‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 154 sur 327 · XXVI MARS. P. GABRIEL GRUBER · texte numérisé non relu

XXVI MARS. P. GABRIEL GRUBER

marche une torche à la main pour effrayer les ours et les loups. Dans ces courses hardies, quand il a rencontré quelque lieu favorable, il sonne de la trompe pour appeler les montagnards dispersés çà et là dans feurs cabanes.

En pensant aux besoins des âmes, il n'oublie pas ceux des corps, et se fait médecin pour arriver à guérir plus efficacement les maladies spirituelles. Avec certaines plantes dont il sait la vertu, il compose des remèdes auxquels Dieu attache sa bénédiction et qui deviennent l'instrument d'un grand nombre de guérisons. Au reste le peuple lui attribue le don des miracles. Il arrête, en y plantant une croix, des quartiers de rocher qui menaçaient de s'écrouler, et sauve ainsi les habitations que leur chute aurait écrasées. Doux envers tout le monde, à l'exemple du bon Pasteur, le P. Ma3'enberg se montrait pourtant sévère à l'égard des libertins effrontés qui paraissaient se faire un jeu de la vertu; cette sainte colère lui était inspirée par sa tendre dévotion envers la Reine des anges. Le martyre de la charité couronna cette belle vie dépensée tout entière au service du prochain. Il tomba victime d'une maladie contagieuse dans l'exercice de son zèle et remit joyeusement son âme entre les mains de Dieu, à l'âge de cinquante-sept ans, dont il avait passé trente-trois dans la Compagnie.

Summar. vitœ defunct. Provinc. Gerinan. Super. (Archîi>. Rom.). — Litler. ann. colleg. Brigens. (Archw. dont.}.

Le vingt-sixième jour de mars de l'an 1805 mourut à Saint- Pétersbourg, le P. Gabriel Gruber, né à Vienne en Autriche. La

veille même du jour où la Compagnie cessa d'exister à Rome, il avait fait sa profession solennelle et n'attendait plus que le moment où il lui serait donné d'aller recueillir en Chine l'héritage du P. Adam Schall et des autres grands missionnaires, dont les talents avaient jeté tant de gloire sur notre sainte religion dans le Céleste Empire. Nul en effet n'était plus capable que lui de mettre toutes les sciences profanes et tous les arts au service de l'apostolat. Langues anciennes et modernes, mathématiques, peinture, architecture, musique, médecine et môme chirurgie ; rien ne lui était étranger. Le bref de Clément XIV lui ferma pour toujours la route de l'extrême Orient. La Providence avait d'autres desseins.

A un immense savoir, le P. Gruber joignait les vertus qui font les saints, l'amour le plus filial de sa vocation, la joie au milieu des injures et des calomnies, une sainte haine de son corps ; un si grand amour de l'oraison, qu'il lui consacrait chaque nuit plusieurs heures ; une bonté qui se reflétait sur son visage toujours souriant et lui gagnait les cœurs ; et enfin, les plus rares qualités d'un homme de gouvernement. L'histoire de la Compagnie en Russie, dans laquelle il était rentré en 1784, n'offre pas de plus belles pages que celles de son généralat. Le pensionnat des nobles à Saint-Pétersbourg, les missions de Saratow et d'Astrakan, la résidence de Riga, furent son ouvrage ; c'est lui encore qui obtint le rétablissement de la Compagnie dans le royaume des Deux- Siciles et en Angleterre. Il se disposait à visiter pendant l'été de 1805 les maisons nouvellement fondées ; il voulait même aller jusqu'à Rome remercier le Souverain Pontife de sa bienveillance et le solliciter d'étendre à tout l'univers ce qu'il venait d'accorder à quelques états particuliers, lorsqu'il mourut inopinément à la suite

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