XXIV JUILLET
Le vingt-quatrième jour de juillet de l'an 1620, mourut à Ratisbonne le P. André Mayr, Recteur du collège, dont il venait, depuis quelques mois à peine, d'achever la construction. L'Histoire de la Haute-Allemagne l'a loué d'une manière spéciale de son zèle à former les juvénistes de cette Province. Il suffisait à ce zélé supérieur que saint Ignace eût également recommandé dans ses Constitutions la science et la sainteté, comme deux moyens indispensables de glorifier Dieu et de défendre l'Eglise : il s'appliquait du même cœur à les promouvoir, bien persuadé qu'en pareille matière un religieux de la Compagnie ne saurait aller trop loin. Aussi comptait-il pour rien les difficultés qui ne lui donnaient que de la peine ; et afin de mieux répondre aux intentions de notre saint Fondateur, il n'épargnait ni dépenses, ni encouragements, ni industries. Après avoir élevé son beau collège, on l'entendait souvent répéter une parole qui révèle à la fois et son amour de la perfection et de la Compagnie, et sa vigilance à maintenir la régularité : c'est qu'il aimerait mieux assister à son effondrement et à sa ruine, que de voir la discipline religieuse en souffrance en aucun de ses points, ou la moindre des règles sciemment violée.
Bien que ce collège fût regardé comme un poste avancé des
plus menaçants pour les ennemis de la foi romaine, sa charité lui avait gagné le respect et l'affection des protestants eux-mêmes ; et beaucoup d'entr'eux pleurèrent sa mort non moins que les catholiques. Le P. Mayr était un homme d'oraison ; au milieu des plus graves affaires, sa pensée et son cœur ne se détournaient pas de Dieu. Pour s'exciter à la confiance, il avait consigné dans un petit livre les nombreux dangers de mort dont il avait été comme miraculeusement délivré. A ses derniers moments, apercevant auprès de son lit un religieux que le démon tentait violemment contre sa vocation : « Mon cher frère, lui dit-il avec un aimable sourire, voyez donc comme je meurs heureux dans la Compagnie ». Le P. Mayr était âgé de cinquante-deux ans ; il en avait passé trente-et-un en religion.
CoRDAR.v, Histor. Societ. Jesu, part. 6*, lib. 5, n. 27, p. 2.37. — Kropf, Histor. Provinc. Germon. Superior., t. 4, n. 250, p. 86.
* Le vingt-quatrième jour de juillet de l'an 4681, mourut au collège de Gratz, dont il était Recteur, le P. Corneille Gentilotti, né à Klagenfurt. 11 avait eu à surmonter des obstacles de toute nature pour entrer au noviciat, non seulement les larmes, les promesses et les menaces des siens, mais encore les oppositions de plusieurs princes ligués avec sa famille pour lui barrer la route. Aussi la Compagnie lui fut-elle toujours extrêmement chère. 11 aimait avec elle tout ce qui la constitue, sa fin, son esprit, ses règles ; il s'intéressait à ses travaux pour la gloire de Dieu ; il lisait assidûment son histoire et la vie de ses grands hommes, pour s'animer lui-
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même à poursuivre l'œuvre de sa perfection, et se former dans ses différentes charg-es sur les plus excellents modèles. « 0 mon Père, disait-il sur son lit de mort au religieux qui l'assistait, ô mon Père, quelle joie d'avoir passé ma vie dans cette sainte religion » ! Ce qui redoublait l'allégresse du P. Gentilotti, c'est qu'à l'exemple de beaucoup d'autres, dont il avait lu le dévouement et la mort héroïques, il donnait sa vie pour ceux qui lui étaient confiés. En effet, une maladie pestilentielle sévissait à Gratz et y faisait de grands ravages. Plusieurs religieux du collège étaient déjà frappés. Le saint Recteur se mit à leur service et leur prodigua tous les soins de la plus maternelle charité. Atteint bientôt à son tour, il s'opposa à ce qu'on fît aucun vœu pour sa guérison, tant il était heureux de mourir et d'aller voir Dieu. Il était Agé de soixantetrois ans et en avait passé quarante-six dans la Compagnie.
Suininar. vitœ defunct. Provinc. Anstr. (Archiv. Rom.). — Stoger, Scriptor. Provinc. Austr., p. 98. — Sommervogel, Biblioth., t. 3, p. 1330.
* Le vingt-quatrième jour de juillet de l'an 1732, dans le comté de Thurocz en Hongrie, mourut le P. Michel Borza, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, dont il avait passé soixante-deux dans la Compagnie. Les missions de campagnes et le gouvernement des Nôtres se partagèrent sa longue vie religieuse. Chassé de Neusohl, à l'occasion des troubles qui agitèrent la Hongrie dans les premières années du dix-huitième siècle, il y rentra quelque temps après, et c'est à son zèle, dit l'auteur de sa notice, que cette ville est redevable d'avoir conservé la foi. Il n'avait pas une moindre solli-
citude pour la conversion des hérétiques. En une seule année, il en ramena plus de quatre cents dans le sein de l'Eglise. Et comme les leçons reçues dans le jeune âge ont une influence qui s'étend sur tout le reste de la vie, le P. Borza se fit encore catéchiste des petits enfants. Même quand il était Recteur, il se réservait toujours cet emploi ; et si nombreuses ou accablantes que fussent ses occupations, il ne consentait à s'en décharger sur aucun autre. Ce saint homme fut longtemps en butte aux plus désolantes aridité.s ; mais son courage et sa fidélité n'en furent pas un moment ébranlés; et Notre-Seigneur le récompensa par les plus douces consolations. Au seul souvenir de .lésus en croix et de sa sainte Mère, il sentait son cœur s'attendrir et versait des larmes abondantes. C'est sous le titre do JMère de grâces qu'il aimait h invoquer Marie. Il en reçut plus d'une fois des faveurs extraordinaires. Un violent incendie poussé par un vent impétueux menaçait le collège où le P. Borza se trouvait alors. H eut recours à sa céleste protectrice, et à l'instant même le vent s'apaisa.
Litter. ann. Provinc. Auslr., aiiiio 1752 (Archw. Rom.). — Stuger^ Scriptor. Provinc. Aiistr.., p. 3.5. — Sommeuvogel, Bihlioth., t. 1, p. 1824.