‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 124 sur 327 · XIII MARS. P. ANTOINE BATTA · texte numérisé non relu

XIII MARS. P. ANTOINE BATTA

pauvres, les missions de campagne, la direction d'une congrégation de laboureurs sous le vocable de Saint-Isidore. Il se mêlait avec tant d'aisance et de bonté aux petits et à tous les malheureux, que nul ne pouvait résister à ses conseils et à ses exhortations ; sa vertu le faisait comparer à un aimant, tellement il avait l'art d'attirer et gagner les cœurs.

Enfin cet oubli de soi et cet amour de l'abaissement étaient relevés par une admirable générosité d'àme , une véritable passion de sacrifice et de dévouement. Scolastique, le P. Batta était sans doute d'une régularité parfaite ; mais on le voyait surtout prêt en toute occasion à rendre service ; il remplace ses frères à la cuisine, à la lecture de table ; comme il a une belle écriture, chacun recourt à lui, et il se donne à tous libenter ac hilariter. Plus tard, il est dans la main des supérieurs; ils peuvent user de lui comme bon leur semblera; il est, dit l'annaliste, « leur refuge et leur consolation ». Le P. Batta aspirait à un don plus complet de luimême. C'est sa vie qu'il voudrait immoler. II s'offre pour la mission des Indes ; il sollicite la faveur de voler au secours des malades atteints de la peste. En même temps, il multiplie les saintes rigueurs qu'il exerce contre son corps. A force de se flageller, il est devenu insensible aux coups. Enfin son plus ardent désir est exaucé. En soignant un malade, il contracte lui-môme le mal dont souffrait cet homme, et après douze jours de souffrances, il meurt dans des transports de joie et de reconnaissance envers Dieu. Il était âgé de trente-sept ans et en avait passé dix-neuf dans la Compagnie.

Sunimar. vitas defunctor. Provinc. Bohem. {Archw. Rom.).

* Le treizième jour de mars de l'an 1690, mourut dans la maison professe de Vienne le F. Jean Kreb, Coadjuteur temporel né dans la Hesse de parents luthériens. Voyageant en Allemagne pour se perfe"ctionner dans sa profession de menuisier, il était venu à Vienne et avait trouvé du travail au noviciat de la Compagnie. Il fut si frappé des exemples de modestie, de piété, de sainte joie dont il y fut témoin, qu'il se convertit à la religion catholique, et deux ans plus tard, le 6 juin 1672, s'enrôla lui-même sous le drapeau de saint Ignace. Après ses premiers vœux, il remplit les différents offices de nos frères coadjuteurs à Warasdin, Klagenfurt, Neustadt, Gratz, Vienne et partout, dit l'annaliste, inventus est fidelis serviis et prudens.

Bien peu de religieux semblent avoir mieux goûté la vérité de la parole du bon Maître : « Mon joug est doux et mon fardeau léger » , et avoir servi Notre-Seigneur d'un cœur à la fois plus généreux et plus joyeux. Il faisait bon visage à tout, mais particulièrement au travail, aux contradictions, aux croix. Cette allégresse spirituelle, fruit de la bonne conscience, et selon la maxime de notre Bienheureux Père, de l'obéissance et de l'humilité, encore plus que d'un naturel heureux, ne se démentit pas même dans les souffrances de sa dernière maladie. Le F. Kreb, dit encore l'auteur de sa notice, entra dans son éternité du même air souriant qu'il avait toujours fait paraître depuis qu'il était catholique et religieux. Il était âgé de quarante-quatre ans et en avait passé près de dixhuit dans la Compagnie.

Litlerse ami. Provinc. Austr. ann. 1690 {Archiv. Rom.).

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