‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 162 sur 327 · XXIX MARS. P. MARTIN SZENÏIVANI · texte numérisé non relu

XXIX MARS. P. MARTIN SZENÏIVANI

P. Szentivani était comme insatiable d'apprendre. Il disait que de toutes les prisons la plus intolérable pour lui serait une bibliothèque remplie de bons livres qu'il ne pourrait ni lire ni toucher.

Mais au dessus de la science il plaçait la sainteté ; il n'estimait même la science que parce qu'elle est un moyen de glorifier Dieu et de tendre à la perfection. Sa piété était très vive. Il paraissait tout enflammé et comme absorbé en Dieu quand il offrait le saint Sacrifice. Agrandie, transformée dans ce commerce divin, son âme n'avait que du mépris pour les choses vaines et basses. On ne saurait dire avec quelle sollicitude presque scrupuleuse il veillait, jusque dans ses dernières années, à conserver intact le trésor de sa pureté. Tout affaibli qu'il était par l'âge et les travaux, il ne laissait pas même alors de réduire sa chair en servitude par les flagellations et les autres pénitences. Il était prêt à souffrir les injures et les persécutions pour l'amour de Jésus-Christ. Dans un de ses livres il avait vivement pris la défense de la Compagnie en Hongrie. Outré de cette publication, le prince Ragotzky, alors chef des mécontents dans ce royaume, menaça d'en jeter l'auteur en prison et de le charger de chaînes. A cette nouvelle, le P. Szentivani tressaillit de joie, proclamant bien haut que ces fers lui seraient plus précieux que les plus riches ornements.

Quand ce grand serviteur de Dieu eut rendu le dernier soupir, on vit un spectacle touchant et qui nous révèle combien son cœur renfermait de saint zèle et de compatissante tendresse: les pauvres, les orphelins, tous les abandonnés honorèrent ses funérailles de leurs larmes, et il emporta dans la tombe le beau nom de père des orphelins. Il mourut à l'âge de soixante-douze ans ; il en avait passé cinquante-deux en religion.

Kazy, Histor. Universit. Tyrnav., p. 301. — Stôger, Scriptor. Prov. Austr., p. 350. — Sommervogel, Biblioth., t. 7, p. 1763. — Feller, Dietionn. histor., t. 5, p. 575.

* Le vingt-neuvième jour de mars de l'an 1745, mourut à Pékin le P. Ignace Koegler, de la Province de Haute-Allemagne, l'un des plus illustres missionnaires de la Chine. Dès son arrivée à Pékin, écrit le P. Plîster dont nous empruntons presque mot à mot le récit, dè.s son arrivée à Pékin où sa réputation l'avait précédé, le P. Koegler fut nommé par l'empereur Cang-Hi président du tribunal d'astronomie et exerça cette charge pendant trente ans. Le successeur de Gang-Hi, Young-tchen, malgré sa haine pour les chrétiens, enchérit encore sur ces honneurs; il créa le savant religieux mandarin de second ordre et assesseur du tribunal des mœurs, dignité qui n'avait encore été accordée à aucun européen. Le P. Koegler passa presque toute sa vie à Pékin dans des occupations dont les moindres étaient celles que lui imposaient ses fonctions à la cour. Tour à tour supé"ieur de la résidence, Visiteur de la mission à deux différentes reprises, Vice-Provincial, il fut à une époque difficile un des principaux et des plus fermes soutiens de l'église affligée de la Chine. On le voit jusqu'à la fin de sa vie avec les Pères Parrenin, Fridelli, Pereyra, de Maillac et quelques autres, interposer sans cesse son crédit et son influence pour contrebalancer la haine furieuse des idolâtres et adoucir le mauvais vouloir de Young-Tchen et de son successeur Kien-long.

Son gouvernement, écrit un des missionnaires, était la douceur même ; on admirait sa prudence, sa prévoyance qui ne lui laissait rien donner au hasard ni rien remettre au lendemain de ce qu'il

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