‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 35 sur 322 · XXI JUILLET · texte numérisé non relu

XXI JUILLET

Le vingt-et-unième jour de juillet de l'an 1632, mourut à l'université d'Ingolstadt, en assistant des soldats atteints de la peste, le P. Jean Faber, né à Schwalbach, l'un des grands missionnaires de la Suisse catholique et des principales villes du Haut-Rhin. Sa jeunesse s'était passée dans l'hérésie et dans l'apprentissage du métier de forgeron; mais à l'âge de dix-sept ans, il ouvrit les yeux à la lumière de la foi et se sentit pressé d'un ardent désir d'étudier. Il lui fallut trois années entières pour apprendre à lire et à écrire, tout en continuant de battre l'enclume ; rien ne put le décourager, et à l'âge de vingt ans, il alla s'asseoir, au collège de Lucerne, sur les bancs de la dernière classe de grammaire, bien résolu à ne point s'arrêter dans son ingrat labeur, qu'il ne fût capable de travailler au salut des âmes et à la destruction de l'hérésie.

VHistoire de la Province de Haute- Allemagne fait en un mot l'éloge du P. Faber : « On croyait, dit-elle, voir revivre en lui un des dix premiers Pères de la Compagnie ». Il semblait en effet ne le céder à aucun d'eux pour le travail et pour les vertus que saint Ignace regardait comme l'âme de l'apostolat, le mépris de soi-même, la prière et la pénitence. Calomnié par un religieux, auprès du

Nonce apostolique en Suisse et menacé de la prison et de l'exil, il attendit sans se plaindre que Dieu fît éclater son innocence. Et quand plus tard son calomniateur fut condamné à lui faire en public amende honorable et à lui baiser les pieds, il n'accepta cette réparation que sur un ordre formel et avec la plus extrême confusion. Il consacrait chaque nuit plusieurs heures à la prière, après s'être flagellé longuement et si rudement, qu'il semblait encore frapper sur le fer, comme il l'avait fait dans sa jeunesse. L'obéissance put seule lui faire retirer son cilice lorsqu'il était déjà sur son lit de mort. Quand ses membres épuisés se refusaient à de nouvelles fatigues : « Pauvre forgeron, se disait-il à lui-même, rappelle-toi combien de fois tu as dû te fatiguer à battre l'enclume ». L'arme la plus puissante du P. Faber pour la sanctification des âmes était la dévotion du saint Rosaire. Il la propagea dans la Suisse, avec tant d'éclat et de succès que le Général des Dominicains, pour l'en remercier solennellement, l'admit à la participation de toutes les prières et œuvres méritoires de son Ordre. Enfin dans les derniers jours de sa vie, au milieu des pestiférés qui encombraient les hôpitaux d'ingolstadt, le P. Faber eut encore la consolation d'ouvrir le ciel à une multitude de pécheurs et à plus de deux cents soldats hérétiques, dont il reçut l'abjuration avant d'expirer lui-même au milieu d'eux, à l'âge de quarante-neuf ans.

GoRDARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6^ , lib. 10, n. 17, p. 564 ; lib. 17, n. 91, p. 599. — Kropf, Histor. Provinc. German. Super., t, 5, n,. 96, p. 47. — Patrignani, Menol., 21 luglio, p. 177.

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