vous pensiez à m'emmener bien loin; je suis curé ici, et c'est moi qui baptise les enfants ; je ne pourrais pas m'absenter longtemps ». Dieu voulut que ces paroles fussent bien accueillies ; il fut laissé au milieu de son peuple. Le P. Drabelius était donc préparé de longue main à tous les sacrifices ; aussi, à la nouvelle invasion de la peste, ne ménag-ea-t-il pas son dévouement. Frappé au chevet des malades et sentant que le coup était mortel, il reçut les derniers sacrements, se fit porter hors du collèg-e pour ne communiquer son mal à personne, entonna un chant de joie et de reconnaissance et mourut, dit l'historien de la Province de Bohême, en véritable triomphateur. Il était âgé de quarante ans et en avait passé dix-sept dans la Compagnie.

Le P. WoLFFGANG SiLVANUS u'eut pas une fin moins belle. Il était âgé de cinquante-quatre ans et en avait passé trente-six dans la Compagnie, comme prédicateur, Recteur, Procureur de la Province et ministre de la maison professe de Prague. C'est en se dévouant, selon le devoir de sa charge, au service de ses frères, qu'il contracta le mal dont il mourut. Telle en était la violence qu'il fut bientôt à toute extrémité. Saisissant alors son crucifix et l'élevant au-dessus de sa poitrine : a Avec ce bouclier, dit-il, je serai victorieux de tous mes ennemis ». Un ou deux jours après, il expira plein de joie de donner sa vie pour son prochain et pour Dieu.

Alegambe, Heroes et Victim., p. 412 et 413. — Schmidl, Histor. Provinc. Bohem.^ t. 4, lib. 2, n. 167, p. 485 seqq.

Page 1