XV AOUT
* Le quinzième jour d'août de l'an 1666, mourut à Pékin le P. Jean Adam Schall von Bell, d'une noble famille de Cologne. Après de brillantes études au Collège Germanique, Adam Schall obtint d'entrer dans la Compagnie de Jésus, et quelques années plus tard, il se joignit aux missionnaires que le P. Nicolas Trigault avait recrutés en Europe et emmenait avec lui en Orient. Ses connaissances en astronomie ne tardèrent pas à le faire appeler à la cour de Pékin ; il y fut chargé, de concert avec le P. Jacques Rho, de travailler à la réforme du calendrier. Il profita des bonnes grâces de l'empereur et de l'influence que lui donnaient ses fonctions pour annoncer au milieu même du palais le nom de Notre-Seigneur. Plusieurs dames, dont trois portaient le nom de reines, se convertirent et reçurent le baptême.
Sur ces entrefaites, éclata la révolution qui renversa l'ancienne dynastie des Mings et la remplaça par celle des Tartares Mandchoux. Sous le nouveau régime, la faveur dont jouit le P. Shall fut encore plus grande. Non content de lui conserver ses distinctions honorifiques, et de lui en accorder même de plus flatteuses, l'empereur tartare en fit son ami et son conseiller ; il l'appelait son père. Plusieurs fois chaque année, s'afîranchissant de l'austère
étiquette de la cour, il allait le voir clans sa cellule, s'entretenait familièrement avec lui, s'informait des travaux des missionnaires, de leurs habitudes, de leurs règles. Apôtre avant tout, le P. Schall, autant que le permettait la prudence, ne négligeait rien pour faire pénétrer dans le cœur et l'esprit du souverain les lumières de la vérité. On multipliait de tous côtés les prières pour arracher au ciel la conversion de ce prince dans lequel on se plaisait à saluer un futur Constantin. En attendant, le P. Schall obtint un décret impérial qui permettait la libre prédication de l'Evangile, et qui en quatorze années fit entrer dans le bercail de Jésus-Christ cent mille nouveaux baptisés. C'est alors aussi qu'il construisit la magnifique église de la Compagnie à Pékin.
Malheureusement la mort prématurée de l'empereur vint arrêter tout à coup de si magnifiques triomphes et menacer la mission d'une ruine entière. Le défunt n'avait laissé que des enfants en bas Age. Les quatre régents, qui avaient pris le pouvoir pendant la minorité du jeune Cang-Hi, étaient ennemis déclarés du christianisme. Le P. Schall fut leur première victime. Ils le destituèrent de ses fonctions, le firent charger de chaînes, jeter en prison avec les Pères Verbiest, Magalhaens et Buglio, et le condamnèrent à être coupé en dix mille morceaux. La sentence eût été sans aucun doute exécutée, si de grandes calamités qui désolèrent alors l'empire, n'avaient été considérées par le peuple comme un châtiment envoyé du ciel pour venger l'innocent. Le saint vieillard fut donc remis en liberté ; mais épuisé par les longs et continuels travaux de sa vie apostolique, et plus encore par les souffrances de sa captivité, il ne fit plus que traîner une vie languissante ; et le jour de la glorieuse Assomption de Notre-Dame, il remit son àme à Dieu.