X MARS. P. MARTIN SCHMID
Sa douceur et sa patience à former et à supporter ce peuple d'enfants tenaient du prodige. Il était si mortifié et prenait si peu de nourriture, bien qu'il fut d'une taille élevée, qu'on avait peine à s'expliquer comment il pouvait se soutenir. Atteint d'une maladie douloureuse qui le réduisit à un état de maigreur extrême et le faisait comparer au saint homme Job, il se contentait de répéter avec ce parfait modèle de patience : « Si hona susccpimiis de manu Dei, mala quare non siisc'ipiamiis ? Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en recevrions-nous pas aussi les maux » Job, 2. 10^ ? Il avait mis ces paroles et celles qui suivent en musique ; et de temps en temps, pour calmer ses souffrances et relever son courage, il les faisait chanter par le chœur de ses musiciens, au son des instruments.
Le P. Schmid était ainsi parvenu à l'âge de soixante-treize ans, lorsque le décret d'exil porté par le roi d'Espagne Charles III contre tous les Jésuites de ses états d'outre-mer, éclata comme la foudre au milieu des réductions. Il fallut s'arracher à ces chrétiens toujours faibles dans la foi, à ces œuvres créées au prix de tant d'elforts, et reprendre le chemin de l'Europe. Ce fut vraiment la voie douloureuse. Après trois années de courses interminables et de fatigues extrêmes, le P. Schmid arriva enfin dans sa Province et les supérieurs l'envoyèrent au collège de Lucerne, où il avait étudié dans son enfance.
Mais rien ne pouvait lui faire oublier ses chers Indiens. Il naviguait un jour sur le beau lac des Quatre-Gantons. Quelqu'un lui demanda si l'embarcation où il se trouvait serait en état do tenir la mer : « Oh ! répondit-il eu levant les yeux au ciel, s'il m'était permis de retourner à mes Chiquitos, je m'abandonnerais sans hé-
siter à cette barque et à n'importe quelle autre, pour avoir le bonheur de revoir mes enfants, et entre leurs bras, de rendre mon Time à mon Créateur.
Per.vm.^s, De vita et morihus sex sacerdotum Paraguaycorum. — Die Kathol. missionen^ mai, /'un. iind jitl. 1876. — Burgeneu, Helvetia sancta, t. 3, p. 320. — Somme RvoGEL, Biblioth., t. 7, /;. 804.