XXIX DECEMBRE
Le vingt-neuvième jour de décembre de l'an 1651, mourut à Prague en odeur de sainteté le P. Bernard Oppel, chanoine de l'église d'Olmutz, avant même son élévation au sacerdoce ; puis gagné par l'exemple de son oncle, le P. Wenceslas Pillar, doyen du chapitre de l'église métropolitaine, qui venait de renoncer h sa charge pour entrer dans la Compagnie, il quitta le monde à son tour et se présenta au noviciat de Leoben à l'âge de dix-neuf ans. II fut bientôt regardé comme un des hommes apostoliques les plus zélés de la Bohême et de la Moravie.
En effet, peu de temps après avoir prononcé ses vœux, et pendant qu'il étudiait encore la philosophie à Prague , il obtint de parcourir, les jours de dimanches et de fêtes, le quartier appelé la Nouvelle ville, presque entièrement habité par les sectateurs de Jean Huss, pour y rassembler les petits enfants au son d'une clochette, les conduire en procession dans quelque église du voisinage, et leur enseigner les premiers éléments des vertus chrétiennes et de la foi. Ce spectacle ne s'était jamais vu à Prague ; et l'on comprend ce qu'il dut en coûter au F. Oppel, au milieu d'une population hérétique, pour venir à bout de son entreprise. Mais le cardinal archevêque de Prague, émerveillé de son zèle et des fruits
de salut qui en étaient le résultat, le soutint île ses encouragements et voulut fournir lui-même à la dépense de plusieurs milliers d images et de petits livres catholiques pour être distribués par le fervent catéchiste à ses enfants. Le sacerdoce ne fît qu'embraser le P. Oppel d'une ardeur plus grande. Les hérétiques tentèrent souvent, à force d'injures, de menaces ou de mauvais traitements, d'effra3'er son courage. Ils lui déclarèrent un jour, que s'il continuait ses prédications, ils l'attacheraient à un àne et le promèneraient ainsi par toute la ville en le fouettant. Mais le vaillant apôtre n'était pas homme à s'effra3^er ; il savait même si bien communiquer son intrépidité à ceux qu'il avait gagnés à la foi, que beaucoup endurèrent volontiers, pour une si sainte cause, l'exil ou la perte de leur liberté et de leurs biens.
La charité du P. Oppel et sa libéralité pour les pauvres égalaient l'ardeur de son zèle. Recteur de plusieurs collèges de Bohême, dans des temps d'extrême détresse, il allait jusqu'à se dépouiller en secret d'une partie de ses vêtements, pour soulager quelque membre souffrant de sa communauté, ou à mettre en gage les vases sacrés afin de subvenir au besoin des malades, plein d'une sainte et inébranlable assurance que Dieu ne l'abandonnerait pas. Sa confiance ne fut jamais trompée. Nous lisons dans sa vie, entre autres faits du même genre, qu'ayant une fois donné généreusement à un pauvre honteux, qui lui demandait l'aumône, dix petites pièces d'argent, les seules qu'il eût alors, Notre-Seigneur lui fit trouver aussitôt après dix pièces d'or toutes neuves, précisément dans le tiroir qu'il venait de vider. Le P. Oppel mourut dans la quarante-huitième année de son âge et la vingt-neuvième depuis son entrée dans la Compagnie.
XXIX DÉCEMBRE. P. SIGISMOXD SISER. 519
Litterx ann. Societ., anno 1651, p. 74. — Schmidl, Histor. Provinc. Bohem., t. 3, lib. 5, n. 27, p. 781 ; /. 5, lib. 6, n. 11, p. IQl . — Cruge- Rius, Sacri Pidveres, 29'' dec, p. 139. — B\lbinus, Bohemia sancta, part. 2^ tit. 62, p. 126. — Sommervogel, Biblioth.^ t. 5, p. 1925. — Patrignani, Menol., 29 dicemb., p. 232. — Nad.vsi, Annus dier. memor.^ 29^ flfec, />. 349. — Drews, Fasti Soc, 29^ r/ec, /?. 512. — Cassani, Varones ilustres, t. 2, p. 309. — Guidée, Ménol., 29 déc, p. 414.
* Le vingt-neuvième jour de décembre de l'an 1693, mourut au collège de Vienne le P. Sigismond Siser, surnommé le chasseur d'âmes, venator aniniarura, bien que toute sa vie se soit écoulée dans l'enceinte des classes et les travaux de l'enseignement. Les jeunes gens qu'il a retirés du monde et gagnés à la vie religieuse dans la Compagnie ou d'autres Ordres sont en si grand nombre, dit l'auteur de sa notice, qu'ils suffiraient à former des communautés entières et, en preuve de cette assertion, l'historien ajoute qu'au seul collège de la Compagnie à Vienne, on ne comptait pas moins de vingt religieux, qui avaient été autrefois ses pénitents et reconnaissaient lui devoir leur vocation.
Au reste, le P. Siser étendait son zèle à toutes les conditions de personnes, et recueillit des fruits très abondants de conversion et de sanctification. Aussi, quand il fut sur le point de mourir, un illustre prélat, qui venait de le visiter, disait avec un profond sentiment de regret : « Je voudrais pouvoir racheter de mon sang la vie du P. Sigismond » . C'est dans les moyens surnaturels, la prière, la dévotion au Saint Sacrement, une mortification rigoureuse et continuelle, une pureté de conscience conservée sans tache depuis son baptême, que le P. Siser trouvait cette merveilleuse in-
fluence sur les âmes, pour les arracher aux pensées basses et les élever en haut. A ses dernières heures, par la permission de Dieu, il fut en proie à des luttes pénibles ; mais il sortit victorieux de cette épreuve suprême et, plein de confiance, s'endormit dans le baiser du Seigneur, à l'âge de cinquante-sept ans, dont il avait passé quarante dans la Compagnie.
Litterse annuse Provînc. Austr. {Archiv. Rom). — Stôger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 329. — Sommervogel, Bihlioth., t. 7, p. 1262.