‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 2)Chapitre 58 sur 322 · VII AOUT · texte numérisé non relu

VII AOUT

Le septième jour d'août de l'an 1635, mourut à Trêves le P. Frédéric Spée, né à Kaiserswerth près de Dûsseldorf, de la noble famille de Langenfeld ; il est l'une des plus pures et des plus brillantes renommées de l'ancienne Province du Bas-Rhin. Aucun genre de gloire, de ceux auxquels peut ou doit prétendre un fils de saint Ignace, ne lui a manqué. Littérateur et poète distingué, missionnaire heureux autant qu'intrépide, confesseur de la foi, frappé dans une de ses courses apostoliques de cinq coups de poignard dont il porta jusqu'à la mort les glorieuses cicatrices ; bienfaiteur insigne de l'humanité par son intervention dans les terribles questions de sorcellerie et de maléfice qui avaient envoyé tant de victimes au bûcher ; enfin, à l'âge de quarante ans, martyr de la charité au service des soldats français, captifs dans les prisons de Trêves et décimés par les maladies.

Bornons- nous à quelques détails sur ces deux derniers titres de gloire du P. Frédéric Spée. Un crime malheureusement répandu sur les bords du Rhin et qui avait comme fasciné un grand nombre d'àmes misérables était celui des communications sacrilèges et sensibles avec les démons ; mais trop souvent aussi un fanatisme aveugle, la convoitise du bien d'autrui, la satisfaction de haines

particulières devenaient le mobile de délations calomnieuses presque toujours suivies du supplice. « Spée, selon les expressions d'un historien de la Compagnie, Grétineau-Joly, était le consolateur suprême de tant d'agonies ; il assistait à la mort ces infortunés qui protestaient encore de leur innocence au milieu des flammes ; et un jour, ce spectacle de désolation l'émut si profondément, que ses cheveux blanchirent dans l'espace de vingt-quatre heures ». Il se dévoua donc à les sauver ; à force de persévérance, il obtint le glorieux résultat qu'il demandait en même temps à Dieu par ses plus ardentes prières, et aux hommes par son intercession et ses écrits. A partir de l'apparition de son immortel ouvrage, Caiitio crinii/ialis, sur cette matière, les principes qu'il y proclamait avec tant de lumière et de puissance, devinrent dans toute l'Allemag-ne la sauvegarde des innocents et firent loi.

La prise de Trêves, enlevée à la garnison française, en 1635, par les troupes espagnoles et impériales, fut l'occasion du dernier triomphe de ce grand homme. Tant que durèrent le pillage et le massacre, il parut toujours au plus fort de la mêlée, sans s'inquiéter d'autre chose que de sauver la vie, l'honneur et plus d'une fois les biens des vaincus ; d'empêcher l'incendie, de porter lui-même les blessés en lieu sûr et surtout d'absoudre les mourants. Mais là ne se borna pas sa charité. Plus de quatre cents soldats français étaient enfermés et entassés ensemble dans les prisons de la ville, presque nus, en proie aux horreurs de la soif et de la faim. On vit alors avec admiration l'homme de Dieu aller chaque jour puiser de l'eau à la fontaine publique, et la porter lui-même aux prisonniers ; puis mendier pour eux de porte en porte du pain et des vêtements. Bientôt même, il obtint du gouverneur à un grand nom-

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