XXIII JUILLET
Le vingt-troisième jour de juillet de l'an 1646, mourut en assistant les pestiférés le P. Gaspar Strasser, de Munich, professeur de rhétorique au collège d'Eger en Bohême. Il aspirait depuis longtemps à donner sa vie dans l'acte môme du dévouement au service des Ames ; et la sincérité de ce désir brillait dans son ardeur à se dépenser, sans que le poids du travail lui arrachât jamais une plainte. Bien plus, il ne laissait passer aucun samedi sans jeûner en l'honneur de la très sainte Vierge, quoique ce jour et le lendemain lui apportassent d'ordinaire un redoublement de fatigues. Mais il disait, et il en laissa l'attestation par écrit, que la toute-puissante Mère de Dieu lui donnait elle-même plus de forces qu'il n'eût pu en demander à la nourriture du corps.
Dans sa dernière maladie, l'obéissance au médecin lui fit aussi supporter avec joie, à l'exemple de notre Bienheureux Père, l'intolérable chaleur des couvertures sous lesquelles on l'accablait, jointe aux ardeurs de la fièvre et d'un été dévorant. Mais toute souffrance lui était douce, puisqu'il y trouvait le moyen de témoigner son amour à Notre-Seigneur. Les actes de foi, d'espérance et de charité qu'on lui suggérait, le consumaient d'une flamme si
vive, que l'on craignit plus d'une fois de voir son âme briser ses derniers liens dans un de ces élans d'amour vers Dieu. Le P. Strasser n'était Agé que de trente-trois ans ; il en avait passé neuf dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provinc. Bohem.^ t. 5, lib. 4, n. 168, p. 269.